‹ [Magasin théâtralChapitre 463 sur 1545 · I.AMBERT. C'est Hélène · texte numérisé non relu

I.AMBERT. C'est Hélène

LE MARÉCHAL. Hélène... ahl mais il faut la sauver! Viens, viens! courons I...

Au moment où il vont sortir, Hélène paraît, pâle, tremblante, agitée, tenant à la main un lambeau de son drapeau noir.

TOUS. Hélène!

HÉLÈNE, d'une voix brève. Taisez-vous...

silence!... [Prêtant l'oreille.) Ils ont voulu tuer Hélène!

LAMBERT et LE MARÉCHAL. VOUS tuer !. ..

HÉLÈNE. Oui, parce qu'ils ont eu peur... peur de la peste noire!... [Avec un sanglot convulsif.) Ils ont déjà tué mon enfant!...

LE MARÉCHAL, s'fl7)2)rocArtnf(re//e. Hélène, reviens à toi... un peu de raison; mon Dieu, une lueur d'intelligence ! [A Lambert.) Ah! Lambert, tout espoir est-il donc perdu?... [Il s'approche (V Hélène, qui est tombée dans sa rêverie, et la conduit doucement vers un fauteuil; là, il la fait asseoir, puis revenant vers Maurice et l'amenant devant Uélèm.) Regarde-la bien, Maurice... contemple cette douce et noble créature !... hélas! elle a bien souffert!...

LAMBERT. Oh ! oul, bien souffert I MAURICE, oh ! pauvre femme !

LE MARÉCHAL. Mauricc , mon enfant , inclinons-nous devant elle... demande-lui de pardonner à Charles de Rieux tout le mal qu'il lui a fait... Respecte-la, mon fils... aime-la bien surtout, tu le dois...

MAURICE. Qu'avcz-vous dit?... ô mon père! il me sera facile et doux do la respecter et de la chérir... et déjà une voix secrète m'avait entraîné vers elle... Mais quels mystérieux événements...,

LE MARÉCHAL. Un jour tu sauras tout...

Chère Hélène... oh! si elle pouvait m'entendre... me comprendre!... si elle pouvait lire dans mon âme les remords que m'inspire mon cruel abandon... Hélène!... Hélène!... Charles est auprès de toi... et Maurice est ton fils...

MAURICE. Ma mère!...

11 retombe aux ponouT crnélùne qui h sa vue est agitée (le la plu»; vive émotion.

LAMBERT. Silcncc, elle va parler.

LE MARÉCHAL. O Srignour ! rends-lui la raison... et prends la moitié de ma vie. HÉLÈNE, les ycu.Tfi.rcs Rur Maurice. Qui

êtes-vous, enfant?... Hélène vousa déjà vu.., et la joie est entrée dans son cœur... [Elle tourne son regard d'abord sur Lambert à qui eUesotirit,et sur le Maréchal dont Vas- 2iect fait naître en elle une émotion nouvelle. Elle dit à elle-même en cherchant un souvenir : ) Et lui?... [Après un moment de silence ; ) Oh! maintenant Hélène n'est entourée que d'amis, n'est-ce pas ?. . . Hélène est bien., ici. .. on ne la chassera plus, n'estil pas vrai? vous èiesbons vous... c'est qu'on n'aime pas la pauvre Hélène, parce qu'elle prédit les malheurs et les fléaux de Dieu... mais elle souffre, Hélène... oui elle souffre... et cependant elle est bien contente... elle va revoir ceux qu'elle a perdus, elle... elle va bientôt mourir.

LE MARÉCHAL. Maurlcc!... Maurice 1...

mon cœur est brisé !

LAMBERT. Couragc, mou noble ami, courage !

11 presse les mains de Rieux. Moment de silence et de situation.

LE MARÉCHAL, à Maurice et à Lambert.

Amis, une si cruelle infortune, lorsque mon cœur pourrait s'abandonner à tant de joie et d'espérance... c'est mon roi qui va bientôt reconquérir le trône de ses pères ; c'est une épouse, un fils qui sont rendusà O'on amour. .. c'est Maurice que l'orgueil des Rieux peut hautement reconnaître , Maurice qu'attendent les faveurs royales, et, j'y pense, qui peut désormais prétendre à la plus illustre alliance.

MAURICE. Mon pèrel...

LAMBERT. Comment?.

LE MARÉCHAL. Oui... un avenir de fortune, de gloire, est ouvert devant lui... Le fils du maréchal de Rieux peut aspirer à la main de ma bienfaitrice, eût-elle dans son blason une couronne de comtesse !

MAURICE. Mon père!...

HÉLÈNE. Attendez...

LAMBERT. KCOUtOnS...

LE MARÉCHAL. Parle, parle, Hélène!

HÉLÈNE. Quoi! de si précieux instants perdus avec vos ennemis , quand la fortune de la France frappe vainement encore aux portes de SCS villes et demande tous ses défenseurs! Quoi! de splendides fiançaillos quand un humble et pur amour implore votre appui, et quand l'innocence est aux mains du crime!

MAURICE, ,1e frémis!

LAMBERT. Je crains de la comprr ndre.

LE MARÉCHAL. ECOUIOZ.. éCOUlC/... .

HÉLÈNE, inspirée. Vous qui marchez dans le sentier du juste, prenez coura'^-ir'. prenez courage... En vain dans l'ombre conspirent vos lâches ennemis...

LE MARÉCHAL. Vos ennemis?

LA PESTE NOIRE

LAMBERT. Jedevifle... la reine Isabelle !

HÉLÈNE. Je les vois. ..je les entends... ils vont venir... ce soir...

LAMBERT. Ce soirl

HÉLÈNE. Mais le souffle de Dieu dissipera leurs projets comme le vent d'orage dissipe la paille des chemins... Et vous, Anglais, fuyez! votre heure n'est pas encore venue, mais invoquez le Juge suprême... bientôt vous paraîtrez devant lui !

LE MARÉCHAL. Oui, c'est la voix de Dieu, et j'en crois mes pressentiuients plus que jamais; il faut que nous nous trouvions réunis ce soir... Maurice, chez l'envoyé du roi. (Arrêtant Maurice qui s'apprête à sortir.) Quant à Lionel, que rien ne lui soit révélé. .. tu me le jures?...

MAURICE. Je le jure, znonpère!...

HÉLÈNE. Allez, allez ! et soyez forts et vigilants !

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SI

' LE MARÉCHAL. Oui. . . séparons-nous, chacun sa mission... Toi, Lambert, auprès de la comtesse d'Antragues... ce soir, à huit heures...

LAMBERT. Tous, dans les jardins de l'hôtel!...

Lambert sort.

LE MARÉCHAL. C'est convcnu... va...

MAURICE, à part. Marie!... compte sur Maurice... il ne l'abandonnera pas!...

LE MARÉCHAL, à Mlauricc. Va, va, mon enfant, et que Dieu veille sur toi !

HÉLÈNE, prenant la main de Wlarie et sortant sur les pas du Maréchal. Hélène aussi veillera...

Maurice dépose un baiser sur la main d'flélène. Le Maréchal sort en conduisant la folle avec tendresse; Lambert sort du même côté pendant que Maurice s'éloigne du côté opposé eu leur disant adieu de la main.

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