‹ [Magasin théâtralChapitre 439 sur 1545 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MAURICE, sortant de V écurie ^ puis LIONEL.

MAURICE. Soyez tranquille, bon Lambert; pendant qu'on .selle mon cheval, je vais dire à Marie... {Appelant.) Marie... Marie... où est-elle? Ah ! dans sa chambre sans doute... Allons, je la trouverai au retour... maintenant, portons cet écrit à l'adresse indiquée; mais cette adresse... {Il lit l'adresse et fait un cri de surprise.) Au maréchal comte de Rieux... Quoi! Lambert en secrète relation avec le plus grand seigneur de France... et le maréchal, il est dans Paris?... I\'im|X)rte, remplissons la mission dont je me suis chargé. Lambert a compté sur moi, je ne tromperai pas sa confiance.

LIONEL, entrant, à part. Malgré mes ordres à Contran, Hélène a de nouveau pris la fuite.

MAURICE. Mais on ne vient pas me prévenir. Eh ! ce cheval!

Il ronlrc dans l'écurie.

LIONEL, du côté opposé. Encore lui ! il va partir... et iMane sera seule... c'est bien.... Lionel, de l'audace!

LA COMTESSE, déguisée, et à Marie qu'on n« voit pas. Encore une fois, merci et adieu !

LA PESTE NOIRE

(5e dirigeant vers la porte de la ville. ) Maintenant, je puis rentrer dans Paris.

LIONEL, s' avançant vers elle. C'est elle... Jeune fille, un mot 1

LA COMTESSE. Que VOUlez- VOUS ?

LIONEL. Il faut me suivre.

LA COMTESSE. Laisscz-moi ! laissez-moi ! MAURICE, sortant de l'hôtellerie. Les imbéciles ! mieux vaut aller à pied.

Il s'arrête en voyant de loin Lionel et la Comtesse.

LIONEL. Point de cris... point de résistance... Suivez-moi, suivez-moi.

LA COMTESSE , à j^art , reconnaissant Lionel. Eh ! mais c'est Lionel.

MAURICE, s'élançant. Ciel! Marie!

Misérable !

LIONEL. Lui! encore... Ah! par l'enfer... c'en est trop.

11 tire son épée.

LA cOiMTESSE. Arrêtez, mes vaillants champions... Lionel, c'est moi !

LIONEL , ^upéfait. La comtesse !

MAURICE. Une comtesse. . . (i part. ) La comtesse d'Antragues !

LA COMTESSE. Grand Dieu!

LIONEL. Qu'y a-t-il donc ?

la;; COMTESSE, à Lionel, en regardant Maurice avec intention. Rien ! vous aviez donc ici deux rendez- vous ? l'un d'amour... l'autre d'ambition... Voilà des loisirs bien remplis.

LIONEL, confondu. Ce déguisement...

la COMTESSE, Vœil fixé sur Maurice. A plus tard les explications. {À Maurice. ) Mon jeune cavalier, mille grâces , je n'oublierai jamais votre courtoisie... Protéger les femmes est d'un noble cœur ; nous nous reverrons.

Elle lui tend la main.

MAURICE , lui baisant la main. Madame ! LA COMTESSE, à Lionel. Aussi aimable que brave.

LIONEL, avec dédain. Quelque aventurier !

Maurice s'éloigne par la porte de Paris.

LA COMTESSE, le suivant des yeux. Vous vous trompez, je le parierais.

LIONEL. Eh bien, madame ?

LA COMTESSE. Eh bien, j'ai vu la reine ; sans doute ma démarche était surveillée, car poursuivie par des émissaires du duc de Bedfort, je n'ai dû qu'au hasard et à une prompte fuite les moyens de leur échapper. .. Mais ici , nous sommes en sûreté , n'est-ce pas?

LIONEL. Moi et les miens, nous sommes là pour vous défendre: vous pouvez parler sans crainte.

LA COMTESSE. Il faut que la révolte éclate dans Paris.

LIONEL. Le jour?

LA COMTESSE. Demain !

LIONEL. L'heure?

LA COMTESSE. Aux premiers tintements de l'Angélus.

LIONEL. Nous serons prêts, les bandes errantes que j'ai réunies et concentrées n'attendent qu'un signal. .. Mort aux ennemis de la reine, c'est-à-dire aux partisans de son fils le dauphin.

LA COMTESSE. Gardez-vous-en bien.

LIONEL. Le programme est donc changé?

LA COMTESSE. Depuis hier.

LIONEL. A la bonne heure ! il s'agit seulement de s'entendre... C'est vrai, un jour on nous dit: Haine aux amis du dauphin , amour aux Anglais... le lendemaiil, le mot d'ordre, c'est: Haine aux Anglais, amitié aux partisans du dauphin... Dans ce conflit de brouilles et de raccommodements, on peut aisément se tromper , et tuer par mégarde celui qu'on aurait dû embrasser.

LA COMTESSE. Toute erreur est impossible ; la reine, qui jusqu'à ce jour était restée l'alliée du roi d'Angleterre , effrayée des dernières victoires remportées par le dauphin , vient de conclure avec lui un traité secret.

LIONEL. Ainsi demain il faut chasser les Anglais de Paris.

LA COMTESSE. Oui , les amis du dauphin sont prévenus, ils seconderont la révolte... Demain , la reine lèvera le masque , et , de concert avec son fils , elle reprendra le pouvoir souverain.

LIONEL. Quant à cela, peu nous importe! Notre bras n'a pas d'opinion, et notre épée est au plus offrant.

LA COMTESSE. Et l'intérêt de la patrie ?

LIONEL. Grand mot , vide de sens. Enfin je suis prêt à vous servir, ou plutôt à servir la reine dans tout ce qu'elle commandera.

LA COMTESSE. Et bien vous ferez, je vous le jure.. . N'oubliez pas, Lionel, que j'appartiens corps et âme à la reine Isabelle.

LIONEL. A votre aise, madame... à votre aise.., ainsi, demain encore, il faudra épargner les partisans du dauphin.

LA COMTESSE. Il faudra combattre avec eux...

LIONEL. Moi, devenir le partisan du maréchal de Rieux !... lui que ma haine poursuit avec tant d'acharnement !

LA COMTESSE. Que vous a-t-il donc fait, Lionel ?

LIONEL. Ce qu'il m'a fait... Il y a quelques années, pendant la courte amnistie qui avait permis aux serviteurs du dauphin de reprendre leur rang et leur naissance, le maréchal, usant de son autorité , m'a fait traîner au pilori. . . Oh ! cela demande du sang.

LA COMTESSE. Mais, si j'en crois certains bruits, maître Lionel, ce n'est pas le chef de rebelles , ce n'est pas le fauteur de troubles que le niarôchal a fait punir en vous; c'est le marchand déloyal.

LIONEL. Mensonge, madame!... Oh! le jour de la vengeance viendra, et alors...

Ici on entend les premiers sons de la cloche du soir.

LA COMTESSE. Les tintements du couvrefeu... Hàtons-nous. .. rentrons dans la ville.

LIONEL , montrant xine foule accourant aux portes. Oh! ohl les clercs de la Basoche, les truands du pont Saint-Michel, les turbulents du pré aux Clercs, tous gens à peupler Montfaucon.

YOix de troupe joyeuse. Gros-René

des flacons ! à boire !

Ils s'attablent.

LA COMTESSE. Ciel! que vois-jeî là-bas, au milieu de la foule...

LIONEL. Qu'y a-t-il?

LA COMTESSE Cet homuie à manteau brun (ju'un jeune cavalier conduit...

LIONEL. Le jeune cavalier, c'est encore mon inconnu.

LA COMTESSE, trouhUe. Mais l'autre

l'autre...

LIONEL. Eh bien !. . . l'autre , c'est le maréchal.

LA COMTESSE. Adicu!

KUe sort et Lionel l'accompagne jusqu'à la porte Saint- Honoré : là, il se tient à l'écart.

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