‹ [Magasin théâtralChapitre 296 sur 1545 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PÀULA, seule, puis UN INCONNU.

Paula est assise près de la table, la léte dans les mains.

Inès... ma fille chérie... si jeune encore... et déjà si malheureuse !... Mais la nuit du moins accorde quelque trêve à ses douleurs... landis que moi... pas un instant d'oubli... nuit et jour une seule pensée... mon bonheur perdu... perdu sans ressources!... et ne pouvoir parler!... Ah! Gaétan! Gaétan !.. (Après un temps.) Vouée par vous à la soulTrance... 6 mon Dieu! je m'étais résignée... mais voir souffrir et pleurer mon enfant, craindre sans cesse, trembler pour elle... ah! c'est trop, mon Dieu, c'est trop!

r.lle demeure anéantie; on entend tourner une clef dans la serrure de la petite porte, qui s'ouvre lenlemcnt, et donne passage à un homme enveloppé d'uu manteau.

l'inconnu, du fond.

Je ne m'étais pas trompé. .. c'est bien la clef de celte petite porte que, grâce au vin de Xérès, j'ai si heureusement soulevée au jardinier du couvent.

Il avance avec précaution.

PAULA, relevant la tête.

Ilyacinq mois, .sans !e secours de Montalvan, c'en était l'ait de nous .. Inès était perdue!

Elleredeviciil pcntivc; pendant celle partie du monologue riuGOnnu s'est orienté.

l'inconnu.

Je suis bien chez les senoras... voilà le pavillon qu'elles habitent... {Indiq.iant une avenue en face du pavillon.) De ce côté la demeure du jardinier et de sa femme... ici la mère, là-bas l'enfant... à droite, à l'extrémité de cette avenue, doit s'élever le mur du couvent. . . à gauche l'entrée principale. . . c'est bien cela.

Il continue son examen.

PAULA, continuant. Il avait tout compris... aussi n'hésita-t-il pas à déclarer à mon mari que, la santé d'Inès étant menacée, l'air de cette contrée était indispensable à son rétablissement.

l'inconnu.

Ma commission est faite, je tiens la clef... celui qui me paie peut arriver quand il voudra.

Il s'oriente de nouveau et regagne lentement l'angle du mur où est située la petite porte.

PAULA, poursuivant.

Mais quelle fut ma terreur quand j'entendis mon époux annoncer qu'il serait du voyage!... père affectueux autant qu'il se montrerait cruel s'il savait Inès coupable, il prétendait ne confier a personne la mission de veiller au chevet de sa fille... {Ici l'Inconnu franchit la petite porte qui, se referme doucement derrière lui. Paula continnr.) Mon Dieu!.. .si la reconnaissance ne l'eût enchaîné à Madrid, si la faveur chancelante de son noble protecteur ne lui eût fait un devoir de de-

PAL'l.

meurer à ses côtés au jour du péril .. hélas ! mou ! Dieul que serions-nous devenues?

Vers la fin du monologue de P»ula, Maurics a paru au haut du mur.

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