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SCENE XIV

Les Mêmes, BURNS, puis EDOUARD.

FANNY, voyant entrer Burns. Ah! vous voilà! vctre absence prolongée Commençait à nrinquiéter.

BURNS , souriant. La mienne seulement!

(La regardant attentivement.) Vous êtes toute pâle, en effet.

I Launay entre.

! M™'' PERSCOFF. Ah ! monsieur Launay, I venez donc joindre votre admiration à la

nôtre. Tout le monde s'extasie devant l'agrafe de miss Fanny.

BURNS. Une agrafe -

ÊDOUAUD. Je l'ai déjà vue, madame.

jjl<ne pERSCOFF, à part. Je crois bien; ça a l'air d'interloquer le vieux.

BURîVS, les yeux Jixes sur t agrafe. Je ne vous connaissais pas ce bijou, miss. Depuis quand est-il en votre possession ?

FANNY, confuse. D'aujourd'hui seulement.

BURNS, Vexaminant plus allentwcment.

A qui l'avez-vous adieté ?

FANNY, baissant les yeux. Je ne l'ai point achetée.

BUi\NS, brusquement. On vous l'a donnée?

Pendant ce jeu de scène , Lannay qui cause avec le musicien, jette un regard de temps à autre sur Burns et Fanny.

FANNY. INlonsieur Edouard Launay m'avait tant suppliée...

BURNS. Vous eussiez dû penser que ce n'était point convenable. Et d'où M. Launay a-t-il eu cette agrafe ?

FANNY. C'est un bijou que lui a laissé sa mère.

BUUNS. Il vous a dit cela?

FANNY. Il me l'a dit,

PKÉCiGNY, ramassant Véi^entaU de madame Perscoff. Yotre éventail est d'un métal et d'une forme extraordinaire.

M""* PERSCOFF. C'est déjà vieux, je l'ai acheté à Saint-Pétersbourg en 1815.

PRtClGNY. Oh ! vous avez vu du pays, à ce qu'il paraît.

Mme PERSCOFF. En 1814, j'ai été enlevée par un détachement de Cosaques.

PRÉCIGNY, à M"'" Sainl-Arruil. Je Suis moins étonné du petit air kalinouck de sa fille.

M"'« SAiNT-ARNAL. Oui, la maman aura tu vm regard...

M"'* PERSCOFF. Heureusement j'ai été délivré par un comte russe, qui, trois mois après, me ramena de Saint-Pétersbourg, dans sa berline, à mon mari.

BURNS, à Fanny. Enfin voulez-vous me confier cette agrafe un instant?

FANNY. La voici.

EDOUARD, à part. Que signifie cet examen?

nVtWSSyqui examine lecamée avec unescnipiilruse attention. Cette dernière preuve. . . et mon doute devient une conviction... (// fuit jouer un ressort et le camée s*ouvre.^ C'est bien cela !

II se promène avec agitation.

M"'" PEBSCOFF. Monsieur Précigny, c'est à vous, qui avez parcouru les différentes parties dti monde, qu'il a dû arriver bien

des aventures, vous devriez bien nous en raconter une avant le bal?

pnÉciGNY. Je vais vous dire les dangers que j'ai courus en Afrique au milieu des sauvages.

BURNS , vivement. Il ne faut pas aller en Afrique pour cela. Les dangers auxquels nous sommes exposés en Europe ne sont guère moins grands. Il est peu de voyageurs qui n'aient couru risque delà vie on moins une fois.

PRÉClGNY, avec mauvaise humeur. Sur les routes d'Angleterre peut-être?

BUUNS, fixant toujours son régnai sur Edouard. En France, monsieur, il n'y a pas encore douze ans, moi qui vous parle, j'y ai été assassiné.

M""^ PERSCOFF. O mon Dieu

PRÉClGNY, riant. Ce qui ne vous empêche pas de jouir d'une parfaite santé.

BURNS, gnivement. C'est vrai, monsieur; mais ce n'en est pas moins un événement qui a eu des suites cruelles.

DE BRICHE, se rapprochant. Et comment donc cela ?

Tout le monde se rapproche pour écouter.

BURMS. Après être débarqué à Brest, je parcourais la Bretagne en chaise de poste. J'étais seul et porteur de quatre cent mille francs en bank-notes.Nous devions traverser une grève immense appelée grève de Saint-Michel.

EDOUARD, tressaillant, à part. Que dit-il?

BUKNS , les yeux toujours fixes sur Edouard. Quand nous arrivâmes à ce passage, la nuit se trouvait déjà avancée et l'obscurité était profonde ; la cliaise de poste commença à rouler sur le sable sans! que l'on entendît le bruit des roues ni des! chevaux; je me sentais emporté comme par enchantement au travers des ténèbres,' et je roulais ainsi depuis dix minutes lorsque la voiture passa devant im rocher accroupi au milieu de cette plaine. L'ïrglas,! me cria le postillon, en montrant avec son fouet un écueil énorme, c'est l'ïrglas I

EDOUARD, qui parait de plus en plu^ agitr, L'ïrglas !..

DE BRICHE , regardant Edouard. Tiens, l'ïrglas!.. c'est ce monsieur qui aiua écrit sur l'album?

BURNS, a de Briclir. Oui, monsieur, c'est moi.

EDOUARD. Lui !

BUUNS. A peine avions-nous dépassé le rocher que la chaise de poste s'arrêta subitement. J'entendis un cri et le bruit que fait la chute d'un homme. Je m'élançai à

LAGRAFE.

la portière; inais je n'eus le temps de rien voir, je retombai à l'instant dans la voiture , la tête brisée et baigné dans mon sang.

TOUS. Quelle horreur !

EDOUARD. Fatalité!

FANiNY, à part. 0 mon Dieul comme îidouard est pâle !

BURNS, qui a entendu . Oui, monsieur ost bien pâle, en effet.

M"'* PERSCOFF. Seriez-vous indisposé?

EDOUARD. Ne faites pas attention. {A part.) Tout mon sang s'est glacé.

BURivs. Lorsqvie je revins à moi quelques jours après chez des pêcheurs qui m'avaient recueilli sur la grève, j'appris le nom du postillon , et que ma voiture avait été pillée. Je fus trois mois à me rétablir de mes blessures.

DE BRICHE. Et l'on ne put découvrir vos assassins ?

BURNS. Les recherches qui furent faites alors n'amenèrent aucun résultat. J'avais pourtant quelque espoir, car parmi les objets volés se trouvait une cassette contenant plusieursbijoux faciles à reconnaître, entre autres une agrafe semblable à celle-ci.

EDOUARD. Je suis perdu!

DE BRICHE, ^xfln< Edouard, à Burns, à

demi-voix . Est-ce que vous pourriez reconnaître...

FAlVIVY,<y«/ a remarqué la contenance d'Edouard. Quel soupçon I

EDOUARD, //as. Il faudrait fuir, et je nie soutiens à peine..

FANiVY. O mon Dieu, M. Edouard perd connaissance.

Launay se soutient contre la table.

DE BRICHE. Tout-à-fait?

PRÉCIGIMY , courant pour le soutenir.

Qu'a-t-il donc?

BURNS, allant vers lui. Ce qu'il a? je puis vous l'apprendre.

FANNy, se jetant au-dei^anl de Burns. Ah! mon père, pitié, pitié...

Elle tombe e'vanouie.

EDOUARD, à lui-même. Son père!.. 6 mon Dieu ! son père I . .

TOUT LE MONDE. Oh !

On se porte vers le tableau.

DE BRICHE, à Vaoant-scène. C'est une belle et bonne affaire de cour d'assises.

Plusieurs personnes aident sir Burns h rentret miss Fanny. Edouard a disparu précipitamment. M™' Perscoff et Henriette sont stupéfaites. Le fonctionnaire sourit en dessous. Précigny rc^garde ce tableau avec insouciance.

FIN DO DEUXIÈME ACTE

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Le théâtre représente ur. salon attenant à Tappartement de miss Fanny, dans l'hôtel des Bains •

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