‹ [Magasin théâtralChapitre 293 sur 1545 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Mêmes, LOPE.

LOPE, en entrant.

Le senor corrégidor et son fils viennent d'arriver...

PACLA, bas à Inès.

Du sang-froid t

LOPE, continuant.

Montalvan me remplace auprès d'eux... Eh bien! ma fille?... et cette toilette, s'en occupe* t-onî PACLA, »' efforçant de commander à son trouble. Dans un moment.

LOPE, allant à Inès.

Ah ! te voilà, mon enfant.

Il l'embrasse au front.

PADtA, bas à Maurice, Restez, je le veux!...

LOPE

Te ressenlirais-lu de ton imlisposilion? tu es bien pâle encore 1... ( Avec un ètonntment mêlé d'effroi. ) Mais on dirait que tu as pleuré ?... INÈS, vivement, et avec embarras.

Pleuré , moi ?... non , mon père , non... je me sens même niieui... beaucoup mieux.

PAVLA, à part.

Mon Dieu, secourez-nous t

LOPE, asxis près d'Inès.

Cet événement d'hier t'a donc bien effrayée, mon Inès ?.. En effet, ce récit de Manuel, cette arrestation... Et moi, qui, ne pouvant taire ma juste indignation contre cette malheureuse, vais couronner l'œuvre en me livrant devant toi à un emportement que je me reproche... (jetant un coup d'œil sur sa femme ) mais dont je n'ai pas été maître en voyant l'inconduite trouver des défenseurs.

PACLA, à mi-voix, à Lope.

Assez!... ne voyez-vous pas...

LOFE, se levant.

Mais on vous attend, et si je m'en repose sur vous, senora, Inès ne sera jamais prête... Veuillez sonner sa femme de chambre.

PABLA.

Une fleur, quelques rubans suffiront... et si vous le permettez, je vais la parer moi-même. INÈS, vivement.

Oui, je préfère les soins de ma mère...

LOPE

Soit, mon enfant... {A Paxila.) Mais hâtezvous, de grâce. (/' fait traverser Inès jusqu'à la toilette; elle a peine à se soutenir. Lope continue en allant ouvrir la fenêtre de droite. ) Pour une fôte ordonnée et exécutée en quelques heures... que dites-vous de ce coup d'œii, monsieur Maurice?

HADRICE, sans regarder à peine, et tout occupé d'Inès.

Recevez mon compliment...

INÈS, 6a y à P-^ula.

O ma mèrel... je n'aurai j ^is la force...

PAULA, bas.

Prends garde, ton père est là...

MADBICE, à part.

L'infortunée va se trahir...

LOPE, « la fenêtre.

Et la cabane de mon jardinier, dites, est-elle galamment décorée ?

HAX7RICE, toujours occupê d'Inès.

Elle n'est, en effet, pas reconnaissable.

LOPE, à l'extérieur.

Martinezt... pas là... bien!...

Il quitte la fcnûtr"

PAULA, bas à Inès Jl vient à nous!

Eh bien! mon Inès, comment te trouves-tu? PADLA, s'avançant vivement entre Lope et Inès. Cette résille vous semb!e-t-elle de bon goût ?

LOPE

C'est votre fille qu'il faut consulter, et non pas moi... Maisqu'avez-vous doncà trembler ainsi?... Inès elle-même... Je ne sais si je rêve, mais je ne vois aujourd'hui que des figures étranges... il n'y a pas jusqu'à M. Maurice que votre tristesse semble avoir gagné.

MAtRlCB.

Moi, senor?...

LOPE , retourné à la fenêtre.

Le chiffre au-dessus de la guirlande!. .< c'est cela.

PAULA, parant Inès.

La tristesse de M. Maurice prend sa source dans une cause toute naturelle, eu même temps que très-flatteuse pour nous

LOPE

Achevez...

PADLA , avec intention.

Quand vous êtes entré, monsieur venait de nous faire part de la nécessité dans laquelle il se trouve de quitter Madrid.

MAURICE, à part.

Que dit-elle?

LOPE

Quoi! vous partez?

PAULA, même jeu.

Une lettre, que monsieur a reçue ce matin même, l'oblige à retourner de suite à Bruges.

MAURICE, bas.

Que faites-vous, senora?... je ne partirai pas.

PAULA, bas.

Vous partirez, monsieur. (Haut, à Inès.) Laquelle de ces fleurs préféres-tu?

Tout indispensable que soit votre départ, vous nous donnerez bien quelques jours ?

PAULA , vivement Impossible, non, c'est impossible...

LOPE, surpris.

Comment savcz-vousî...

PAULA, se reprenant.

Du moins à ce que disait lout-à-l'heure M. Maurice, en nous annonçant qu'il était forcé de partir aujourd'hui môme.

LOPE, à Maurice.

Et y aurait-il de l'indiscrétion à vous demaih der le motif d'un départ aussi précipité? MAURICE, avec embarras.

Nullement...

PAULA, appuyant.

Un motif bien légitime.. . Monsieur nous quitte pour retourner auprès de sa femme.

PAUL/V

LOPB, s'écria:!.

Sa femme, dites-vous?.- Âh ça! c'est une plaisanterie?

PADLA.

Monsieur, je vous le répète, va rejoindre sa femme.

LOPE

Sérieusement?... mais vous êtes donc marié?

Il y a deux ans, des raisons de famille, de fortune, me forcèrent de contracter des liens qu'un exil volontaire ne tarda pas à briser.

LOPE

Marié!... et nous n'en savions rien!

MAURICE

Mon mariage fut un de ces tristes événeniens de la vie que l'on tâche d'oublier... et dont pour cela on ne parle jamais.

LOPB, à part.

C'était donc là son secret... [Haut.) Je vous entends... {poussant un soupir) et je vous plains. INÈS, bas.

II est donc vrai, ma mère!... marié?...

PACLA , bas.

Du cakne, mon enfant !

LOPE, à Maurice.

Allons, puisqu'il le faut, je ne tenterai pas de vous retenir.

Ici on vuit le fond du jardin se garnir de monde. Montalvan entre par le fond.

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