SCENE III
Les Mêmes, BARBATUS, Soldats.
BARBATLS , à l'entrée de la grotte. Ah ! voilà donc ce que je soupçonnais !
PROCHORE. Barbatus l'affranchi ! le confident de l'empereur.
Barbatus s'avance au milieu de l'assemblée qui s'e'carte devant lui.
ISAAC, à part. Je connais cet hornme... où l'ai-je vu? quel est-il?
SIMON, bas à Isuac. Cet homme est Barabbas, l'impie Barabbas, qui a quitté son Dieu pour le Dieu des Gentils.
BARBATUS. Séditieux ! c'est donc ainsi qu'on obéit aux ordres de l'empereur?
PROCHORE. César noua défend la dis-
pute, il ne nous interdit pas les conférences paisibles.
BARBATUS. Eh bien ! moi, je vous lesin-^ terdis en son nom. Je sais que vous avez des paroles pleines de mépris pour ce que vous nommez mon apostasie... Je veux que vc'Us fassiez tous connue moi : j'adore les dieux qu'adore mon maître. Je voudrais bien voir qu'il en fût usédevotre part avec plus d'indépendance que de la mienne ! J'aperçois ici le fils de Simon... Je sais que vous projetez de l'unir à cette jeune tille... gardez-vous que cela arrive.
MANASSÈS. Et pourquoi ?
BARBATUS. Parce .que cela déplairait à mon puissant maître, au divin Claudius.
MANASSÈS. Cela aura lieu aujourd'hui même.
BARBATUS, à Prochure. Dit-il vrai ?
PROCHORE. Oui.
BARBATUS. ProcliorCj tu veux qu'il l'arrivé malheur!
PROCHORE. Je veux reniplir fidèlement le devou's de mon ministère; je suis résigné à tout le reste : Dieu me donnera la force de le supporter.
BARBATUS. C'est ce que nous verrons.
{S'wançant vers Esther.) Jeune fille!...
Isaacse place entre elle et lui.
BARBATUS. Eli bien! que veux-tu, toi?
Mais voilà qui est étrange! {A lui-même.) A Rome ou à Jérusalem ?
ISAAC, bas et lui saisissant la main. Barabbas !
BARBATUS. Mou nom !
ISAAC , du même ton . Garde-toi de causer la moindre peine à cette enfant.
BARBATUS. En vérité , ce n'est pas mon intention... et tu vas en juger toi-même... Mais,malgré l'intérêt que tu prends à elle. . . tu n'es pas ce que tu parais être... tu n'as pas trente ans, toi; j'étais du même âge que lecothurnier Ahasvérus, et mes cheveux grisonnent!... {A lui-même.) Mais de quoi m'inquiété-je ? oui, le temps a marché depuis que Pilate m'a amené esclave ici. Je ne suis plus le Sadducéen Barabbas, je suis l'affranchi Barbatus, l'homme cher, l'homme nécessaire au magnanime empereur Claude. Rien ne doit m'occuper ici que ce qui intéresse mon maître. {A Esiher, près de laquelle il passe malgré Isaac.) Jeune fille, l'empereur t'a vue aux derniers jeux publics. César t'attend ce soir dans ses délicieux jardins de la voie Appia ; j'irai te prendre à ta demeure dans une litière impériale. Prépare-toi à cette faveur; mais songe que le maître du monde la destine à la vierge d'Idumée, et non à la , femme du chrétien Manassès.
LE MAGASIN THEATRATy.
ESTllEn. Vous vous méprenez , sans doute ; la pauvre orpheline de Juda n'a pu attirer les rejjards de l'empereur.
BAUBATLS. Doune foi à ma parole dont tu verras bientôt les effets, {y4ux autres qui se sont approchés pour l'entendre. ) Vous , sonf;ez à ne point persister dans votre rébellion, et, si vous ne voulez être écrasés, comme de vils insectes, sous les pieds de celui qui est le maître tout-puissant ici , cessez dès ce jour vos assemblées qui déplaisent à rcmpcrcur, et qui par cela seul sont coupables et séditieuses.
Il sort en rcgaidaiit tout le monde avec insolence. ego po80o«aocsoooooooos®eeeQssooc8oo^€Qoooco
Les Précédées, hors BARBATUS.
SIMON, à Pruchore. Que ferons-nous?
Vous soumettrez- vous à ces ordres iniques ?
PROCnORE. Non ; selon la parole du maître, je rendrai à César ce qui est à César, mais à Dieu ce qui est à Dieu. Nous devions nous retrouver ici dans une heure ; je vous y attendrai. Nous ne conspirons point, nous obéissons de bonne foi aux lois de l'empire ; mais les lois de notre maître céleste sont saintes aussi , et je les observerai, quand ma soumission devrait être scellée de mon sang. Retirez-vous, et soyez tous ici dans une heure. {A Estlier.) Ne serait-ce plus ton avis , jeune fiancée de Manassès ?
ESTHER. Oh! plus que jamais, sage et digne ministre du vrai Dieu, les périls dont vous êtes menacé je les braverai tous avec joie.
PROCnORE , à Manassès. Et toi ?
MANASSÈS. Oh ! que voulez-vous que je réponde, après ces paroles qui remplissent mon cœur d'espérance et de joie ? Si mon impatience pouvait l'emporter sur votre sagesse, ce ne serait pas dans une heure , ce serait à l'instant même que la sainte cérémonie s'accomplirait.
TROcnORE. Allez.
SIMON , à Manassès et à Eslher. Venez , mes en fans.
On soit.
ISAAC, à Simon. Permettez-moi de dire deux mois en particulier à celle qui va être votre belle-fille. {A Esthcr qui vwnire quelque ctnnnrniriit.) Ne craignez rien. {A Simon.) Je ne la retiendrai pas ; elle vous aura bientôt rejoint.
MANASSÈS. Mais —
SIMON. Viens, mon fils, nous l'attendrons à l'entrée de la grotte ; nous ne la perdrons pas de vue, et ne nous éloignerons pas sans eUe.
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