‹ [Magasin théâtralChapitre 297 sur 1545 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MAURICE, PAUL A, dans le pavillon.

MAURICE, du haut du irnir, et prêtant l'oreille. Tout est calme... descendons...

PACLA.

Et un malheur de plus!... pourquoi ce départ précipité de Montalvan ?... pourquoi ces trois semaines d'absence quand il estnotre seul conseil, notre unique appui ?... fatigué de notre malheur, nous aurait-il abandonnées?... aurait-il reculé devant l'œuvre qu'il avait si dignement commencée Y

MAURICE, après être descendu dans le jardin.

La savoir là... souffrante encore, et ne pouvoir tomber à ses pieds... Et pourtant, mon Dieul j'en suis séparé depuis le jour oîi sa mère, se plaçant entrenous, ordonna mon départ... mon départi... comme si je pouvais m'éloigner de l'Espagne y laissant derrière moi une femme et un enfant adorés!... Oh ! non, je ne le pouvais pas sans avoir au moins crié grâce à ma victime, sans avoir embrassé l'être infortuné qui peut-être ne m'appellera jamais son père!

PACLA.

Voici le jour... {elle étant sa lumière) retournous auprès d'Inès.

Elle referme la fenêtre.

HAURICB.

MonDieu!... cettedernière tentative échouerat-elle donc... comme toutes celles qui l'ont précédée?... Me faudra-t-il donc partir sans emporter la promesse que mon souvenir ne lui sera point odieux?... sans avoir posé une seule fois mes lèvres sur le front de mon enfant?... {S'élançani vers le pavillon.) Oh! non, je ne m'éloignerai pas ainsi!... {La porte du pavillon s'ouvre, Paula estsur le seuil; Maurice recule en s'écriant:) Sa mère!

PAULA

Encore vous!.. .vous en Espagne!. ..vous ici!... /nais vous avez donc juré sa mort, dites, monsieur î

J'ai juré de la revoir une dernière fois et l'embrasser mon enfant!... après cela, rassurezrous, pauvre mère... j'irai mourir loin d'elle et M lui...

PAULA

La revoir 1... oh ! jamais, jamais!... c'est à l'instant même qu'il faut vous éloigner... Sortez d'ici, monsieur, sortez 1

MAURICE

Mais pour espérer cela, vous ignorez donc,

madame, que depuis cinq mois je veille autour de votre retraite?... que lu nuit où Inès devint mère, j'étais là, à cette plare, où chacune de ses plaintes arrivait à mon oreille, où chacune de ses souffrances retentissait à mon cœur?... et vous croyez que je m'éloignerai pour toujours sans avoir reçu le prix de tantdepersévérance?... Oh! ne l'espérez pas I ne l'espérez pas !

PAULA

N'espérez pas, vous, arriver jusqu'à elle!... craignez de revoir celle qui hait maintenant en TOUS l'époux d'une autre!

MAURICE, avec désespoir.

Oh ! que me dites- vous là î. .. Mais n'importe ! ... par pitié, madame, laissez-moi lui adresser un éternel adieu!

PAULA, avec véhémence.

Mais comprenez donc que votre présence réveillerait toutes ses douleurs!... et qu'avant tout je suis mère!... encore une fois, sortez, monsieur, sortez!... votre vue m'est odieuse, car elle m'a rappelé cruellement et sa faute et votre crime! Sortez!

MAURICE, accablé.

Eh bien ! soit... vous le voulez... je mourrai sans l'avoir revue... {Seranimant.) Maisla nature m'a donné un titre aussi saint que le vôtre, des droits sacrés que vous voudriez en vain méconnaître... mais je suis père, et vous n'avez pas le droit de vous placer entre mon enfant et moi ! PAULA, effrayée.

Que voulez-vous donc?

MAURICE, suppliant.

Lui donner un premier et dernier baiser... Oh 1 ne me refusez pas!... ce que tout-à-l'heure je réclamais comme mon droit, je l'implore à présent comme une grâce!... je l'implore à genoux avec votre pardon !

Il est à genoux ; moment de silence ; combat chex Paula.

PAULA, avec doute.

Vous dites donc que si, je vous accordais de le voir et de l'embrasser, je vous aurais revu pour la dernière fois ?

MAURICE, affirmativement.

Pour la dernière fois !

PAULA, se décidant.

Venez donc!... mais vous partirez aussitôt, n'est-ce pas?... vous quitterez pour jamais l'Espagne?

MAURICE

Pour jamais !

P.VULA.

Jurez-le-moi.

MAURICE, toujours à genoux.

Je vous le jure par mon amour et mon repentir!...

Il couvre du baisers IcS mains Je Paula.

PAOLA

Je reçois votre serinent, et Dieu l'a entendul...

venei!

MAURICE

Oh ! merci, merci!

Il va s'él.inccr vers le pavillon, Panla l'arrête. PADLA, vivement.

'Son, pas de ce côté... vous ne devez jamais la revoir, elle... Par ici! par ici!

Elle l'entraîne par l'avenue opposée ; au même instant Montalvan paraît, débouchant de celle qui longe derrière le pavillon.

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