SCENE II
Les MiMEs, LA MORT, puis les Sept Péchés Capitaux.
SATAN. Ma femme ! faites entrer....
Comme te voilà belle ce niatin!
LA MORT. Je suis la mort des braves et.
des justes.
SATAN. Mais je ne t*aime pas ainsi, tu le sais, reine d'enfer ; laisse donc là ton visage de parade et sois ce que tu es. (Aces ' mots la mort se retourne , et n'est plus que Vhorrilde squelette armé de sajaux. ) Ah ! coquette !
LiLiTH. Leurs altesses infernal issimes les Péchés capitaux !
SATAN. IN os enfans, des enfans charmans !
LILITH, continuant d'annoncer. Orgueil, Colère, Gourmandise, Paresse, Luxure!
SATAN. Bonjour, bonjour, mes filles...
Mais comme te voilà affublée, toi, la Paresse, en renommée?
LA PARESSE. J'ai choisi l'état où il y a le moins à faire aujourd'hui.
SATAN. Fort bien; et qu'avez- vous à m'olTrir, mes filles ?
LA PARESSE. Rien.
SATAN. Ah! c'est juste, toi! la renommée... (^/irOrgufii.) Et toi, l'Orgueil?
l'orgueil. Cet écus.son.
SATAN. C'est-à-dire rien non plus !
LA GOURMANDISE, 5'apa/ipa/;^ A toi, mon père, cette coupe où se boivent les larmes et le sang des peuples...
SATAN. Ah ! donne! donne!
LA COLÈRE. Voici l'aigle blanc de Pologne tué sous les murs de Varsovie.
SATAN. Qu'on le place près de l'aigle d(* France tué sous les murs de Paris par la Sainte-Alliance.
LlLlTll, annonçant. Luxure!
SATAN. Approche, ma bien-aimée, l.i prunelle de mes yeux, l'enfant de ma vitiliesse, approche, belle Luxure; un bouquet de fleurs d'oranger?
LA LUXURE. Cueilli en Espagne, par la main d'un jeune bachelier, sur le sein d'une vierge de Barcelone.
PLUCK. , à part. Il paraît que c'e»t en Espagne comme ailleurs.
lA ni» BKBAMT.
SATAN. Et ce crêpe qui l'entoure?
LA LUXURE. Un morceau de la mantille noire que l'épousée écartait pour me sourire pendant la messe du mariage...
SATAN. AU ! ah ! ah 1 mariez-vous donc ! Ç/é la Luxure.)Et où sont tes sœurs, l'Envie et l'Avarice?
LA LUXURE. L'envie parcourt en ce moment tous les états pour s'assurer si, malgré tes ordres, il n'y a pas quelque soupir éteint, quelque larme tarie!
SATAN, Et l'Avarice?
LA LUXURE. L'Avarice est tellement occupée sur terre, qu'elle ne pourra de longtemps te présenter ses hommages.
SATAN. Passons-nous donc des absens ; qu'on saute, qu'on rie, qu'on boive, qu'on aime, qu'on brûle et qu'on joue... Des flots de vin et de parfums! la joie qui mord au cœur! l'orgie qui pétille, gronde, éclate, embrase et dévore!..
LA i.uxuBK, aux Péchés capitaux.
Honneur h Satan, notre père!
Alerle ! une ronde, mes sœurs , Entourons la Mort, notre mère , Comme une guirlande de fleurs.
Alerte, mes sœurs, Que tout croule!
Que tout coule Sous nos pas vainqueurs!
Vertu se'vère, Morale austère , Comme Tcpi de ble fauche' Tombez, tombez sous le pecbé !
CHOEUR
Vertu se'vère, etc.
A la GouriiKitulise,
Et toi, pour prolonger l'orgie, Pour ranimer les plaisirs, Verse h pleins bords Tambroisie, Source d'ivresse et de désirs!
Alerte ! mes sœurs !
Un bruit sourd et lugubre se fait entendre.
SATAN, se levant. Qu'est-ce que cela ? le gouffre gémit! les lumières pâlissent! la flamme s'éteint!.. Prodige! prodige ! un vivant e^t parmi nous!..
TOUS. Un vivant!..
Violent coup de tonnerre.