SCÈNE \I
Les Mêmes, NINL NINI, les apercevant. Tiens! c'est vous»..
C'est la merveille la plus rare, La plus. . .
JACQUES. As-tu vue Clémence?
NiNl. Jela quitte!...
JACQUES. Eh bien?...
NINI. Ah! mauvaise nouvelle, mauvaise nouvelle ! ..
TOUS. Comment?...
NINI. Je n'ai pas parlé de votre amour, parce que ma sagesse, ma vertu.. .
JACQUES. Voyons, pas de bêtises, parlons sérieusement. ..
NINI. Ma vertu, des bêtises ..
PIEiîRE. Au fait... au fait!...
NINI. Au fait... Il paraîtrait que ma sœur de lait ne vous affectionne que très-médiocrement.
JACQUES. Plaît-il?...
NINI. Il paraîtrait même qu'elle ne vous affectionne pas du tout, mais qu'en revanche elle en aime un autre...
JACQUES. J'aurais un rival?
NINI. Oh ! un rival en province , ça ne compte pas... Un petit jeune homme dont elle m'a parlé, qui venait la vciir à son pensionnat à Toulouse. .. Oh! ces pensionnats, comme c'est traître! on met les jeunes fille>" là-dedans pour apprendre la grammaire , cl elles vous apprennent un tas d'autres choses..,
JACQUES. Mais pour Dieu! parle donc!...
NIM. Grâce au ciel, je n'ai jamais été dans
ces horreurs de maisons-là ; je n'ai jamais appris la grammaire, mol . j'en serais bien fâchée.
jAOjLts Knfin, que l'a t-elledil?
MM. De vous?... Rien du tout; mais de son petit jeune homnn;, c'est différent!... Elle m'a dit qu'il était bien gentil... et si malheureux, que ça donnait envie de le consoler!... Je comprends ça, moi... J'aime beaucoup à consoler les jeunes gens malheureux. .. quand ils sont gentils.. .
JACQUES. Et ce jeune homme, quel est-il ?
NiNi. C'est un jeune homme... Je n'en sais pas davantage.
LAZARE , à Jacques. Te voilà bien renseigné.
JACQUES. In rival! oh! je le connaîtrai!
NIM. Mais je pourrai vous en dire plus
long; je pourrai vous éclairer tout à fait
et si \ous voulez venir à ma répétition, demain, sur les midi
PIERRE. Ta répétition? ....
MM. Oui, messieurs! Vous ne savez
pas, je débute au nouveau théâtre de la banlieue... au théâtre de Pantin.
LAZARE. Tu vas jouer la comédie?...
PIERRE. Sans avoir appris la grammaire?... MM. C'te bêtise. Eht-ce qu'on a besoin de savoir la grammaire pour jouer des comédies?
PIERRE. Pourquoi pas?..... Quand ça ne serait que pour corriger les fautes de ceux (pji les écrivent.
MM. D'ailleurs, ca ne m'empêche pas de posséder plusieurs langues.
LAZARE et PIERRE. Plusieurs langues!
NIM. Un peu!... puisque je danse le boléro espagnol, la cachuiclia péruvienne, la polka polonaise et le galop français... ça fait
(|uatre langues que j'ai (lans les jambes
En un mot, j'entre au théâtre de la banlieue pour y faire des pirouettes.
LAZARE. Et nous irons applaudir tes débuts. NINI. J'y compte, messieurs.
LAZARE. Mademoiselle Moi , j'ai bien l'honneur
JACQUES. Mais, au nom du ciel, informeloi de nouveau, je serai à ta répétition !
Kl nous, courons vite à l'hôtel... maintenant il faut jouer serré.
LAZARE. Jac(|ues, je le répèle (pu; ton amour nous |)ortera malheur.
Ils passent la harrièrc et disparaissrnl ilain Paris.
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SCKNE VII
MM, puis GROSEILLON.
MM , stk/c. Plus souMui (pic je parierai
à ma petite sœur de lait pour ce mauvais sujet de monsieur Jacques... Ce qu'il faut à (jlémence , c'est un petit amoureux bien sage , bien pri venant, bien passionné; un amoureux qui ne dise que de jolies choses, qui ne pense que de jolies choses, qui ne fasse que de jolies choses.....
Musique approprié à l'ùtiR.
CROSEILLON , en dehors, llue, Jean le Rlanc.
MNI. Eh ! mais voilà un timbre de ma connaissance.
GROSEILLON, entrant avec un âne chargé (le paniers dans lesquels sont des boites (liait. Avance donc, maudite bete, nous
sommes en retard et les Parisiens nous
attendent pour déjeuner. ... Mademoiselle
Nini!
NINI. Monsieur Groseillon!
GROSEILLON. Halte-là, Jean le Blanc
Ma foi, tant pis!... les Parisiens déjeuneront plus tard... Mademoiselle Nini!...
NINI. Ah bien I vous n'êtes guère matinal
à c' matin
GROSEILLON. C'est la faute de Jean le Blanc... Cet ètrc-là est d'un douillet, mais d'un douillet. .. impossible de lui faire ((uitter son petit trainirain de rentier... «l puis, pas la moindre idée du progrès... L'autre jour, pour le stimuler, je lui faisais admirer la rapidité des chemins de fer, en lui disant : Jean le Blanc, uion bonhomme , ça devrait te faire rougir.
NINI. Eh bien! a-t-il rougi? GROSEILLON, Il s'est couclié, couchc tout de son long... conmic un grand veau!... et il a fait: fli! han , lii ! han !
NINI. Dam! il est peut-être malade, ce pauvre animal !...
GROSEILLON. Malade? Mais je le suis plus que lui, moi qui vous parle...
NINI. Malade! avec une balle connue ça. . . GROSEILLON, soupirant. Nini, j'ar une balle bien trompeuse, allez! Ah!...
NIM. Ah! mon Dieu! <]uel gros soupir!
GROSEILLON. Je ne fais que ça toute la nuit, et ça réveille les lapins...
NINI. hl^t-ce que vous seriez amoureux?
<;roseillon. Hélas! voui. Depuis que vous avez loué la petite entresol en face de chez nous...
NINI, ri((nl. Ha! ha! hal Gi'.oSEii.i.oN. Mui, ma petite Nini, puisque le mot est làrlié, ne tue repoussez pas, ne me tarabustez pas... je déteste (pi'on >ne tarabuste.
NIM, riant. Ha! ha! bal { Ilrprenanl sa fjrnrilé.'^ Homme des champs, je vous déclare loque. \i|onsdonc, mon cher; mais regardez vous, regardez-moi...
(;n^sElL^»^. Eh bien! je vous regarde et
PARIS ET TA BANLIEUE
je vous liouve jolie... je me regarde et je me trouve idem...
mm. Idem!... Moi, je vous trouve trèslaid!...
GROSEILLON. Quelle ingratitude !. . . quand, pour ni'élever jusqu'à vous, je vendrais jusqu'à mon âne...
mm. Mais songez donc que vous parlez à une future prêtresse de Terpsichore... à une artiste qui ne peut s'unir qu'à un autre artiste , afin de procréer déjeunes artistes...
GROSEH.LON. Sapredieunc ! oh ! quelle bonne idée!... Si je me faisais apprentif comédien.
mm. Quoi?
GROSEILLON. Si je tàtais des planches?...
NiNi. Vous?...
GROSEILLON. J'en tâterai, parole d'honneur, j'en tâterai! Oui, Nini, oui, pour
ne pas vous quitter, je veux me faire baladin ; je mettrai du rouge , je mettrai du blanc , je mettrai du bleu...
NINI. Mais vou^ serez tricolore.. .
GROSEILLON. N'importe! pourvu que je
joue les amoureux avec vous et je sens
que je les jouer.<i^ fièrement bien , Nini , les amoureux avec vous! En attendant, je vous
offre mon cœur, mes vaches, mon lait
Ah ! je voudrais pouvoir vous nourrir de mon lait...
NINI. Tiens!... c'est une idée.. . j'en boirais bien une tasse.
Groseillon va clierclier la boîte et la place sur la table du marchand de vin. Pendant ce temps on voit les deux fraudeurs de la première scène s'avancer en chantant vers la barrière , le premier en bourgeois, porteur d'un très-gros ventre, le second en nourrice portant un enfant.