‹ [Magasin théâtralChapitre 290 sur 1545 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

LOPE, PAULA

i OPE, brusquement. Enfin, vous vuilà.

PAULA, à part.

Mon Dieu! faites qu'il ne soupçonne rienl.

LOPE

Pourriez-vous me dire ce que vous faites seule ici pendant que je vous fais chercher par toute la maison?

PAULA, troublée.

J'étais venue... {A part.) Que lui dire?

LOPE , la regardant.

Pourquoi donc êtes-vous si pâle?... vous scmblezavoir peine à vous soutenir.

PAULA

Un de ces malaises auxquels je suis sujette... ne faites pas attention... je me sens déjà mieux.

LOPE

OÙ donc est Inès?

PALLA, hésitant.

Mais... dans sa chambre...

LOPE

J'ai à vous entretenir d'une affaire importante... Voudrez-vous bien me sacrifier quehues instansT...

PAULA, faisant un pas vers laporie.

Je suis prête à vous suivre dans votre cabinet.

LOPE, l'arrêtant du geste.

Cela n'est pas nécessaire.

PAULA, même jeu.

Si vous préférez descendre au jardin ?

C'est inutile... nous sommes très-bien dan.s ce salon.

PAULA, à part, inquiète.

Ne pouvoir l'éloigner d'ici !...

LOPE, se dirigeant vers la porte de gauche. Le temps seulement d'embrasser ma lille, et je suis à vous...

PAULA , vivement et Varrêiani. , A quoi bon en ce moment?... hâtez-vous plu liH de m'apprendre...

LOPE, la regardant.

A quoi bon embrasser nia lille?... vous conviendrez que voilà une singulière question pour une mère.

PAULA

J'ai voulu dire que la scène d'hier l'ayant vivoment impressionnée, ille a passé une nia;!v;iisc

nuit.

LOPK , vivement.

Malade? et vous ne m'en disiez rien!...

PAULA, se reprenant.

Un reste d'émotioji. . un peu de fiitigue occi:sionnée par une nuit d insumnie, voila tout... LOPE, avec inquiétude.

Peut-être est-ce plus sérieux <juc vous ne 1 ■ pensez-, peut-être les soins de Monlalvan sonlil.'^ nécessaires?

PAULA

Nullement, je vous assure... Après cela, si vous doutez, libre à vous d'entrer et d'interrompre son

sommeil.

LOPK, vivement.

Oh \ non, non.

PAtiLA, à pari.

Sauvée!

Liipe lui ludiciuc un fauteuil, en approdic un «econd •( s'auicd.

PAULA

LOPB, continuant.

Avec cela qu'elle doit être la plus jolie de la fête que je donne aujourd'hui, et qu'on est en train d'improviser.

PACLA.

Une fêle?

LOPE

Dans les jardins... Tous mes gens sont à l'œuvre... Cette lettre arrivée il y a une heure à peine m'en a fait naître l'idée, et cinquante invitations sont déjà à leurs adresses.

PACLA, préoccupée.

Et... le motif de cette réunion?

LOPB.

C'est pour vous en faire part que, ne vou^ trouvant ni au salon ni chez vous, je suis venu vous chercher jusqu'ici... Mais vous n'êtes pas à ce que je vous dis?

PADLA, distraite.

Pardonnez-moi.

LOPE

Peut-être allez-vous trouver étrange l'ignorance oij je vous ai laissée de mes projets et de mes espérances... mais j'ai cru devoir ne rien ébruiter, j'ai cru sage de garderie silence jusqu'au jour où j'aurais la certitude de les voir se réaliser... et cette certitude, la voici.

Il indique la lettre qu'il tient.

PAWLA, à part.

Ne pouvoir aller la rejoindre!

LOPE

Mais qu'avez-vous donc?... pourquoi êtes-vous ainsi distraite et préoccupée?

PADLA.

Continuez, je vous écoute.

LOPE

Bref, je marie ma fille.

PAULA, stupéfaite.

Vous avez dit?

LOPE

J'ai dit : Je marie ma fille.

PADLAj à part.

0 mon Dieu!... [Haut.) Quoi., sérieusement? En effet, je trouve étrange que moi, sa mère, vous n'ayez pas daigné m'informerplus tôt... {A part.) ?tlais peut-être a-t-il deviné l'amour de Maurice!... (//rtza.)Et...lenomdecelui que vous lui destinez?

Avant un mois, le fils du corrégidor sera son fpoux.

PACLA, anéantie.

Le fils du corrégidor I...

Une plainte part Je la cliambre d'Inès. Paula tressaille.

LOPE, vivement.

Écoutez .. Une plainte est partie de cette chambre.

PATJLA.

Une plainte?. . {Se levant. )3c n'ai rien entendu. (A part.) S'il entre, elle est perdue.

LOPB.

Quand je vous dis qu'un gémissement est parti delà. Venez, venez, suivez-moi!...

PACLA, l'arrêtant vivement.

Arrêtez!...

LOPE

Cet effroi!... Ah I vous me trompiez sur l'état de ma fille!... Mais je saurai la vérité!...

Il s'olance à la porte de gauche, l'ouvre et plonge ses regards dans la chambre.

PADLA, à part, et haletante.

Mon Dieu ! qu'allons-nous devenir?...

LOPE, étonné, et immobile sur le seuil. Elle dort... et son sommeil est calme.

PAULA, à part.

Que dit-il?

LOPE, de la porte.

J'avais pourtant bien cru entendre... {Re<inr. liant encore dans la chambre.) Mais non, si el ie >();if. frait son sommeil serait agité... elle n'aurait xkw ainsi le sourire sur les lèvres. {Il referme dou,;-meut la porte et revient en scène.) Vous aviez r.i.son, ce cri n'était que dans mon imagination. . île prenons notre entretien.

PAUL.\, à part.

Pauvre Inès!... quel courage!...

Ils reprennent place.

LOPE

Cette lettre du seigneur corrégidor va vous prouver que je ne me berce pas d'un fol espoir. {Lisant.) « Mon cher Lojie, je vais droit au fait. » Mon fils, don Francesco Rodriguez, se meurt » d'amour pour votre aimable fille. Si l'unique » héritier du premier magistrat de 3Iadrid vois » semble un parti digne (i'elle, soyez le médecin » qui doit rendre la raison à un pauvre fou qui, » si vous ne le guérisez au plus vite, finira par » faire tourner aussi la tête à son père. Aiijour- » d'hui même, en sortant, de l'audience du pre- » mier ministre, j'aurai l'honneur d'aller vous » répéter ma demande de vive voix, en même » temps que je vous présenterai notre malade. » PACLA, à part.

Aujourd'hui !...

LOPE

Je devais au seigneur Rodriguez une réception digne de son rang, et deux heures me restent a peine pour terminer quelques préparatifs iiidis pensables.

PAtLA, à part.

Deux heures seulement !...

LOPE, se levant, et replaçant son fauteuil. Une colation sera servie dans le salon de ver« dure... Je vous chirge d'en surveiller les apprêts PADLA, à part. Mon Dieul inspirez-moi !...

LOPE

Mais voilà encore que vous ne m'écoulez pas... Décidément vous avi'Z l'esprit ailleurs... quelques futilités sans doute.', et cela quand il est question de votre fille... de notre enfant!,.. Ah! je

.MA('.A.MN THKATKAL.

vous reconnais hion la!.., [Avec iionk.) Je vous laisse à vos graves pensée».

PArLA, à part, Enfial...

LOPE, continuant.

Et puisque rindisposition de celte chère enfant ne doit pas avoir de suites, rien ne sera changé à mes préparatifs... Occupez-vous donc de la toilette de la future... ce n'est pas trop exiger de vous, je crois .. faites-la bien belle surtout... Moi, je cours rejoindre mes travailleurs.

Il sort par le fond.

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