‹ [Magasin théâtralChapitre 299 sur 1545 · MONTALVAN, PAULA · texte numérisé non relu

MONTALVAN, PAULA

PAULA, reparaissant, et sans voir Montalvan. Parti!... parti pour toujours 1

MOKTALVAN.

Arrivé, voulez-vous dire!

PAULA

Ah! Montalvan, c'est vous!... c'est vous enfin!

MONTALVAN

Grande et bonne nouvelle, senoral... plus de tourmens, plus de larmes!... vous n'avez plus rien a craindre ni de Lope ni de Gaétan Linarcsl... Réjouissez-vous, c'est moi, moi qui en ai la certitude, qui accours vous annoncer le bonheur dont mon cœur est plein, et vous dire : Tous vos malheurs sont finis! ( Respirant. ) Ah! ça

m'étouffait t

PAULA, chancelant.

Ah! mon Dieu! mon Dieu! serait-il possible? Vous ne me tromperiez pas, vous, mon ami... vous ne voudriez pas me tromper... Mais comment se fait-il?... parlez, parlez... Ce voyage c'était donc pour nous?

MONTALVAN

F.t pour qui donc aurais-je bravé les fatigues et la mauvaise chère?

Pardonnez ojoi, j'ai tant souiïcrl de voire ab-

sence!... pardonnez-moi d'avoir pu croire que vous nous aviez abandonnées.

MONTALVAN

Moi, VOUS abandonner!!... je vous en voudra beaucoup de cette pensée... plus tard... mais au plus pressé d'abord.

PAULA

Oui, racontez-moi...

MONTALVAN

Depuis long-temps, depuis le jour oh je reçus votre confidence tout entière, je me disais: Cet homme, ce Gaétan, tout endiablé qu'il soit de ses idées de vengeance, cari! a beau parler d'amour, ce fatal amour ressemble terriblement à de la haine... tout cruel et enragé qu'il se montre, cet homme n'a peut-être pas un cœur de roc... il se fait peut-être plus méchant qu'il n'est en effet... si j'allais le trouver, si je lui parlais. ..là, de certaine façon., je sais bien qu'il pourra m'accueillir fort mal, me renvoyer d'où je serai venu, en me priant de me mêler de mes affaires... Mais, bah ! il faut bien risquer quelque chose pour ses amis... et après tout, le pire qui puisse m'arriver, ce sera d'avoir fait un voyage inutile...

PAULA

Généreux Montalvan !

MONTALVAN

Laissez donc... tout cela me trottait dans la tête si bien et si fort, que, ma foi, lorsque je vois que notre chère Inès peut se passer de mes soin* et de ma présence, je prends, un beau jour, mon courage à deux mains, et je pars.

PAULA, avec un léger accent dt reprothe.

Sans nous prévenir...

MONTALVAN

Pour ne pas vous donner une espérance que j'avais si peu de chances de voir se réaliser.

PAULA. I

C'est vrai ! c'est vrai I

MONTALVAN

' Je fais, comme vous devez le penser, le plus

I de diligence possible... je passe la frontière de

' France... Ah! senora. que le ciel vous préserve

d'un pareil voyage!... des hôtelleries détestables,

une déplorable nourriture... ces geus-là ne sa-*

vent pas vivre.

î PAULA, souriant.

j Pauvre ami !

MONTALVAN

Enfin, j'arrive à Bayonne, lieu de retraite de Gaétan, et d'où élaiLMil datés ses derniers messages... j'étais moulu, brisé, tombant de lassitude etde sommeil... Au bout de cinq minutes, je ronflais comme un bienheureux, je l'avoue... lorsque, dans la nuit, le m.iitre de rauberge,à qui j j'avais décliné mes titres et qualités, vient me ré« I veiller, implorant ma sricnr.cde docteur pour un !•.( inti; • q'ii. en rcr.tranl dans sa maison, avai

été assassiné...' Je confesse qu'au premier moment, en dépit de mon humaiiit(i bien connue, j'envoyai à tous les diables la mission qui m'était donnée... Que Dieu me pardonne, car c'est lui sans doute qui m'avait conduit par la main.

PAULA

Achevez, achevez !

MONTALVAN

Je me frotte les yeux, je me lève, je cours près (le la victime, et je trouve, je reconnais... Vous l'avez deviné sans doute... celui que je cherchais, Gaétan Linarès lui-même !

PADLA.

O ciel I

MONTALVAN

Il n'y avait pas d'espoir de le sauver... il venait de recevoir une blessure mortelle, à laquelle je soupçonne fort le bras de notre inquisition de n'être pas étranger... Voyant que tous mes efforts seraient impuissans, je me fais reconnaître, je vous nomme, je lui peins vivement tout ce qu'il vous a fait souffrir, je deviens entraînant, persuasif... Pour la première fois de ma vie, sans vanité, je suis éloquent., je crois même que je le fais pleurer^, et enfin...

PAULA

Enlin?

MONTALVAN

Victoire! victoire complète!... (// a tiré ses tablettes.) Cette funeste lettre de change, et cet écrit, votre justification pleine et entière, vous en diront plus que mes paroles!... Tenez, tenez, seîîora!

PAULA, vivement.

Donnez, donnez!... (Elle a ouvert la lettre de Gaétan et la parcourt rapidement.) Oui, oui! c'est bien de lui... c'estbien son nom. Ah', le ciel nous a donc enfin prises en pitié !

MONTALVAN

Lisez, lisez, seîîora I

PAULA, résumant la lettre.

« Touché de repentir à son lit de mort, ému de » compassion au récit de mes souffrances, il me » rend, à moi, qu'ila tant aimée, le droit de re- » lever la tête, de faire rougir, à mon tour, le » front humilié de son ennemi, le droit de dire à » mon époux : Vos soupçons étaient injustes, je I) n'ai pas cessé de mériter toute votre estime... » Je me suis sacrifiée, je suis innocente!...» Oh! Dieu sait si cela est vrai!... Merci, Gaétan! merci!... Que Dieu te pardonne comme je te pardonne!...

MONTALVAN

Quand je disais qu'il n'avait pas un cœur de roc!... Il est bien vrai d'ajouter que sa blessure et mon éloquence sont pour quelque chose dans le triomphe que j'ai remporté.

PAULA, pleurant de joie.

Ah! mon ami, que ne vous dois-je pas!... Plus

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de déshonneur pour le nom de mon mari... Et ma fille, mon Inès, sauvée!... Mais tant de joie... un bonheur si imprévu... Ma tête se perd... mes idées se confondent... Que faut-il faire? conseillez-moi, que faut-il faire?

MONTALVAN

Voyons, voyons, remettez-vous... c'est à vous de commander maintenant, et à Lope d'obéir; je vous l'abandonne, et à votre place... Mais non, non, ses remords vous vengeront de reste. ... il n'a rien à vous refuser à cette heure, et il ne reculera devant aucune réparation.

PAULA, qui s'est remise.

Oh ! c'est la grâce de notre enfant que je veux lui demander... c'est le seul droit dont je veuille me servir... Qu'il pardonne à Inès, qu'il l'airae encore, et je le tiendrai quitte envers moi. MONTALVAN, la Contemplant.

Mère tendre!... épouse dévouée!... toutes les vertus du cœur!... Vrai ! je ne sais qui me retient de tomber à vos pieds et de vous adorer comme une madone!... Mais écoutez-moi... Ne galons rien par trop de précipitation... Avec mon ami Lope, vous le savez, le premier mouvement est toujours à redouter. Il me semble donc qu'une lettre de vous doit vous précéder près de lui... ce sera à la fois plus prudent et plus sûr.

PAULA

Oui, oui, c'est cela... Merci! merci!

MONTALVAN

Je me charge de porter la lettre ; cela vaudra mieux.

PAULA

Vous î ... Ah ! le meilleur des amis ! ...

C'estbien... Vous me remercierez plus tard... Ainsi donc, dans une heure, je remonte à cheval... Je serai rompu... mais n'importe.. .Et vous, dès demain, en litière, sur la route de Madrid, où l'on vous attendra avec une vive impatience, je vous le jure... Mais à propos... notre chère malade pourra-t-elle supporter...?

PAULA

Inès va mieux, beaucoup mieux!

MONTALVAN

A merveille... Hâtez-vous d'écrire... Moi, je cours à mon hôtellerie, oîi m'attend un ample et solide déjeuner I... Il n'est pas sain d'entreprendre un voyage l'estomac vide... je mettrai les morr ceaux doubles... et avant une heure, je revieiïg chercher votre lettre.

PAULA

Elle sera prête... Allez, mon ami, allez.

MONTALVAN

A bientôt!

Il sort p.ir Pavenuo de tlroite, Paula rentre dans le papillon. Au niôrau instant la petite porte du mur s'ouvre biusf|uonicut ; deux, hommes se jettent un scène.

•*^^\v»v^\»^^»V1\v\\^^*vv^v^\^^\^^'v\»\\v^^^vvwv»^vl^^^■^^^^^ SCÈNE V.

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