‹ [Magasin théâtralChapitre 431 sur 1545 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Gens attablés devant rhôtellerie; à leur tête sont LIONEL, CONTRAN, et deux Chefs Malandrins.

plusieurs voix, a boire! à boire!

LIONEL, bas et inquiet, à Gontran et aux deux Malandrins. Je commence à être inquet; la comtesse d' A nlragues ne vient pas.

GONTRAN. C'est qu'elle est auprès de la reine, et que le château de plaisance où elle a été joindre sa majesté n'est pas à une petite distance.

LIONEL, se levant. Ce retard est inquiétant.

CONTRAN. Quelle impatience, maître! voilà qui semblerait tenir de l'amour.

LIONLL. De l'amour!... Oh! ce n'est guère de ce sentiment qu'il s'agit entre la comtesse d'Antragues et moi... Nous avons d'autres vues l'un et l'autre.

GONTRAN. Oui, oui, je sais bien, maître, que depuis quinze années que vous êtes établi

à Paris, aux piliers des halles, sous le nom du marchand drapier Lionel, et sous le titre du fils d'Hélène OJiot, de ce fi!s dont vous avez pris les papiers... et la place; je sais, dis-je, que vous avez en tête autre chose que le commerce, et surtout autre chose que l'amour.

UN CHEF DES MALANDRINS. Et par saiut

Nicolas saint Julien, le chef n'a pas tort.

LIONEL. Vous vous trompez. Malgré cette existence d'ambition, d'inquiétude, d'intrigues; malgré cette existence où je tremble à chaque instant d'être reconnu et démasqué, l'amour, cette folie que je raillais autrefois' l'amour s'est emparé de mon àme... J'aime! Gontran... j'aime comuie un insensé !

GONTRAN. Parions que je devine? C'est, j'en suis sûr, cette jeune fille que nous avons rencontrée dernièrement à Melun, lorsque nous avons accompagné dans cette ville la comtesse d'Antragues, à l'occasion d'une nouvelle recrue de Malandrins,

LIONEL. Oui, c'est elle, c'est Marie...

Qu'elle est belle ! n'est-ce pas ?

LE CHEF. IIou I pas trop mal.

CONTRAN. Charmante... Au surplus, maître, les difficultés ne sont pas insurmontables... Dans votre intérêt, j'avais pris quelques renseignements sur cette jeune fille. On ma raconté qu'orpheline et sans appui, elle se rendait à Paris pour y entrer dans un couvent. Elle voyage à petites journées ; elle s'est mise, à ce qu'il paraît, sous la protection d'un vieillard respectable et d'un jeune homme, assez joli garçon, a-t-on ajouté, pour avoir fait sur le cœur de la comtesse d'Antragues, qui l'avait rencontré plusieurs fois, une impression des plus vives.

LIONEL. En vérité 1

CONTRAN. On dirait que cette nouvelle vous rend soucieux ?

LIONEL. Non ; je réfléchis seulement que moi aussi, tu le sais", j'ai placé dernièrement chez un négociant de cette même ville de Melun le jeune Maurice...

CONTRAN. Ah ! oui, Maurice, le fils de ce Lionel dont vous avez pris le nom.

LIONEL. Je songeais même, à cette occasion, au peu d'empressement de Maurice à se rendre à mes ordres...

CONTRAN. Les ordres d'un père!... car vous voilà obligé de jouer le rôle de père, puisque...

LIONEL, l'interrompant. Il suffit !

ftW\ \^V\A VVVVVV\A\VVVVVV\VVVV\'VVVV*A\XVVVV\VVVV\'VV\VVVVVVVVV

Page 1