‹ [Magasin théâtralChapitre 448 sur 1545 · LIONEL, LAMBERT, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LIONEL, LAMBERT, HÉLÈNE

LAMBERT, entrant le premier. C'est bien lui... Dieu soit loué... {Appelant la folle.) Venez, venez !

^ LIONEL, surpris. Hélène! [Hélène effrayée s'enfuit sur le devant de la scène, Lionel la suit et cherche à la rassurer.) Ne craignez rien... pourquoi me fuir?... (5e tournant vers Lambert. ) C'est vous qui la ramenez?

LAMBERT. Oui , c'est moi ; je comprends votre surprise, mais lorsque vous me connaîtrez... c'est que, voyez-vous, j'ai pris des renseignements sur vous.

LIONEL. Sur moi ! hein ?

LAMBERT. Ce matin, j'ai demandé chez qui demeurait la pauvre Hélène, et lorsqu'on m'a dit quelle avait été recueillie... par...

LIONEL. Par moi, eh bien?

LAMBERT. Eh bien ! j'ai senti revivre en moi des souvenirs.

LIONEL. Des souvenirs.

LAMBERT. Oh ! des souveuirs si doux... et si tristes à la fois. .. je n'ai pas pu y tenir, j'ai questionné, j'ai appris le Ueu de votre demeure, et suivi d'Hélène, je suis venu... Maintenant, répondez-moi, dites-moi...

LIONEL. Savez-vous que vous faites ua vilain métier, mon maître?...

LAMBERT. Moi, je.. . un métier... Qu'est-ce qu'il dit ?

LIONEL. Savez-vous que, malgré l'obscurité apparente de ma condition, j'ai les moyens de faire moi-même justice d'un traître et d'un espion ?

LAMBERT. Un espion!... moi... Oh! mon Dieu! mais vous ne me connaissez pas !

LIONEL. Au contraire , je crois vous deviner.

LAMBERT. Noii, VOUS ne me connaissez pas! Me prendre pour un!... moi!... Ecoutez, et sachez qui je suis... vous le dire, c'est m'exposer à la vengeance de la reine Isabelle , je le sais, mais n'importe... je préfère ce danger... à d'ignominieux soupçons... Je suis. .. je suis le médecin Lambert !

LIONEL, soupçonneux et inquiet. Lambert? le médecin!... Eh bien! qu'est-ce que cela me fait?

LAMBERT. Comment, qu'est-ce que cela me fait?... un secret d'une telle importance! Mais vous ne savez donc pas que la reine Isabelle. . .

LIONEL. Un secret... la reine Isabelle !... Allez, brave homme, une autre fois, avant de frapper chez les gens , regardez mieux les enseignes.

LAMBERT. Quc je regarde mieux les!. . . {Regardant l'enseigne, il pousse un cri.) Lionel.. . ah !

LIONEL. Encore!... que signifie?

LAMBERT. Ah ! je savais bien que le bon Dieu ne pouvait pas se jouer d'un vieillard... non, ça ne se pouvait pas... Ah! vous avez pensé , vous avez cru que j'étais un. . . ça m'est égal maintenant... Oh! ça m'est bien égal... Mais vous allez me répondre.

LIONEL, impatient. Comment!

LAMBERT. Je VOUS en supplie... chez qui suis-je?

LIONEL, chez moi.

LAMBERT, hors de lui. Chez vous... et vous vous appelez...

LIONEL. Lionel.

LAMBERT. Lionel? né sur les côtes...

LIONEL. De Normandie,

LAMBERT. Élevé à Sainte-Croix ?

LIONEL. Oui.

LAMBERT. Marié à Claire?

LIONEL. Oui... à Glaire... la mère de Maurice.

LAMBERT. Maurice ! c'est bien cela... Oh! mon Dieu ! et il y a^ quinze ans.

HÉLÈNE, se rapprochant et s^ animant par degrés. Il y a quinze ans.

LAMBERT. Le 1 3 mat.

HÉLÈNE. Le 13 mai.

LAMBERT. A neuf heures du soir, par un temps effroyable... Oh! je m'en souviens, dans la montagne voisine, aux gorges de la Chevricre.

HÉLÈNE. Les gorges de la Chevrière.

LAMBERT. Un jeune homme revenait au pays, dans la chaumière de sa mère... Le malheureux, dit-on, fut assassiné.

HÉLÈNE. Assassiné 1

LIONEL. Que dites- vous donc?

LAMBERT. Oh! c'était une erreur, n'est-ce pas? EtLioneL né sur les côtes de Normandie, élevé à Sainte-Croix, marié à Claire, père de Maurice, Lionel a revu sa mère.

LIONEL. Il est devant vous.

LAMBERT. Lionel. .. *

LIONEL. Je vous l'ai dit... c'est moi.

LAMBERT. Vous ! toi... Lio... 7\h! Hélène, Hélène... reviens donc à la raison, pauvre mère ; ton fils , tu sais bien, ce fils que ton cœur attendait si impatiemment, ton fils que tu as cru mort...

HÉLÈNE. :\Ion fils ! mort! Ah! oui... mort.

LAMBERT. Eh bien, il existe.

HÉLÈNE.'Il existe. .. où est-il?... où est-il?

LAMBERT. Près de toi... regarde... Le voici.

HÉLÈNE, avec joie. Mon fils, mon... {Reconnaissant Lionel et reculant.) Non, non...

LAMi'.ERT. Qu'a-t-ellc donc? c'est étrange!

LIONEL, avec hypocrisie. Pauvre mère, son esprit égaré ne lui rappelle aucun souvenir... Ah! je suis bien rnalhoureux! {Allant à néhnc.) Ma mère ! ma mère!

HÉLÈNE, regardant Lionel d'un œil étonné. Qui êtes-vous? quel <st cet homme?

LAMBERT, à part. Cet homme?...

HÉLÈNE, regardant encore Lionel, et s'é~ cartant de lui arec effroi. Je ne veux pas rester, ici... Partons 1

LIONEL. Voyez, elle refuse même les caresses de son fils,

LAMI5ER1. Pauvre Lionel ! pauvre merci... et dire que c'ost mon imprudence, une fausse nouvelle... Mais, non; Dieu exaucera ma prière , je la rappellerai à la raison. Et pour commencer, je vais acquitter une partie de mes torts, en rendant nu fiis tout le bonheur dont j'ai privé la mère. O Lionel! quelle destiné*' vous attend... quelle fortune!... LIONEL. Q'if cliif's-vous? parlez!

LAMBERT. Pasencorc... bientôt... bientôt!

Il veut s'en alWr, Uélèo» Ip retient avpc des gestes de frayeur.

HÉLÈNE, Oh! ne me laissez pas seule!... Emmenez-moi !

LAMBERT. Plus de frayeur, pauvre mère ! c'est moi, voire ami, c'est votre fils, Lionel, et bientôt ce sera. .. Ah! que ne peut-elle me comprendre! Mais, adieu! adieu... bientôt vous me reverrez. {A Lionel. ] Soignez-la bien. [Gestes désolés de la folle.) Adieu, Hélène, adieu ! Lionel , à bientôt. .. Lionel... ah 1 j'en mourrai de joie.

Il sort dans le plus granil désordre.

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