‹ [Magasin théâtralChapitre 450 sur 1545 · LIONEL, MAURICE · texte numérisé non relu

LIONEL, MAURICE

LIONEL. Quelquefois je suis tenté de croire que la raison lui revient... Oh! si j'en étais sûr! ( On frappe en dehors. ) Ah! c'est Maurice, peut-être...

Il ouvre.

MAURICE, entrant. Me Toici, mon père...

vous m'attendiez?

LIONEL, raillant. Sans doute.

MAURICE. Désormais , près de vous , fîion

LA PESTE NOIRE

père, une obéissance, un dévouement à toute épreuve...

LIONEL, sèchement, y y compte! (Inquiet.) Vous étiez arrivé dès hier, pourquoi être venu si tard aujourd'hui ?

MAURICE, avec hésitation. Mon père I LIONEL, avec ironie. Quelque grave affaire d'amour sans doute.

MAURICE , (rouble. Ah ! si vous saviez. .. . une orpheline abandonnée ; je l'avais prise sous ma garde pour la conduire à Paris.

LIONEL , ironiquement. Escorte dangereuse pour elle, mon fils.

MAURICE. Oh! si vous connaissiez ses vertus!

LIONEL. Sous la protection des vôtres... Où l'avez-vous laissée ?

MAURICE. A l'église, priant Dieu au pied des autels , en attendant qu'elle se consacre à lui pour toujours.

LIONEL, comprimant sa secrète satisfaction. Cette église est dans le quartier?

Mi^URlGE, troublé. Oui, mon père , c'est la paroisse voisine , presque en face de cette maison.

LIONEL, à /)arf. Marie si près d'ici! [Haut.) Puisque provisoirement elle se trouvait sans asile , et que son projet est de se retirer dans un cloître, pourquoi, en attendant qu'elle puisse y être admise, ne pas l'avoir conduite chez moi? ma maison est hospitalière, l'inuocencey trouvera toujours refuge et protection. MAURICE , avec transport. L'ai-je bien entendu, mon père ? quoi ! si je vous avais amené Marie, vous l'auriez accueillie avec bonté? Ah! malgré mon ardent amour, je n'eusse osé me présenter avec elle devant vous, avant de vous ouvrir mon âme... Me le permettez-vous, mon père?

LIONEL. Je vous écoute, mon fils.. . Parlez! MAURICE. Et je m'expliquerai sans détour. Oui, raonpère,je l'avouerai.. .j'aime, et c'est pour toute la vie; ma jeunesse désenchantée se levait sombre , froide et vide; jamais la douce voix d'une mère n'avait retenti à mon oreille, jamais le foyer paternel n'avait offert ses joies à mon enfance ! j'étais seul et plongé dans cette profonde nuit que donne la solitude du cœur , lorsque Marie s'offrit à ma vue; alors, pour la première fois, le ciel sembla s'ouvrir à mes yeux , tout s'éclaira dans la nature , et je sentis que j'existais. LIONEL, froidement. Poursuivez!

MAURICE, Marie est sans fortune , sa naissance est obscure... mais quand vous l'aurez vue, mon père, quand vous aurez pu la connaître... oh ! vous l'aimerez, j'en suis sûr.

LIONEL, d'un ton étrange. Je m'y sens déjà disposé. MAURICE, avec transport. Se pourrait-il?

LIONEL. Allez la chercher, Maurice.

MAURICE. Oh! mon père, que de bonté !.. . LIONEL, Varrêtant. Un instant, j'ai fait la part de la jeunesse, et j'ai prêté une oreille indulgente à vos aveux ; mais à votre âge , l'amour doit-il parler seul à un homme de cœur ? Aujourd'hui, Maurice, de grands événements se préparent à Paris, le père a besoin de son fils, et la patrie appelle ses braves Peut-on compter sur vous?

MAURICE. En doutez-vous, mon père ?

LIONEL. Ce soir même il faudra s'armer. MAURICE, étonné. Contre qui?

LIONEL. Vous le saurez plus tard; il s'agit des intérêts de la France, «et si vous tenez à Marie, si voire pays vous est cher, aveugle obéissance à mes ordres! me le promettezvous?

MAURICE. J'en fais serment devant Dieu ! LIONEL. C'est bien. . . . Allez chercher Marie.

MAURICE. Oh! mon père, à vous qui avez accueilli avec tant de bonté l'aveu de mon amour, à vous ijui daignez l'encourager, à vous, mon âme, mon bras, mon existence!

LIONEL. Maurice sort au comble de la joie, Lionel seul et à part. Il me la livre... je triomphe.

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