SCENE PREMIERE
ANDRE, GABRIEL, Paysans, JEAN, seul dans un coin, assis.
CHOEUR de paysans, au lever du rideau.
Air:
Hâtons-nous, travaillons, courage!
Ornons de fleurs et de feuillage.
Le chiffre , par nous si chéri.
De Jeanne d'Albret et d'Henri .
AIVDRÉ. Allons, allons, mes amis, la besogne avance... encore cette guirlande par ici... mets là ce gros bouquet, toi , Gabriel... Ma foi, ça prend bonne tournure, et je n' croyons pas qu'on se plaigniont du jardinier du cLâteau de Nérac.
GABRIEL. Savez-vous, père André, que vous vous entendez bien à tout ça, vous, au moins?
ANDRÉ. Ah I dami mon garçon , il y a tantôt vingt ans que feu not' l>on roi de
Navarre, monseif^iuiir An toinPcleBoui bon, me dit m me tapinl mit la joue : André, |e Ir fais p'cniier jardinier de ffuni chàieau dtî >t'rac; tu es inaitri- icj, /..owium; moi j^ le suis de noire viedle Navarre : fais ce que tu voudras Tu conÇ(Ms ben , mon garçon , que j'y ons toujours mis de l'amour-propre, et ce n'est pas la première fois que je m'acquiftoos de (c'te commission-là.
G\BRIF,L. Oui, oui, c'est facile à voir... Savez-vons qu'il n'était pas fier du tout, au moins, monseigneur Antoine de Bourbon, de vous parltr co^uaije ça sans plus de façons, tout roi qu'il était î
ANDRÉ Fit- r, lui I il ne l'était paspus que toi et que moi, à preuve ce jour oùs que Marcel, tu sais? le ^is «lu fenni/'r qui d'meure ici près, s'est laissé cheoir dans le bassin de c'te fontaine qu'est si large et si profond, et, ma foi , sans monseigneur d' Bourbon qui pnssiont dans le moment et qui s'est jeté à l'f.TU pour le S9.uver, j' sais pas trop c' qui serait devenu , car il commençait déjà à en avaler, à en avaler pus qu'il n' voulionl ; il me semble que v'Ià ben qui prouve qu'il n'était pas fier? c'est qu'ils sont tous (le même dans la famille. J'espère que madame la reine, Jeanne d'Albret, est bonne et populaire... aussi, elle aimont mieux une fête au milieu de ses bons paysans de Nérac , comme elle nous appelle, qu un sermon au prêche de la cour.
GXBRIEL. C'est vrai ; et, ma foi , elle a raison, il me semble que ça doit être plus amusant.
AMMjÉ. Et son fils, messire Henriot, dirail-on un prince ? n'est-il pas toujours avec tous nos garçons et nos fillettes, se divertissant et batifolant avec eux, ni plus ni moins que s'ils étaient tous ses <*gals?
GARUIEI.. Aussi, est-il joliment aimé !
ANDnii. Je suis ben sûr que toutes ces fotes , toutes ces çariniOnies qui vous ont lieu ici depuis quelques temps à cause du séjour à Nérac de .son jeune cousin Charles IX, le roi de France, ne doivent {i;uèrc l'anniser, lui qu'est si simple. Cependant, je crois qsie celln d'aujourd'liui n' lui déplaira pas tant que tontes les auties... il s'agit de l'honneur de remporter le prix au tir de l'arbalète, et comme c'est l'exercioe qu'il aime le plus...
G\nniEL. C'est tout de Diêin« un peu dardi à son cousin d'avoir o.sé le défie;*.,. Voyons, <|u'«8t-cequc vous en pensez, vous, pèie yVmlr ?
Ai^innÉ. iloil oh î j' serions ben étonné si mcssire lleiu iol ne lui en remontrait pas là-dessus, enfin, nous verrons... Ab çà !
mais , pendant que nous nous amusons à bavarder, la besogne n'avance pas. Et jarj).i ! il faut montrer , à tous ces biaux seigneurs qui v/pot venir, c[u'on s'y entend aussi bien à la cour de Nérac qu'à celle de leur bonne ville de Paris.
GABitiEL. C'est dit , vous avez raison , père André.
REPKISE DU CBOEUK.
HâtOH$-^)ous, travaillons, coarage!
Ornons de fleurs et de feuillage, etc.
ANDRÉ, à Jean. Eti bien! Jean, ne voulez-vous pas nous aider?
JEAX, sortant de su rêoerie. Moi, je veux bien...
G.ABRIEL. Parbleu! c'est ben ia peine, v'ià que c'est fini. (// André, tout bas.) Que diable allez-vous lui demander, père André ? Vous savez bien que ce n'est plus un paysan, à présent... il vous a d'autres idées depuis qu'il est allé à Angouléme pour étudier. Enfin, il n'est plus le même, il est toujours triste, il pense toujours.
ANDRÉ. Que veux-tu ? si c'est son caractère...
GABRIEL. Et puis, avez-vous remarqué, il a toujotus des entretiens avec le père Moliqa, vous savez, ce père jésuite, l'ambassadeur de la cour de France qui est ici, et qu'il a connu à Angoulénije. Je crois que c'est lui qui lui tourne l'esprit... Oh ! j'en suis sûr, il cherche à l'endoctriner.
ANDRÉ. Laisse donc... te v'ià toujours, toi!
GABRIEL. Tenez , regardez , le v'ià encore triste comme ton l-à- l'heure.
ANDRÉ, allant k lui. C'est ma foi vrai... Eh ben! Jean, ça ne va donc pas? vous vous ennuyez donc ici?
JEAN. Ali ! pardon, père André, je suis un peu .sonffraiii aujourd'hui ; niais ce)a ne sera rien... Non , je ne m'ennuie jias ici... vous savez bien que je connais le pays , pui-^que j'en suis, et que tous les ans je viens d'Angoiiléme |)asser quelque temps auprès de xnofi oncle , le concierge de ce château. J'aime bien la ville de Nérac, j'y ai poijiyé de si bons compagnons, vous surtout, maître André! mais, vous le savez, nous ne sommes pas de la même religi^W ; vous ppwye/ , vous autres, vous livrer au plaisir, au travail, et moi, mon confesNeur, le révérend père IMolina, m'a ordonné de passer ce saint jour dans le repos et le recueille;uent.
ANDRÉ. A votie aise , mon jeune ami, à votre aise. Parbleu ! protestans et ca-
PLSUBETTE.
tholiques, nous avons fait trêve, et chacun est libre , vous le voyez bii n vousmême, on n'empêche pas le père Molina de lever la dîme cbez nos voisins qui sont de votre religion.
JEAN, tristement. C'est vrai.
ANDRÉ. Eli ben ! alors, voyons, égayezvous un peu.
JEAN. Oui, merci, père André, merci.
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