‹ [Magasin théâtralChapitre 358 sur 1545 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Lbs Mêmes , ISAAC.

IflAAC, enlrani. Quoi ! . . . jusqu'ici ces sectaires nouveaux... Les trouverai-je donc partout?

l'ROCnoiiE. Un mot encore ; mes frères, aujourd'hui, dans ce lieu mystérieux et caché, au sein de la capitale de l'empire , un mariage sera célébré selon les rites

nouveaux. Je vous annonce donc pour la dernière fois ( car la cérémonie aura lieu dans une heure), je vous annonce que j'unirai, au nom de celui qui est à la droite de son père, IVIanassès, fils de Simon, et la jeune orpheline Esther.

ISAAC, à pari. Esther!

ESTHER, bas à Manasses. 0 cher Mariasses, que ton père est généreux !

lUANASSÈS , de même. 11 veut mon bonheur.

CHOEUR

Trésor de gr;\ce et de pardon , Maître, soutiens notre courage !

Et de i'enfer brise la rage !

Dieu juste, Dieu fort et Dieu bon!

PROCHOUE, à l^assistance , après quelques soins donnés à l^ autel. Allez donc , mes frères, donnez-vous le baiser de paix ; et que chacun se retire sans bruit.

On su donne le baiser de paix; Isaac s'approche pour recevoir celui d'Estlicr.

MANASSES, le repoussant. Que veux-tu ?

pourquoi es-tu ici, toi, étranger?

TOUS LES AUTRES, excepté Isaac. Un étranger !

Mouvement.

PROCnORE, s'wançant. Eh! mais je ne l'ai, en effet, jamais vu parmi nous. [y4u:v autres. ) Quelqu'un de vous le reconnait-il ?

SIMON. Grand Dieu!

PROCnORE. Quoi!

SIMON. Il me semble. . . Mais cela est impossible... (// regarde Jsaac de pris. ) Ce sont cependant ses traits... mais tels qu'ils étaient il y a vingt ans... Il aurait changé commemoi, comme nous tous, par le cours des années. . . Non, non, ce ne peut pas être

ISAAC. Tu crois me reconnaître, vieil-

LE JUIF ERRANT

lard , et tu doutes , et tu déclares impossible ce que ta raison ne peut s'expliquer. .. Il n'y a pas de foi parmi les hommes : le pa'ien fait des moqueries de ses dieux infâmes, Israël perd le souvenir de l'antique tradition; les mages, les faux prophètes font des miracles, et la parole expire, impuissante, sut les lèvres du saint pontife et des lévites sacrés.

PUOCnouK. Tu n'es donc pas des nôtres, toi qui t'es glissé parmi noiis comme l'ange déclni fit autrefois dans Eden?

ISAAC. Non, je ne suis pas des vôtres... et cependant, qui serait plus excusable d'a- Londonner pour votre cidte nouveau la vieille croyance de ses pères ? Les prodiges, que vous êtes déjà obligés de ne croire que sur la foi des témoins qui commencent à devenir rares... je les ai vus, moi. Ce que, dans votre assemblée , personne ne peut dire sans doute : j'ai parcouru depuis dixhuit ans toutes les contrées du monde connu. Votre religion , dont le fondateur fut un homme pauvre et vivant du travail de ses mains, votre religion pénètre partout , et partout excite vivement l'attention et la sympathie des hommes.

ESTHEn. Et ces prodiges ne vous ont point ébranlé ?

ISAAC, allant à elle. Jeune' fille, toi dont

la voix est si douce et si pénétraxite

prêches par toi, ces dogmes nouveaux auraient de la puissance, peut-être... mais les miracles auxquels tu t'étonnes que j'aie pu résister ne devaient exercer aucun empire sur moi qui ai vu plus que pas un d'entre les tiens, sur moi qui suis un déplorable exemple.

ESTHER. Mais savez-vous que nôtre Dieu promet l'éteruiié après cette vie périssable, une vie qui ne finira jamais?

ISAAC. Et c'est là ce que vous désirez ! vivre toujours! insensés!

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