‹ [Magasin théâtralChapitre 29 sur 1545 · PIÉTRO, LE CONNÉTABLE, FRAN- CESCO · texte numérisé non relu

PIÉTRO, LE CONNÉTABLE, FRAN- CESCO

LE CONNÉTABLE, serrant de nouveau Francesco dans ses bras. Mon Francesco ! il n'y a qu'un instant si près de la mort... et maintenant... sauvé !

FRANCESCO. Oh ! mon père, il s'e.st passé tant de choses depuis. quelques heures, que je n'ose croire encore... qu'il me semble... oh ! mais je suis libre, bien libre... venez, venez près de moi... laissez-moi me convaincre. (^A Piétro qui est pensif .\ \'iens an.ssi, Piétro... mais que fais-tu? tu no parais pas partager notre joie, tu ne m'as pas encore tendu la main.

PIÉTRO, lui prenant la main. Oh! pardon... mon commandant., mais, avant de manifester ma jpie à celui qui a la vie sauve... je jetais un dernier regard à ce pauvre homme qui va mourir.

FRANCESCO, t'/ieme///. Il ne mourra pas, Piétro.

LE CONNÉTABLE. Oh ! le pauvre malheureux ne leur échappera pas...

FRANCESCO. Réchappera, mon père...

je le sauverai.

LE CONNÉTABLE. Et comment ? qu'espère-tu donc?., obtenir sa grâce .^.

FRANCESCO. La glace d'un condamné ne s'obtient pas à Milan... mais je It sauverai, dnssé-je appeler à mon aide tous mes amis et mes soldats pour l'arracher de leurs mains...

LE CONNÉTABLE. Que diS-tuf..

GAbl'AKUO

FRANGESCO. Vous ne savez pas, mon père... ce que cet homme a fait pour moi... Ecoutez, vous me demandiez cette nuit : la femme que tu aimes est-elle belle?., oette femme, mon père, c'est la comtesse 'Jontarini.

LE CONNÉTABLE , effrayé. La femme du procurateur!

FRANCESCO. Et si l'on m'a trouvé dans la maison du comte , c'est que j'y étais allé pour elle.

LE CONNÉTABLE. Imprudent!

FRANCESCO. Oui, mon père, c'était une grande imprudence... car le comte me suivait en méditant ma mort... et, lorsqu'armé comme en un jour de guerre , il levait à deux mains son épée sur moi, sans armes, sans espoir de salut... cet homme , se jetant entre nous deux , l'a tué pour me sauver... La fatalité m'a fait tomber entie les mainsdu justicier Riccardo. Cet hojiime vient de me sauver encore en se perdant. ,. etjeneledélivrerais pas à mon tour!.. Oh î je ne serais qu'un ingrat et qu'un lâche.

LE CONNÉTABLE. Mais tu ne pourrais y réussir qu'en attaquant ouvertement le pouvoir.

FRANCESCO. Oui, le pouvoir qui m'a ravi celle que j'aimais... le pouvoir qui voulait ma mort hier, et la veut encore aujourd'hui... et que je veux attaquer en face.

LE CONNÉTABLE. Mais sais-tu , Francesco... qu'une telle pensée peut entraîner ta mort ?

FRANCESCO. Ils l'ont jurée , ma mort.

LE CONNÉTABLE. Sais-tu qu'ils feront inscrire ton nom parmi ceux des traîtres à la patrie?..

FRANCESCO. Des nobles qui oppriment ne sont pas la patrie... D'ailleurs je dois sauver cet homme !

LE CONNÉTABLE. Et peux-tu jouer contre sa tête la tienne pleine d'avenir?... contre sa vie obscure , la tienne déjà glorieuse? .

FRANCESCO. Je lui dois dévouement pour dévouement.

LE CONNÉTABLE. Mais son dévouement superbe n'a perdu que lui seul — et le tien, Francesco , le tien , pourrait te perdre avec cent autres, peut-être.... avec moi !..

FRANCESCO. Hélas !.. mon père... vous \vez raison...

PIÉthO, s'aoançant, à part. Le commandant va céder.

FRANCESCO. Mais il faudra donc le laisser mourir.

PIÉTKO , élevant la voix. Et d'ailleurs.

commandant , cet nomme s'est dévoué pour vous ce matin, et pour la justice, c'est vrai ! maisliier, en frappant le comte, il accomplissait une vengeance personnelle. Vous pouvez l'ignorer, vous... mais je le sais, moi, son compagnon de taverne, auquel il a dit souvent : Je tuerai à Vis-

conti quelqu'un de sa famille Piétro

parce qu'il y a vingt-cinq ans, Visconti a cruellement assassiné, dans ma cabane, à Plaisance, ma pauvre femme qui résistait à sa passion, à sa violence..

LE CONNÉTABLE. Que dit-il?

PIÉTRO , continuant . Il me l'a tuée jeune et vertueuse... m'a-t-il dit ; il m'a proscrit, et je suis revenu plein de haine.... j'ai voulu lui ravir sa fille .. dont la douceur m'a désarmé... mais je lui tuerai son gendre, puis il a tué le procurateur, et il vient mourir vengé.

LE CONNÉTABLE, à part. Oh ! mes Souvenirs!., mes souvenirs!..

PIÉTRO, continuant. Et vot.i auriez, commandant, cent fois tort de sortir votre épée du fourreau pour délivrer cet homme. (^Au connétable^ avec pénétration^ N'est-ce pas, mon général ?

LE CONNÉTABLE , bas à Piétro, dans uns affreuse agitation. Visconti le gouverneur a tué la femme de cet homme, dis- tu?

PIÉTRO. Oui, mon général.

LE CONNÉTABLE. Dans Une cabane, à Plaisance?

PIÉTUO. Oui, mon général.

LE CONNÉTABLE. Il y a vingt-cinq ans?

PIÉTRO. C'est là ce que m'a dit l'accusé Gaspardo.

LE CONNÉTABLE. Gaspardo !. ... Gaspardo!... {^A part.) C'est bien son nom...

FRANCESCO.. IMais qu'avez-vous , mon

père.' vous pali.ssez

LE CONNÉTABLE. Rien, je n'ai rien!....

{A part.) Gaspardo qui s'est dévoué!., oh! c'est lui... c'est bien lui...

PIÉTRO, regardant dans la coulisse. Les sénateurs se retirent, on l'enunène dans

les prisons du palais ducal les soldats

reviennent de ce côté... il est jugé maintenant.

(Des soldats traversent le fond de la scène.)

LE CONNÉTABLE , aux soldats. Quel est l'arrêt du tribunal?..

MiCHlELLI. Le tribunal a ordonné que l'échafaud soit dressé avant le coucher du soleil.

(II sort avec les gardes.)

LE CONNÉTABLE. Il faut sauver cet homme, Francesco... il le faut, tu le dois, je le veux.

2G MAfJASUN

FnANCBSCO. Nous le sauverons, inoa père, mais... comment?..

LE C0N<«ÉTABLE. Silence! peut-être les espions du palais veillent à l'entour de nous; suis-moi, Francesco, viens!... sortons d'ici... (à Piétru) et dois-je compter sur Piétro'

PIÉTRO. Aujourd'hui comme en un jour de bataille, mon général.

THP-ATRAl*

LE CONNÉTABLE, aoec réflexion. Gaspardo le pêcheur... {^Avec précipitation.) Venez... suivez-moi.

FRANCESCO. OÙ donc ?...

■ LE CONNÉTABLE. A l'arsenal !

FRANCESCO et piÉTRO. A l'arsenal!...

(lie sortent.)

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