‹ [Magasin théâtralChapitre 367 sur 1545 · SCENE pre;miere · texte numérisé non relu

SCENE pre;miere

Au lever du rideau, des Albigeois sont re'nnis, et forment un cercle au milieu duquel est un homme agenouille dans l'attitude d'uû patient qui attend la mort. A côte' de lui , se tient le bourreau imc hache à la main.

BARBARA, ALBIGEOIS, p</V RENAUD.

l'homme } à genoux. Albigeois I grâce , pitié !

TOUS. Non ! non !

LiiOM.MR, ail bourreau qui lèi>e la haclie. Pitié! si ce n'est pour mon corps, au moins pour mon ame... un prêtre?

Entre un moine, le capuchon baisse.

LE MOINE. Qui demande \\n prêtre?

l'homme. ]Moi, Barbara, sénéchal du bailliage d'Aqueville.

LE MOINE. Et moi, Renaud, natif de

Bar, serf il y a un an par le droit d'oppression , anjourd'liui lioninie libre par le droit de la force, je te déclare que tu n'en auras pas.

TOls. Renaud! notre chef!,..

HENAUD. Amis, pour arriver à vous en plus de sécurité, j'avais pris la livrée des soldats de Rome. {Jetant sa robe (hmoinc.)k\\ diable à présent ! Tu demandes lui prêtre, sénéchal ? ce n'est pas à un prêtre que l'on se confesse parmi nous; mais toi, esclave des nobles, par goût et par habitude, toi qui les admires et les imites en toute occasion, tu n'ignores pas que, frappé au cœur, le chevalier, au besoin , se confesse sur la croix d'une épée. Je t'olfre celle de mon poignard; confesse-toi donc!... Rien... la

voix te manque? Eh bien! tes crimes,

c'est moi qui les dirai!,.. iS'é on ne sait de qui, sorti on ne sait d'où, tu t'es pris toutà-coup de fol orgueil, orgueil que tu avais ramassé sous la semelle du maître, et que tu nous jetais à la face, à nous qui valions mieux que toi ; tu devins bailli , sénéchal, et ton despotisme ne fit que s'accroître; on te haïssait, on t'exécra!.... Oh! alors il fallut t'en venger; l'occasion était belle! un schisme venait d'éclater. . . les Albigeois bravaient la cour de Rome, connue ils la bravent encore en ce moment; Simon de IMoutfort et l'Inquisition marchèrent contre eux... aussitôt on te vit, toi , courir à Simon delNIontfort et à l'Inquisition, poiu" leur offrir tes services Sus aux Albigeois! criais-tu de toutes parts; et à ce cri, le fer s'aiguisait , la flamme s'étendait en immense incendie. Voilà , voilà tes crimes ! De tout ce que tu aurais dit, si tu en avais fait un aveu franc et sincère, ai-je omis quelque cfiose?

BARBARA. Oui.

RENAUD. Quoi ?

BARBARA. Mon repentir.

RENAUD. Dieu t'absolve! nous, jamais!

TOUS, Jamais!

RENAUD. Dans une guerre de bourreaux, il faut des bourreaux. {^4 l'homme qui tient la hache.) Et maintenant, maître, à la besogne !

BABBARA, poussant un rrid'ejfrol et tombant la face contre terre. Jésus I mon Dieu !

RENAUD. Arrête ! il serait mort de peur avant que l'acier eût clfleuré son cou , et tu ne frapperais (|u'tm cadavre. Allons , debout , sénéchal ! plus de couardise , retourne auprès du légat de Rome... tu lui diras que nous avons dans l'amc plus de générosité- que lui , et pour preuve tu lui montreras ta tête que nous te laissons sur les épaules... Ah! j'oubliais... une tor*

che... avant de nous quitter, il faut que nous voyions nos visages , afin que je rie du tien, et cjue toi, tu recides , si à l'avenir tu rencontres le mien. G'estfait, va-t'en.

On rit.

RENAUD. Le diable t'(:trangle , sénéchal de malheur !..

BARBARA. Dieu te garde , Renaud de Bar !

Il s'éloigne rapidement.

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