SCENE PREMIERE
INÈS, puis PAULA.
Ali li.ver du riileau, Inès, étendue sur le lit de repos, dort d'un sommeil Irès-agitc.
INÈS, rêvant.
Maurice... mon père... grâce I
I.a porte d'entre'e s'ouvre doucement ; Paula paraît, referme la porte derrière elle, et s'avance avec précaution vers la porte de gauche sans voir Inès.
VAVLA, prêtantl'oreille. Je n'entends rien... elle repose encore... n'importe!... {Elle ouvre la porte, entre, et reparaît aussitôt.) Personnel {Tremblante.) VoWh qui est étrange!... où peut-elle être à celte heure? [L'apercevant.) A h!... ah ! la voici ! [Baissant la voia:.) Rlle dort... Avoir passé la nuit là ! [V examinant.) Mais avant de succomber à la fatigue, elle a donc bien pleuré, la pauvre enfant , que ses yeux sont encore rouges de larmes?... Comme son sommeil est agité... [Inùs balbutie quelques mois; Paula i'coutc.) Que dit-elle ?
INÈS, sans se réveiller.
Cher Maurice !
PAULA
Maurice !
INfeS.
Mais... mais dis-moi donc que je serai ta femme!...
PAULA
Ah! coupable... coupable... ( Monmii de .silence, pendant lequel Paula, haletante, prc'.e i'nreille;elle ajoute.) Plusrien... Maisqiie vois-jc? .■ une lettre conmiencée... {Elle la pend à'iu^e main tremblante.) Je n'ose... j'ai peur! [Lisnut ) « Cher Maurice... » { Elle parcourt quelques lignes.) Ah 1 m.ilhoitr! malheur!
INÈS, encore endormie.
Il l'a dit... il me tuera!
PAULA, lentement, et avec effroi.
Oh! oui, oui!... et pourtant, n'est-il pas coitiplice de la faute celui qui n'a pas voulu comprendre mes paroles? celui qui me taxait d'injustice, et nie faisait un crime de mes terreurs ? INÈS, avec effroi, et toujours endormie-
'lî-jiMii'c :... .\Jauricc!... défends-mui... i\Ion
.MAGASirS TIlEATRAl..
père, grâce! grâce! {Poussant un criel s'âveillant en sursaut.) Ah !
PADLA, faisant un pas ters elle.
Malheureuse fille !
INÈS, la reconnaissant.
Ma mère!..- {Tombant à genoux) Ahl pardon, pardon !
PACLA.
Pardon?... Mais tu ne sais donc pas qu'elles sont repoussées de leurs parens et maudites de Dieu, les eiifans qui, comme toi, foulent aux pieds leurs devoirs et renient la vertuî INÈS, toujours à genoux.
Oh! rassure-toi, rassure-toi!... Maurice est un .honnête homme, il m'épousera!
PAULA, douloureusement, à part.
L'épouse n'avait donc pas assez souffert, ô mon fOieu 1 que vous avez frappé la mère?
INÈS, suppliante.
Pardonne-moi! pardonne-moi, et ne me maudis pas!
PAUtA, vivement, et l'attirant à elle.
Te maudire!... oh ! non, jamais, jamais!
INÈS, avec une joie mêlée de pleurs.
Quoi! de tendres caresses au lieu de reproches !... des larmes au lieu de malédictions !... PAULA, l'étreignant. Innocente ou coupable, une mère a toujours de l'amour pour son enfant I
KileS se tiennent embrassées. Momenl de silence interrompu par des sanglots.
LOPE dans le jardin.
La senora est chez ma fille, dites-vous T.. . cela suffit.
A la voix de Lope, elles sont restées immoLiles de frayeur INÈS, s'écriant épouvantée.
Ah! c'est mon père!
PAULA, vivement.
Tais-toi! tais-toi!... il vient ici.
INÈS, perdant la tête.
Dans un pareil moment!
PAULA
C'est moi qu'il cherche!... je cours à sa rencontre. {Elle .s'élance à la porte du fond, quelle entr'ouvre.) Il n'est plus temps!
INÈS, les mains jointes.
Mon Dieu! ayez pitié de moi I PAUi.A, éperdue.
Vite, vite, dans ta chatubre... mais par pitié pas un sanglot, i)as un soupir... rie» qui puisse trahir ta douleur. Le voici. Va ! vn!
Elit entraîna' Inès d.iiist.-! cliamlire, dont elle referiin! vivement la porte ; au même itlslanl, Lope pareil à colle du fond.
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