‹ [Magasin théâtralChapitre 332 sur 1545 · LAUNAY, MISS FANNY · texte numérisé non relu

LAUNAY, MISS FANNY

FANNY. Mon Dieul qu'avez- vous , Edouard ? Vous m'en voulez . ?

LAUNAY. Il paraît qu'il est permis maintenant de causer avec vous sans vous forcer à la retraite?...

FANNY , souriant. La preute , c'est que me voilà!...

LAUNAY , avec irritation. Vous arrivez à profwspour recevoir mes complimens bien sincères.

FANNY, suppliante. Je vais tout vous dire !. ..

LAUNAY, lui tendant le fragment de lettre. Sur ceci, d'abord... {Elle se tait et baisse les yeusc.)'FA\ bien! que vous en semble?.. Il y a des gens prudens jusqu'à n'ouvrir leur cœur que connue on ouvre un crédit, après rense:gnemens, et dont l'amour ne se déclare que sur un certificat en bonne fonne !... se défier, c'est mépriser.

F\NNY. Je ne suis pas de ces gens-là , Edouard , car , vous le savez , je vous ai aimé quand je connaissais à peine votre nom. Cette lettre qui vous blesse ne m'était point adressée ; pourquoi aurais je songé à avoir des renseignemens sur votre vie?.... je n'avais pas encore pensé à Vous en donner sur la mienne. Je vous connaissais mieux que tout autre , car je vous aimais plus. [Mouvement de Launuy.) Je n'ai pu empêcher cette démarche et d'autres encore. . .

LAUNAY. D'autres?...

fan:vY, l'interrompait!. Elles vous irritent.... J'ai eu tort, puisque j'en ai été cause..... j'ai eu torty puisque vous avez souffert... Mais vous me pardonneriez une faute!... Ne pouvez-vous me pardonner un malheur?...

L..\UNAY. Ah ! quelle colère ne se briserait contre tant de grâce et de tendresse?.. Mais l'idée d'une défiance de votre part

m'a mis hors de ujoi C'est encore cet

homme que j'aurais dû accuser. Toutes les fois qu'un ennui m'arrive, je devrais penser à lui... Je le trouve partout sur mon chemin.

FANNY. Ne le jugez pas encore ; attendez à le mieux connaître...

LAUNAY, Devrais-je le remercier du mal qu'd m'a fait?

FANNY. Peut-être!...

LAUNAY. Je ne vous comprends pas, Fanny...

MAGASIN TlIKATKAL.

FANNY. Aussi De vous ai-je pas demandé de me comprendre, niais de me croire!...

LAUNAY. AL! vous avez raison, toujours raison... Je suis un insensé de vous tourmenter ainsi... C'est que vous ne savez pas combien je vous aime!...

FANXY. En ai-je douté un seul instant?...

LAUNAY. Oui, j'aime tout en vous, votre douceur , votre beauté. Mais vous, que pouvez-vous aimer en moi?

FAlVi\Y. J'aime votre amour.

LAUXAY. Oh I oui, aimez mon amour, car il est immense, car c'est le premier.... Je seul que j'aie ressenti.. .

FANNY, avec un air de gai reproche. Le premier, le seul, et cependant cette main porte une bague d'alliance.

LAUNAY. Ahl n'en soyez pas jalouse, ce n'est qu'à défaut de vous qu'elle me procurerait une fiancée...

FANNï. Que voulez- vous dire?

LAUNAY. Rien, rien Aimons-nous

sans réflexions!... Ne nous occupons que du présent , et que la destinée fasse de

nous ce qu'elle voudra

, FANNY. Encore quelques heures , Edouard , et la nôtre sera fixée à jamais , peut-être!... Voilà ce que je venais vous dire, méchant!...

EDOUARD. C'est à mon tour à répondre, je ne vous comprends pas.

FANNY. Vous m'eussiez compris tout de suite, si vous eussiez attendu que je parlasse plutôt que de me faire une querelle...

EDOUARD. Et pourquoi ne m'avoir point informé des démarches de sir Burns?..

FANNY. Il attendait une dernière lettre, et avant que je vous parlasse , il désirait l'avoir ouverte... C'était un ordre pour moi !...

EDOUARD. Un ordre!... Enfin cette au- Jre lettre I...

FANNY. Il l'a trouvée au retour...

EDOUARD. Et... d'où vient-elle?

FANNY. De Toulon , je crois.

EDOUARD. De Toulon !

FANNY. D'une personne qui semble beaucoup vous connaître...

EDOUARD. Quelqu'un. . . de Toulon . . . qui me connaît... {A part.) Pourquoi ce frisson

qui me glace? Qu'ai-je à craindre?....

W'est-cc pas un secret entre... le ciel et moi ?...

FANNY. Eh bien ! monsieur , vous restez muet! votre bouche ne trouve pas une expression tendre pour me remercier?

EDOUARD. L'étonnement... je l'avoue...

{A part. ) Je ne suis pas maître de mon trouble...

FANNY Allez, Edouard, je juge de votre émotion par la mienne... nos jours d'orage sont passés... à tantôt, à tantôt, mon ami...

EDOUARD, préoccupé. A tantôt!

Elle lui fuit un dernier signe de tendresse et rentie.

Page 1