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SCÈNE PREMIERE

ROIRGET, Employés de l'Octroi, UN ^lONSIEUR, L NE VIEILLE DAME, INE JEl NE FILLE, ensuife CAUDAILLAN,

et Fraudeurs.

LE MONSliUR. Mais, sapristi! visitcznioi donc... je vais nian(|UCM- l'omnihiis.

UNE VIEILLE FEMME, à Bourget, qui veut ouvrir sn malle. Monsieur, monsieur... {|uc faites-vous?

ROURGET. La clef (le votre malle?

LA VIEILLE FEMME. Cofiuucnl. niaclef?...

mais je ne veux pas confier ma clef. ..

ROURGET. En ce cas, ouvrez vous-même, vous assisterez à la visite. {La vieille va ouvrir sa malle. En ce moment, une jeune file, forlanl un carton, va pour passer la barrière) Mademoiselle, mademoiselle... que portez-vous là ?

LA JEUNE FILLE. Ceci, monsieur, ce sont des modes.. . des articles de femmes.. .

BOURGET. Voyons.

LA JEUNE FILLE. Mais quand je vous dis que ce sont des modes , des objets de nouveautés.

ROURGET, ouvrant le carton. Voyons.

LA JEUNE FILLE. Mais, monsieur, c'est un abus de confiance , on ne surpend pas ainsi des secrets...

nouRGET, retirant ce qu'il y a dans le carton. Que vois-je?... des bottes, des pipes, des fonds de cidoties...

Il riMiiet tout dans le carton et le referme.

LA JEUNE FILLE, (.i'esi uu foud (Ic magasin. {Tout le monde rit.) — {J'Jn .wrtant.) C'est une horreur! c'est une infamie!

LE MONSIEUR. Mais , sapristi ! visitez-moi donc... je vais manfpirr l'onmibus !

LA VIEILLE FEMME, à liourqet, qui visite sa malle. Pour Dieu, monsieur, prenez j^arde, n'abîm» z rien.

ROURGET, lirai! I un vieu.x chapeau. Abîmer ça... il n'y a pas de danger.

LA VIEILLE FEMME. Alon rhapeau ! Mousieur, c'est une liorrenr !

ROUR(iET, fermant la malle. C'est une horreur de chapeau.

LE MONSIEUR. Mais, saperlolte! visiteziiioi donc, je \ais manquer l'omnibus.

ROURGET. A nous deux, monsieur.

Cardaillan paraît avec deux Fraudeurs.

CARDAILLAN. Diable! il y a encombrement; tant mieux... plus les gabeloux seront faiigués, moins ils s'apercevront de mon petit commerce.

r.ouiîGET, au Monsieur. Que renferme celte boîie?

LE MONSIEUR. Un pâté; j'ai payé l'entrée.

ROURGET. Vn pâté de quoi ?

LE MONSIEUR. De licvrc.

ROURGET. la chasse est interdite et les lièvres aussi.

LE MONSIEUR. Mais quand le lièvre est cuit...

ROURGET. Vous ne serez pas cru.

LE MONSIEUR. Alors rendez-mol mon droit d'entrée.

ROURGET. Vous avez celui de sortir,

LE MONSIEUR. Mais c'est une horreur!...

{Ici on entend un roulement de voiture.) Là! vous m'avez fait manquer l'omnibus!

Il va pour sortir furieux, lorsuniin Fort de halle chargé d'uH sac de farine entre, le heurte et le couvre de blanc.

LE FORT. Oh !

LE MONSIEUR. Ah !

LE FORT. Imbécile!

LE MONSIEUR. Fichu bÔtC 1

Il s'éloigne.

ROURGET, au Fort. iMonsicur n'a rien a déclarer?

LE FORT. Je déclare qu'il fait très-chaud.

Il passe la barrière et disparait.

CARDAILLAN , à UH des Fraudeurs. .V te dis, moi, (ju'y n' faut pas .-itiendre la nuit... car alors la stirveillance est bien |)lus active aux barrières.

l'UEAiiER FRAUDEUR, (^esl bon, OU va s'habiller.

CARDAILLAN. Et loi, Lapistolle, est-ce que Su ne t'apprêtes pas aussi?

DEUxif'ME FRAtDEUR. Moi, j'enrage !

CARDAILLAN. A Cause?

DEUXIÈME FRAUDEUR. A cause que ça ne va pas... Un mal d'enfer, un métier de galères, des dangers à tous moments... et pour tout ça, pas 1' sou I

CARDAILLAN. I'()iir(|U()i ? parcc que nous travaillons en pelil ; mais, soyez donc tranfpiilles, maintenant cpic je suis propriétaire

PARIS ET LA BANLIEUE

de c' café dans Paris, notre alTairc est sûre. . . Une fois que nous aurons pratiqué le passage qui nous conduira à noire poiite maison hors barrière, plus de dangers, pas la moindre peine, et des bénéfices plus gros que toi.

DEUXIÈME FRAUDEUR. Avec ça que je suis gro-...

CARDAILLAN. Il ne s'agii plus que d'aitendre.

DEUXIÈME FRAUDEUR. Attendre! ça t'est facile à dire, à loi... un richard!

CARDAILLAN. Oh ! ricliard, parce que j'ai une petite rente viagère...

PREMIER FRAUDEUR. C'tst-à-dire trois petites rentes viagères.

CARDAILLAN. Tiens! comment sais-tu ça, toi?

PREMIER FRAUDEUR. Ah! dame! c'est que ton opulence m'avait donné di^s soupçons... j'avais cru que lu t'enrichissais aux dépens des amis, et...

CARDAILLAN. Moi ! fi doncl... Eh bien!

tenez, v'Ià la chose... c'est bien l'histoire la plus cocasse... Figurez-vous que j'avais un brave homme de père, la crème des honnêtes gens, qui de son vivant avait obligé monsieur de Clamarins, un millonnaire des Champs- Elysées, si bien que le millionnaire voulant, à la mort du pauvre homme, le récompenser du service qu'il en avait reçu, lui promit de faire à ses trois fils une rente viagère de mille francs par an.

DEUXIÈME FRAUDEUR. Mille francs ! peste!

CARDAILLAN. (j'éiaii gentil... mais c'était pas lourd , et ce n'est pas avec ma part que j'aurais aclielé mon établissement. Mais v'iàt-il pas que mes deux frères, Etienne le taillandier, et Maurice le meunier, s'avisent de mourir en même temps et en pays étrangers.

DEUXIÈME FRAUDEUR. Alors les deux rentes viagères retournent au millionnaire.

CARDAILLAN. Du tout! Cl v'ià commc je m'y suis pris pour empêcher la chose... J'ai acheté à Grenelle un fond de taillandier sous le nom d'Etienne, et à Charenton un petit moulin sous le nom de iMaurice... De temps en temps, je vas passer quelques mois dans chacun de ces endroits, alTublé de leur nom, de leur costume et même de leur langage... car Maurice était Provençal, et Etienne Allemand d'origine; si bien que lorsque le pure Pascal, le valet de chambre de monsieur de Clamarins , qui paye les trois rentes au nom de monsieur le comte, vient ici... en ma qualité de Parisien, je bois un coup avec lui, je lui serre cordialement la main, et je touche... Quand il arrive chez le tailîandier de Grenelle, ché lui zouhciilc le ponchour, (hé lui temente tes non [elles de son gère zanlc, nous manchons une panne hetite blat H jouqroûle, nous pifons ensemble une he-

tite ferre te pierre .. el je touche... Va puis enfin, quand il se présente chez le meunier de Charenton, ce jour-là, iron de l'air! je le reçois comme mon père, moi, ce brave monsieur de ['assecalle...>je tore le cou de ma plus belle poule, je l'accompagne d'une fameuse bonillabcsse que le vieux ne crache pas dessus... INon , il est content de moi, ce pauvre cher homme , connue il le l'est d(! mes deux frères... et je touche!... Qu'est-ce que vous dites de cette petite conlrebande-là, vous autres?.'..

DEUXIÈME FRAlJDEUR. Je dis que c'est superbe!

PREMIER FRAUDEUR, lui donnant Un coup de poing. Satané Cardaillan, va!

Sur la fin de celte scène, on a vu deux lioninips fort élégamment vêtus paraître iiitra-nuiro'?; et s'arrêter devant le café.

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