SCENE II
M™« PERSCOFF. HENRIETTE, DE BRICHE, PRÉCIGNY, M-« SAINT- ARNAL, LAUNAY, entrant préoccupé sans voir personne.
M"* PERSCOFF. ^^.j à Henriette. S\ par hasard il nous revenait?
HE!\RIETTE, iw.f asamère. Je ne danserais pas ce soir avec M. de Briche?
W' PERSCOFF, de même. Nous verrons ça...
LAUîVAY, à lui-même. Ce sir Burns est mon mauvais {jénie... depuis l'arrivée de cet homme, miss Fanny, auparavant si bienvf iliaule, si tendre, semble obéir à je ne sais quelle puissance secrète qui la force à m'éviter... Quel est-il cet homme?...
quels sont ses droits. .. je veux le savoir...
il faudra qu'il s'explique ouvertement
je le veux...
Tont en avançant, il se trouve presque en face de M"" Pcrscoff.
M""» PERSCOFF. C'est un heiireux hasard, monsieur Launay, que de vous avoir parmi nous dans la journ('e.
LAUNAY, le{>unl\'iiHmcnt la tclc. Oh ! madame, je vous demande pardon, je n'avais pas l'honneurde vous voir... votre sauté. .?
M™* PERSCOFF. Vous êtes bien bon...
glace à l'air pur que l'on respire ici, j'espère me débarrasser de mes rhumatismes.
PUÉCI(;>Y, à M"-* Saint-Anml. Son véritabl'* rliumaiisme, c'est sa fille I
LAl'^iAY, moniruni Irjtiurniil que finit de Sriche, Est-ce que j'aurais interrompu la
' lecture que monsieur faisait à ces dames?
DE BRIGUE. Non, monsieur, je lisais pour moi seul.
PRÉCIG^Y. Et il avait raison... il n'y a rien d'original ou d'effrayant... le crime ne donne pas du tout à cette époque... ces temps derniers... je n'ai pas rencontré un seul de ces rudes assassins au visage sombre et féroce... même dans la Gazette des Tribunaux.
DE BRICHE. D'abord, sombre et fércce, ce n'est plus cela ; maintenant l'assassin a la figure douce et riante... le voleur va aux Bouffes, à l'Opéra en hiver, va prendre les eaux en automne ; il porte des gautsjaunes et des fracs à la dernière mode... on le prendrait pour un honnête homme... il fait même sa barbe tous les jours... triste effet de la civilisation !
Edouard, pendant la causerie, s'est assis et a oavert un album sur lequel il trace quelque chose au crayon.
M"* PERSCOFF, à sa fille. Allons, Henriette, c'est assez travailler ( elle lui enlève son oui>rage) ; tu te fatigues les yeux... il faut un peu tedistraire. Voilà M. Edouard qui sera assez galant pour faire une partie de dames avec toi...
PRÉCIGNY, à lui même. Elle cherche à se débarrasser tout-à-fait de son rhumatisme.
LAUNAY, assis. Ce serait avec bien du plaisir... mais je ferais en ce moment le plus triste partner... j'ai la tête malade... je n'y vois pas... je brouillerais le jeu —
mme PERSCOFF. Vraiment I. . (// Henriette) Il faudra danser ce soir avec de Briche.
IIENRIi:tte. Dieu ! quel supplice !.. avec cela qu'il me marche toujours sur les pieds lorsqu'il balance.
DE BRIGUE, qui examinait et feuilletait rai hum pendant que Launay répondait ci M""" Perscoff. Une fort jolie vue !
LAUNAY. Assez fidèle des côtes de Bretagne.
PRÉCIGNY, regardant. C'est plus qu'un talent d'amateur, que vous avez là, monsieur Edouard.
DE BRICHE , fcuil'ctiint toi/Jours. Ht- I voilà une étude de rocher... tiens... l'Irglas I . .
LAUNAY, virement . Qui vous a dit cela
DE BRIGUE. Le nom est écrit au bas.
l.ACNAY. C'est lUie erreur. .. du barbouilleur qui a grilTouMf» ce nom sur mon livre ; ce n'est point rii{;l;is .. une mlicnle csqui.sse que j'.ii faite en Sniss<\ (// dcclnre lu fc^'Jlc 'f.ci l.iim'ur) qi-'il était mutile du
L'AGRAFE
baptiser d'un nom.... qui n'est pas
suisse...
DE BRICHE. Suisseou cliinols, monsieur, ce n'est pas moi qui suis cause de votre humeur.
5i">e piîuscOFF. On a ses jours de bonne onde mauvaise disposition... (// Laumiy.) Ji: vous trouve bien pâle.. . parce que vous n'avez peut-être pas fait votre promenade liabituelle?...
i.AïJiVAY. Pardon... plus tôt qu'à l'ordinaire... seulenient, j'arrive du bois.
jjime PKRSCOFF. Seul?., est-ce que miss Fanny est indisposée?
LAUNAY. Je ne le pense pas... elle m'avait averti qu'elle ne sortirait pas ce matin.
M"" Pi'RSCOFF. Elle aura changé d'avis, car la voilà qui vient par le sentier àv\ Blaou.
HENRIETTE. Et M. Burus qui tient la bride de son âne.
M"* PERSCOFF. Tiens , c'est vrai. ( A part.) Il est devenu plus pâle encore !
De Launay s'est tourne du cAtc par où miss Fanny a été' annoncée.