LIONEL, LA COMTESSE, LES CONJURÉS
LA COMTESSE, en entrant. Lionel, le moment d'agir est venu.
LIONEL. Oui... la chasse aux Anglais va commencer, et à l'instant même...
LA COMTESSE. Arrêtez !
LIONEL. Comment!... Allons, je parie que c'est encore changé.
LA COMTESSE. Oui. .. d'autrcs devoirs nous sont imposés...
LIONEL. Ainsi, la reine...
LA COMTESSE, montrant une dépêche. Isabelle s'est effrayée des résultats de la victoire du duc de Bedford ; cette victoire ruine les espérances du dauphin, et la reine ordonne qu'à l'instant...
LIONEL. Nous fassions ainsi qu'elle volteface, et que nous revenions aux Anglais; rien de plus naturel, ça se voit tous les jours.
LA COMTESSE. Cruelle nécessité !... mais la reine commande, et je ne sais qu'obéir.
LIONEL. Nous disons donc que nous voilà redevenus les amis de l'Anglais... Mais, j'y pense, et les partisans du dauphin, qui, aux premiers tintements de Y Angélus, doivent paraître en armes pour seconder notre attaque... Eh! laissons-les agir. . . Seulement,
au lieu de combattre avec eux, nous combattrons contre eux... Ah! messieurs du roi, nous allons donc jouer des r;ipières !. .. Et toi, maréchal de Rieux, je vais donc enfin!,..
LA r.oMTtssE. Le maréchal de Rieux...
Quoi! vous savez! ...
LIONEL. Je sais que, par le passage secret qui des catacombes de la ville conduit dans votre hôtel , je trouverai le maréchal de Rieux. . .
LA COMTESSE. Dans mon hôtel ?
LIONLL. C'est là qu'il s'est réfugié. Osez le nier I...
LA COMTESSE. Eh bien! oui... Avant son exil, le maréchal était notre ami, l'ami de mon père. De puissants intérêts de fortune, de cœur surtout, l'ont ramené à Paris... La maison d'une dame de la reine lui paraissait un sûr asile; il y est venu : pouvais-je le repousser?... Depuis plusieurs mois il est caché dans ma demeure; mais si je ne puis le sauver, chez moi, du moins, je le jure, il sera respecté.
LIONEL. Nous verons cela tout à l'heure.
LA COMTESSE. Chez moi, Lionel !...
LIONEL. Et votre dévouement à la reine...
LA co.MTESSE. Ne peut m'ordonner le crime.
LIONEL. Le crime, en certain cas, est devoir.
LA COMTESSE. Egorger le maréchal chez moi ! jamais ! jamais 1
LIONEL. Eh bien ! il sortira, et alors...
LA co.MTESSE. Lionel...
On frappe à la porte.
LIONEL. Silence!... Rentrez, madame...
et ne reparaissez que lorsque vous entendrez le signal.
LA COMTESSE. Et VOUS, n'oubliez pas mes paroles!
Elle sort-
LIONEL, regardant. C'est Maurice, accomagné de... Qu'il entre... qu'il entre.
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