FLEURETTE, HENRI
FLEURETTE. Oh I mon Dieul mon Dieu I est-ce une illusion... il m*a semblé entendre... je tremble... je n'ose... {Apercevant Henri.) Ciel! je ne me trompe pas... c'est lui... {Courant se jeter dans ses bras.') Ah I Henri!... Henriot!
HENRI. Fleurette!...
FLEURETTE , le couvrant de baisers. Te voilà donc enfin... mon Henriot!...
HENRI. Ma Fleurette!...
FLEURETTE , l'examinant. Que je suis heureuse! Oh! mais, je t'en prie... regarde , parle-moi . . . que je ne me croie pas le jouet de quelque vision... ce n'est pas un rêve, n'est-ce pas ?... Non, non, c'est toi... bien toi... ô bonheur, bonheur!
HENRI. Ma bien-ainiée!...
FLEURETTE. Si tu savais comme il y a long-temps que je te désire I... combien j'ai souffert depuis ton absence , surtout depuis ces huit jours que tu es de retour... te savoir si près de moi , t'attendre à chaque instant , te chercher partout. . . et ne t'avoir pas même aperçu une seule fois , conçoistu... dis?... c'est affreux !... Mais te voilà, à présent... j'oublie tout...
HENRI. Pardonne , ma Fleurette... pardonne...
FLEURETTE. Te pardonner, quoi donc?
ce n'est pas pour te faire des reproches que je te dis cela... Est-coque je le voudrais?... est-ce que je le pourrais... quand te voilà, quand je te serre dans mes bras , quand je te presse sur mon cœur !
HE^RI. Mon Dieu! que je suis donc coupablr !...
FLEtJiiETTE. Allons, voilà encore que tu reconiineiues... Mais, que dis-tu? toi, coupable!... qu.ind tu m'aimes toujours... j'ai
eu tort de te dire que j'avais souffert, ne me croispas, sais-tu ?. .. Ce n'est pas vrai... ou plutôt, tiens . merci de mes chagrins et de mes larmes ; ils me rendent plus délicieux cet instant de bonheur!... J'ai toujours été heureuse , tu as bien fait de me quitter... Oh ! la joie me tourne la tète! je ne sais plus ce que je dis.
HENRI. Oh ! je t'en prie, ne me montre pas tant d'amour... tes paroles me tuent!... ' FLEURETTE. Tu t'es donc souvenu du j signal?
HENRI. Du signal...
FLEURETTE. Oui... si tu savais comme ! j'ai tressailli quand je l'ai entendu... mon ' cœur battait si fort... si fort... que j'avais peine à me soutenir...
HENRI, à part. Ah ! je devine... il n'est pas aimé lui... et moi... Ah !
FLEURETTE. Eh bien , qu'as- tu donc?
comme te voilà triste ; tu n'es donc pas heureux de me voir?
HENRI. Ah! si tu pouvais savoir tout ce qui se passe en ce moment dans mon ame... ce que j'éprouve à la fois de félicité et d'angoisses...
FLEURETTE. Voilà que tu pleures à présent... sais-tu que je vais me fâcher si tu continues... et ce serait joli... le jour ovije te revois après si long-temps... Voyons, regarde-moi, viens t'asseoir ici... près de moi.
HENRI. Oui, près de toi.
Ils s'asieyent sur le banc.
HQLINA, passant par derrière. Ciel! que vois-je ? ensemble !
Il disparaît.
FLEURETTE, examinant bien Henri. Saistu que tu n'es pas changé, au moins?... je te trouve toujours aussi bien qu'autrefois.. . mais ce que je n'aime pas...
HENRI. Eh bien! quoi donc?
FLEURETTE. C'est cet air triste et malheureux... Oh ! il ne te va pas du tout... Voyons , quitte-le bien vite... c'est cela... je t aime bien mieux quand tu souris ; à la bonne heure I
HENRI, à part. 0 mon Dieu!
FLEURETTE. Voyous... resteras-tu toujours avec moi?
HENRI. Ohl oui, toujours, nulle puissance ne pourra nous séparer désormais.
FLEURETTE. Alors ce sera comme autrefois... nous reprendrons nos jeux, nos promenades, nos douces causeries.
HENRI. Oui, sans doute.
FLEURETTE. Je n'ai rien oublié , vobtu, depuis ton départ. Tiens, regarde ces fleurs que tu aiiuais tant, coimue elles sont
rLEVRBTTE.
belles!... c'est moi qui en ai pris soin... Ces tablettes , c'est toi qui me les a données ; c'est là-dessus qu'en t'attendant je traçais chaque jour : Henri, je t'aime... hâte-toi... reviens!... Et cette rose, la reconnais-tu?... celle du tir à l'arbalète... desséchée et flétrie, elle ne m'a pas quittée.. . elle a toujours été là , sur mon cœur. . . si elle pouvait parler , elle te dirait qu'il n'abattu que pour toi... Et puis, regarde encore. {Elle se lève, se dirige derrière le banc, et lui fait voir la flèche qui y est cachée.) Cette flèche... la voilà... vois-tu, vois -tu que rien ne m'a quittée !
HENRI , la serrant dans ses bras. Fleurette, tu es un ange... tu m'enivres de bonheur, jamais je n'aurai assez de tendresse pour te payer de tant d'amour !
On entend retentir dans le lointain le son d'nn cor.
FLEURETTE, se dégageant de ses bras.
Entends-tu, Henri... qu'est-ce que cela ?
HENRI. On s'inquiète de mon absence au château, c'est le signal pui m'y appelle.
FLEURETTE. Le Signal...
HENRI. Flem-ette, il faut nous séparer.
FLEURETTE. Comment, déjà !
Le son du cor se rapproche.
HENRI. On me cherche, on approche; on va venir , peut-être , et il ne faut pas qu'on nous voie ensemble.
FLEURETTE. Oh ! mon Dieu ! c'est dommage ; j'avais tant de choses à te dire encore !
HENRI. Et moi donc! Eh bien! je cours les rassurer, et je reviens à l'instant.
FLEURETTE. C'est cela... ici... tout-àl'heure...
HENRI. Oui, ici... un baiser.
FLEURETTE. Tiens ! le voilà.
HENRI. A bientôt !
FLEURETTE. Oui, à bientôt !
Ils sortent, Le son du cor se fait encore entendre , mais dans one antre direction.
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