SCENE PREMIERE
M"^ PERSCOFF, HENRIETTE, M»-' SAINT-ARNAL , DE BRICHE , PRÉ- CIGNY, Baigneurs et Baigneuses.
M"« PerscoflT. Henriette et une antre dame, travaillent à droite sur le devant de la seine, assises d'abord autour d'tm petit giu'ridon. Prcoigny fi l'oppose entasse des cahiers de nuisique sur une console. De Brichc debout lit attentivement le journal. Quelques-uns jouent, dessinent on se promènent de la salle au jardin.
M"" S.AINT-ARNAr. , debout, à Henriette. Qu'est-ce que vous chiffonnez donc là, ma belle petite Henriette ?..
^^^RIETTE. Des nœuds de robe, madame, pour le bal de ce soir.
M»* SAINT-ARNAL. Ah ! c'est vrai, le pcopriétaire îles bains nous donne à dan-
ser; c'est très-galant de sa part. {Elle passe auprès du musicien. ) !M. Précigny met en ordre les partitions pour son concert d.' demain?
pnÉciGNY. Oui, madame.
HENRIETTE, à SU mèrc, à dcmi-i'oix .
Maman , prenez-vous des billets pour \c concert de M. Précigny?
M™" PERSCOFF , de même. Taisez-vous ; M. de Briche nous en offrira comme la dernière lois.
HENRIETTE , dc même. Il me regarde toujours si drôlement, ce M. de Briche , que je n'o.se lever les yetix î
M™* PERSCOFF , de même. Laissez-le faire , ces regards-là finiront par une demande en forme.
HENniETTE. .T'aime mieux les politesses de M. Edouard Launay.
F/AGRAI'E.
jurne pEHîjCOFF. El uioî audSi;.. mais le greffier du procureur du roi n'est pas un homme à dédaigner.
IIENRIKTTE , (le même. C'est qu'il est bien laid, et puis il a mi œil qui tourne, c'est effrayant!..
M"* PEUSCOFF, de même. La première fois... oui... ça paraît... mais on s'y habitue... tant que défunt le conseiller votre père, M. Perscoff , qui n'avait qu'un œil, et un tout petit œil , m'a fait l,i cour... ah ! mon Dieu!., disais-je , un boignel.. quelle horreur!., eh bien, après le mariage je n'y pensais plus... Tout le mérite d'un homme n'est pas dans les yeux.
HEINKIETTE , de même. C'est bien heureux quand il les a de travers.
PRÉCIGNV , se lei>ant. Me voilà en me- ;are!..
M™^ SAINT-ARNAL. Vous avcz donné quatre beaux concerts à Londres la saison dernière?
VRÉCIGNY. Oui , vraiment ; j'avais les deux premiers talens de Paris, Nourrit et IM""' Damoreau,
M"'^ SAINT-AUNAL. J'y élais, je les ai entendus. Au dernier la parure de topazes de M™* Damoreau venait de moi.
SI"'* PEUSCOFF. Vous faites donc du conunerce,^ Madame Saint-Arnal ?
:)i""= SAIJVT-AKNAL. J'ai beaucoup d'obj ets d'art et de luxe. . . qui sont de défaite. . . et lorsqu'ils font envie —
PRi'îCiGNY, riant. C'est... la commission en grande dame...
M""' SAINT-ARNAL. Pour occuper mes loisirs... On voyage, on vit... bien... on s'amuse, et tous frais faits on a encore de fort jolis bénéfices.
M"* PEUSCOFF. Il n'y a que les maris qui pourraient trouver à redire,..
M™* SAiNT-ARiVAL. Je suis veuve.
PRÉCIGNY. D'officier supérieur.... je crois ?
M""" SAlNT-ARNAL. Non, d'intendant militaire mort pendant le siège d'Anvers.
M"^ PERSCOFF. D'un coup de feu ?
M"^ SAlNT-ARNAL. D'un coup de sang. . .
après un repas de corps.
On lit.
PRÉCIGNY, riant aussi. C'était im fricoteur. ( Allant frapper sur f épaule de M. de Briche.) H y a donc bien des choses dans le journal d'aujourd'hui , mon cher magistrat ?
CE BRICHE. Rien de nouveau !
njine PEUSCOFF. Annoncot-il la venue de quelques jeunes gens de famille?
DE BRICIIF.. De nouveaux visages sciaient bien venus pour nous distraire, car
ce que nous avons d'étrangers en honunes estdune grande monotonie... pour ne pas dire plus...
PRÉCIGNY. Tiop honnête!
DE BRICHE. Yous savez bien que je ne parle pas de vous...
jjime PERSCOFF. Ni de M. Edouard de Launay , j'espère? un homme d'esprit, de belles manières, un grand Irain.. . qui doit avoir une fortune considérable...
HENRIETTE. Sa figure est très-distin\ guée !..
DE BRICHE. Distinguée... à la première vue... mais il ne supporte pas l'examen ; en outre, je vous dirai que je me défie toujours...
PRÉCIGNY, riant. C'est votre état.
DE BiilCHE. Non , sans plaisanterie , je me défie de ces dandys qui nous viennent, Dieu sait d'où , mystérieusement enveloppés... dans une position. . on ne sait trop laquelle...
j|me PERSCOFF. Vous y mettcz delà prévention. Ah ! si vous parliez de cette soidisant Anglaise qui se fait appeler miss IMorphelh... et qui laisse tomber sur M. Edouard des tours d'yeux si languissans, oh ! celle-là, je vous la livre. Conve^ nez qu'il y a quelque chose d'éirange dans sa conduite... d'abord venir aux eaux seule avec une espèce de gouvernante , à quoi cela ressemble-t-il ?...
PRÉCIGNY. Les Anglaises voyagent souvent ainsi seules.
DE BRICHE. Avec leurs amans.
M""" SAINT-ARNAL. C'est dans les mœurs.
M™'' PCRSCOFF. Elles sont jolies les mœurs ! . .
DE BRICHE, se rai^isant. Au fait, qui sait ce que c'est que ce M. Burns qui la suit partout...
jimc PERSCOFF. Oui, ce monsieur à cheveux gris qui est venu la joindre trois mois après son arrivée , quand la coquette avait déjà tourné la cervelle de M. de Launay... un homme si bien, et qui aurait pu faire le bonheur d'une jeune personne bien élevée ..
PRÉCIGNY , en riant. Comme M"* Hen • riette.
DE BRICHE. Mademoiselle n'attend aprè« les hommages de personne.
M'"^ SAINT-ARNAL. On ne les attend pas mais on les reçoit.
DE BRICHE, à M'^^ Perscoff: Voudra-t-elle m'accepter pour la première contre-danse ce soir, mamzelle Henriette ?
HENRIETTE, après a^'oir regardé sa mère faisant un signe d'adhésion. Monsieur!..
M""* PERSCOFF, bas à de Briche, Elle at
cepte avec plaisii . ( Regardant en dehors. ) Ah ! mon Dieu I le voilà !
DE BRICHK. Qui donc?
M"* PERSCOFF. IM. de Launay.
M"» SAI\T-AR\AL, à Prdcigny . La vieille est folle de ce monsieur, elle n "a que lui dans la lête.
PuÉciGNy, de même. Oh ! oh î pas pour elle.
M""* PERSCOFF. Tenez, le voyez- vous, là-bas.... qui marche lentement, la tête baissée.
DE BRIGUE. Comme un coupable... vous iielui trouvez pas l'air sombre d'un homme nquiet?
M™* PERSCOFF, w^f humeur \o\xsnt savez ce que vous dites..., taisez-vous... s'il vous entendait...
l'R ÉCIG\ Y, «/7ar/, à ./!/'"* Saint-Ârnal. \ oilà le fonctionnaire à la baisse.