SCENE IX
Les MÊMES , FRÉDÉRIC.
FRÉDÉRIC , sortant du café. Qui demande un portefeuille?
PASCAL. Moi, moi!... un portefeuille qu'on m'a pris , qu'on m'a volé...
FRÉDÉRIC. Ou que vous avez perdu peutêtre. Tenez , monsieur , ne serait-ce pas celui-ci ?...
PASCAL , s' élançant et suffoqué. Lui! lui!. . . et intact. Oh! merci , monsieur, merci!
CARDAILLAN, à part. Ail! s'il m'était tombé entre lesmains... [S'avançant.) Eh bien... vous l'avez retrouvé?...
PASCAL. Oui, oui, le voilà.
CARDAILLAN. Ah! j'en suis enchanté...
PASCAL, oh! merci, mille fois merci.
FRÉDÉRIC. Mon Dieu! monsieur, cela ne vaut pas tant de reiiiercîmenls... j'ai trouvé ce portefeuille en entrant dans l'aris, je ne l'ai pas même ouvert, et j'attendais que quelqu'un le réclamât pour le lui rendre.
PASCAL. Ah ! c'est que vous ne savez pas, vous ne pouvez pas savoir de quelle importance c'est ma vie, monsieur, non, c'est
plus que ma vie! c'est mon honneur
mon honneur (|ue vous me rendez là!
CARDAILLAN. Son honneur là-dedans ?
PASCAL. Tenez, monsieur, je suis pénétré de reconnaissance... et si je pouvais à mon tour vous être utile... je ne vous connais pas... mais vous êtes jeune, et les jeunes gens. .. je ne >ais pas rommeiii vous dire ça. .. mais si vous avez besoin... il ne faudrait pas rougir, voyez-vous, si je pouvais vous rendre quelque service d'ami...
FRÉDÉRIC. Merci, monsieur; je suis un jiauvre provincial , j'entre à Paris où je ne connais personne. . personne qu'une jeune fille (|ui m'a [)récédé de (pielques jours dans
PARIS ET LA BANLIEUE
cette grande capitale où j'espère la rencontrer, mais sans fortune et sans protecteurs, je suis riche d'illusions , riche d'espérance!... car Paris , voyez-vous , c'était mon but , c'était mon rêve!...
PASCAL. Et vous y venez sans fortune, sans protecteur. . .
FRÉDÉRIC. Je touche une pension qui me met à l'abri du besoin , et pour des protecteurs , je ne crois pas qu'il soit bien difficile de s'en faire à Paris.
PASCAL. Détrompez-vous, jeunehomme!..
Paris, c'est le séjour de l'égoïsme , l'asile de la perfidie , de la trahison !... Paris est pavé tout entier de pièges et d'embûches ; chacun tâche de s'en préserver sans songera en préserver autrui 1 Tout pour soi , rien pour les autres, voilà le devise de Paris! (Appelant) Gardaillan !
CARDAILLAN, j)araissant. Qu'est-ce?
PASCAL. Une plume, de l'encre et du papier. {Cardaillan rentre. Pascal continuant.) Mais il ne sera pas dit que je vous laisserai ainsi abandonné à vous-même, après le service que vous venez de me rendre. . .
CARDAILLAN , reparaissant avec ce qu'il faut pour écrire. Voilà , monsieur Pascal. FRÉDÉRIC. Qu'allez-vous faire , monsieur ? PASCAL. Vous donner le protecteur le plus dévoué que vous puissiez avoir... un homme qui n'aura rien à vous refuser; car sans vous en douter , vous venez de lui rendre un service... Rien qu'à cette pensée je tremble encore. . .
CARDAILLAN, à part. Que diable renferme donc ce portefeuille !
PASCAL. Tenez, monsieur, prenez cette lettre, elle est adressée à monsieur Clamarins, au rond point des Champs-Elysées.
FRÉDÉRIC. Monsieur de Clamarins?
CARDAILLAN. Un milUounaire , rien que ça!... Ah ! monsieur Pascal a le bras long.
PASCAL. Ah! monsieur Gardaillan
CARDAILLAN. Vous avez le bras long.
PASCAL. Seulement, pour pénétrer jusqu'à lui, demandez madame Renaud... Si vous voulez lui plaire , sachez plaire à madame Renaud... si vous voulez qu'il s'intéresse à vous, intéressez madame Renaud... Et maintenant , monsieur, vous allez à Paris et moi je m'en éloigne ! j'en sors avec autant de plaisir , que vous avez de plaisir à y entrer... Puissiez-vous y trouver autant de bonheur que j'y ai trouvé d'ennuis et de tourments.
FRÉDÉRIC. Au moins, monsieur , me serat-il permis de vous informer du résultat de ma visite?...
PASCAL. Avec plaisir; voici mon adresse : chaussée du iMaine , rue de Vanvres, 36. Vous me donnerez la vôtre à Paris , et de temps en temps...
FRÉDÉRIC. C'est convenu... serviteur, Monsieur...
PASCAL. Serviteur de tout mon cœur!...
Au revoir, Cardaillan...
CARDAILLAN. Au revoir, monsieur Pascal.
FRÉDÉRIC. Et maintenant, à Paris!...
PASCAL. Et moi, à la banlieue!...
Ils sortent chacun de son côté.
CARDAILLAN, resté seul. Que renferme donc ce portefeuille?. . .
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