‹ [Magasin théâtralChapitre 461 sur 1545 · LE MARÉCHAL, MAURICE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL, MAURICE

LE MARÉCHAL. Mauricc, voici ma dépêche !

MAURICE. Donnez, monsieur le maréchal; je pars, je pars à rin.slani !

Li; MARÉCHAL. .Arrèic!... partir maintenant serait t'exposer à être pris par les archers anglais ou les iruands qui, désormais, ii« voient plus en toi qu'un transfuge.

MAURICE , à part. Hélas ! et leur chef est mon père.

LE MARÉCHAL. Mettons-le temps à profit... écoute... Un envoyé du roi s'est réfugié chez

un pauvre artisan de la cité Consulte

avec soins les indications contenues dans cet écrit... elles t'aideront à le découvrir... Après avoir lu cette dépêche, le comte convoquera nos amis, ce soir, dans les jardins de l'hôtel d'Antragues... Nous y serc>us en sûreté, car on ne soupçonne pas la comtesse , et c'est pour moi une amie sincère et dévouée... Une fois rassemblés, nous prendrons de nouvelles mesures, nous tenterons, .s'il le faut, un dernier effort en faveur de la cause du roi, et un jour qui n'est pas éloigné peut-être, nous chasserons enfin l'étranger du sol de la patrie.

MAURICE. Comptez sur moi, monsieur le maréchal; on ne m'enlèvera celte dépêche qu'avec L vie !

LE MARÉCHAL. Bien, Maurice, bien, noble jeune homme... Mais avant de te laisser entreprendre cette mission périlleuse , dis-moi ton nom. le nom de ton père, afin que je le redise un jour au roi, comme celui de l'un de ses plus fidèles et de ses plus courageux serviteurs.

MAURICE. Hélas !... monsieur le maréchal, qu'exigez-Tous!...

LE MARÉCHAL. Ehquoi! Maurice...

MAURICE, oh! monsieur ce n'est pas

pour lui que Maurice hésite ;i se nommer devant vous... il n'a rien à cacher, lui!... mais son père...

LE MARÉCHAL. Votre père... Eh bien?

MAURICE. Il est votre ennemi...

LE MARÉCHAL. Mou cunemi? lui?... lorsque son fils... Eh bien, qu'importe! c'est un loyal ennemi sans doute; à cause de vous, Maurice, il aura du moins mon estime.

MAURICE. Ah! monseigneur... si vous saviez... c'est dans sa maison que vous vous êtes imprudemment réfugié.

LE MARÉCHAL, en frémissant. Lionel!

MAURICE. Lionel.

LE MARÉCHAL. Lionel!... ce misérable qui lout à l'heure encore nous a lâchement trahis!... Lui!... cet homme...

MAURICE. Ah ! monseigneur, pitié pour moi ! c'est mon...

LE MARÉCHAL. N'acliève pas... oh! n'achève pas.. . ce nom odieux, il faut que je l'oublie... car je ne pourrais plus t'aimer! {fl »' assied accablé', au même instant Lambert entre doucement et reste dans le fond à écouter silencieusement le Maréchal.) O fatalité!... fatalité!... mon Dieu, devais-tu brider une a une toutes les affections de mon cœur désolé ! Pourquoi m'avoT fait une âme si pleine du sympathie et d'amour, ci m'en-

LA PESTE NOIRE

lever si tôt le seul ami que tu m'avais donné!

LAMBERT, s' approchant. Et votre pauvre Lambert !

LE MARÉCHAL. Toi. .. toi, Lambert... mon vieil ami... Oh![oui, tu as raison, je suis un ingrat... mais si tu savais... je souffre tant.

LAMBERT. Toujours VOS sombrcs idées, n'est-ce pas?

LE MARÉCHAL, regardant Maurice. Il me semble que je l'aurais tant aimé.

LAMBERT. Et pourtant, j'ai d'heureuses nouvelles à vous apprendre.

LE MARÉCHAL. D'hcureuses nouvelles!...

LAMBERT. Eh quoi ! votre cœur ne vous dit rien ? ce cœur que la nature a si bien fait pour aimer, il reste muet aux tendres pressentiments de l'amour...

LE MARÉCHAL. De l'auiour !...

LAMBERT. De l'auiour paternel !...

LE MARÉCHAL. Oue dis-lu ?.. . quoi?. .. mon fils...

LAMBERT. Oui, c'estdelui qu'il s'agit...

LE MARÉCHAL. Mon fils !. .. achève !. . .

LAMBERT. Ne m'avez-vous pas compris ?

LE MARÉCHAL. Ce mystère... ton émotion... ta joie... Ah ! il existe.

LAMBERT, cuec joî'e. Eh! allons donc!... vous l'avez dit!

LE MARÉCHAL, fléchissant le genou. Il e?ciste... ah! mon Dieu, mon Dieu, merci!... viens, Lambert, où est-il?

LAMBERT. Aux piliers des halles.

LE MARÉCHAL. Aux pilicrs des halles?

MAURICE. Aux piliers des halles!

LAMBERT. Oui!., .ah ! ce n'est pas tout à fait digne d'un maréchal de France... une boutique de drapier...

MAURICE, àpart. Une boutique de drapier!...

LE MARÉCHAL, S arrêtant. Une boutique de drapier?.., les pihers des halles!...

LAMBERT. Mais enfin, n'importe ! venez ! venez!...

LE MARÉCHAL. Son uom ?

LAMBERT. Et qu'importe son nom... puisqu'il va reprendre le vôtre.

LE MARÉCHAL. Son nom ! son nom !

LAMBERT. Lionel !

MAURICE. Lionel!

LE MARÉCHAL. Lionel, ce traître, ce félon!... Lionel, cet assassin, ce voleur, moi son père!... jamais... jamais! (5e trouvant tout à coup en face de Maurice.) Oh! mais alors... Maurice!... quoi ! tu serais? tu es donc...

MAURICE. Monsieur le maréchal.. .

LE MARÉCHAL, le pressant dans ses bras. Non... non... ton père! ton père!

MAURICE, tombant aux pieds du Maréchal. Mon père!

LE MARÉCHAL. Maudceî... mon enfant!...

mon seul, mon unique enfant !... dans mes bras!... sur mon cœur !...

MAURICE. Ah ! mon père !

LAMBERT. Ah ça , Hiais que disent-ils donc?

LE MARÉCHAL. Maurice!... oh! tu ne sais, pas ami... non, tu ne peux savoir... soyez béni. Seigneur, vous dont la main a tout conduit... oui, Lambert... Maurice qui m'a sauvé, Maurice que j'aimais déjà tant... eh bien, c'est le fils de... c'est mon fils.

LAMBERT. Le fils de... lui!... par conséquent, en effet, c'est votre... Eh bien, que vous disais-je , monseigneur?... vous le voyez! d'une manière on d'une autre il fallait que ma nouvelle fût du bonheur!

LE MARÉCHAL. Et je me plaignais de la cruauté du sort, lorsqu'il prenait enfin pitié de mes douleurs!... je me croyais seul, lorsque j'avais auprès de moi, d'un côté, un vieil ami, sincère, dévoué, et de l'autre, un pelii-fils si noble et si brave, qui me consolera de la dégradation et des crimes de son père.

MAURICE. Des crimes!...

LE MARÉCHAL. Oh! sileucc, Maurice!... étouffons cette honte sous la gloire de notre blason,

LAMBERT. Eh bien, voyez un peu !... donnez-vous donc un mal inouï pour chercher au loin les gens que vous avez sous la main î O hasard! je ne t'avais encore rencontré qu'en médecine, mais à ce qu'il paraît tu es une divinité universelle.

LE MARÉCHAL, montrant Lambert à Maurice. Oh ! c'est que notj-e bonheur est aussi le sien... Maurice, Lambert... ah ! rapprochezvous de moi ; mes amis... serrez-vous contre mon cœur... bien près, plus près encore; il faut si peu de place pour être heureux!

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