SCÈNE PREMIÈRE
LA BAtlONNE D'ALBY , LA COMTESSE D'AIGLEMONT, LE COMTE AR- THUR D'AIGLEIMONT.
LA COMTESSE. Ma chère baronne , pour
une femme qui a couru la poste durant
trois jours et trois nuits, vous êtes d'une
fraîcheur admirable.
LA BARONNE. La joie de nous revoir
n»e fait oublier la fatigue.
LA COMTESSE. Ce voyage de Nice vous
a mise en état de dc'fier un hiver de Paris
«vec tous ses hais et toutes ses fêtes , et ,
d'Aiglemont. — Gue'ridon à droite de l'acteur ; un u tond; portes latérales.
pour accompagner dans le monde une jeune veuve aussi jolie que vous , il faut avoir renoncé comme moi à toutes prétentions, avoir pris son parti d'être vieille. ^
LA BARONNE. Vous VOUS êtes bien pressée.
LA COMTESSE. J'ai VU qu'il y avait dan la société une place à prendre , celle de vieille femme; personne ne veut l'occuper; je me trouve bien de m'en être emparée avant que le monde ne me la destinât; j'ai gagné ainsi des amies parmi les jeunt^s femmes , et la connaissance que j'ai acquise de leur caractère m'aidera à diriger
LE MAGASIN THEATAAL.
le choix de mon fils : n'est-il pas vrai , Arllmr?
AnrnL'R. Ma mère !..
LA COMTESSE. Je l'avoue , il est une espérance qui peut encore embellir ma vieillesse ; vous la connaissez.
ARTHUR. Je vous en prie, ma mère !...
LA COMTESSE. Oui , Arthur, il faut qu'une l'enune aimable et jeune vienne aiiiiiier notre retraite. Chaque jour qui s'écoule enlève quelque chose à la gaîté de mon caractère, et le vôtre, mon ami, a tout le sérieux de notre époque. La raison est la folie de ce siècle.
LA BAROWE. Il me Semble pourtant qu'avec le titre de comte , vingt-cinq ans, et quarante mille livres de rentes, on a de quoi prendre la vie gaîment. Tant de gens sont obligés d'être heureux à moins.
LA COMTESSE. Bon ! pense-t-on à être heiH-eux à pressent?
ARTiiL'R. Ma mère, vous êtes sévère pour notre époque.
LA BARONiXE. J'espère vous raccommoder avec elle ; et , d'abord , pour égayer cette matinée , venez avec moi ; nous ferons un tour de promenade au bois de Boulogne , puis vous permettrez que j'entre dans quelques magasins ; je suis arriérée de trois mois sur les modes ! pas la moindre élégance à Nice !.. de vrais malades !.. Je n'irai plus à de pareilles eaux. Je ne saurais de quinze jours me montrer dans un salon... Pendant cette retraite forcée nous ferons des lectvires , de la musique ; je veux me mettre au courant de tout , car , après les toques d'Herbaut et les robes de Victorine , l'esprit et les talens sont encore ce qui réussit le plus dans le monde. ( A Arthur ). Vous nous accompagnerez , n'est-ce pas?
ARTHUR. Pardon, mille fois!... mais je ne puis être de s vôtres , aujourd'hui.
LA COMTESSE. Arthur, quels sont donc ces nouveaux amis qui occupent tout votre tems et que je ne connais pas ? Voudriczvous , mon fds , vous éloigner de la bonne compagnie?
ARTHUR. Ma véritable place est-elle donc au milieu des cercles futiles occupés de cliasse , de chevaux et de modes nouvelles? Aurais-je tort, à vos yeux, ma mère , si je me rapprochais de gens abaissés peut-elre par la fortune, mais élevés par leurs sentimens ?
LA B,\RO^^E , a pari. Mon Dieu ! qu'il est devenu singulier !
LA COMTESSE. Croyez, mon fils , que ma tendresse seule...
ARTHUR. VjMiillez vous en rapporter
aux principes que j'ai reçus de vous et à mou désir de vous coniplane! . J'ai quelques affaires ce malin , mais je vous levorrai bientôt.
LA COMTESSE. Vous nous donnerez votre soirée?
LA BARONNE. Je VOUS montrerai les croquis que j'ai faits pendant mon voyage , et nous étudierons ensemble cjuelques airs de Meycr-Beer.
ARTHUR. Je serai à vos ordres.
LA COMTESSE. DepuLs votrc départ , il n'a pas ouvert un piano , ni touché un crayon : il est vrai qu'il n'était presque jamais ici : votre séjour dans l'hôtel me procurera un double bonheur.
UN DOMESTIQUE. M""^ Dutour demande si madame veut voir quelques objets qu'elle apporte.
ARTHUR, à part. M""" Dutour!
ah, mon Dieu!... .sortons. (^Ilaut,) Permettez, mesdames, que je vous quitte.
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