CHARLOTTE, LA BARONNE, MON- VAL , LE COMTE , LA COMTESSE
LE COMTE. Te voilà , mon cher Monval ! . Parbleu , tu m'as fait courir.
MONA AL. Pardonne-moi , mon ami : je désirais tant te revoir!.... Mais mon empressement eût été encore plus vif si j'avais su qui je trouverais ici.
LE COMTE. Eli elfet !... Je suis désolé de ne t'a voir pas présenté moi-ineine à la comtesse d'Aiglemont.
MONVAL. Pendant dix mois liors de France, je n'ai rien su le ce qui se passait
dans notre cher Paris. J'ai appris à l'aubcrgeque tu n/ais niaiic... Ilcçoistous mes complimcns : les grâces, la beauté, une socitHt' délicieuse...
E COMTE. Je mène une vie retirée.
MOJIVVL. Je comprends I pour quelques mois!... Premiers momens de l'amour, que n'oublierait-on pas pour vous? Mais il ne faut pas d'égoïsuie ; tu n'as pas quitté le monde pour toujours.
LA n VROXNE. Nous espérons bien que M. d'Aiglemont passera l'hiver à Paris.
MO.WAL. A la bonne heure ! J'oublierai tous mes ennuis près de vous. On a tant besoin de s'amuser , quand on a du chagrin !
LE COMTE. Le tien ne nous donnera pas d'inquiétude.
MO.WAL. Oh! j'en a un réel : une passion njalheureuse !
LA COMTESSE. Yous, monsieur de Monval!
MON VAL. Oui , moi , ne riez pas! Savezvous que j'ai été aussi siu' le point de me marier? ÎNIais c'était bien différent !.. Lue vraie folie; un mariage d'amour; une ',eune fille qui ne m'apfwrtait pour dot que des vertus!... J'ai réfléchi à l'inconvenance, et j'ai rompu.
LE COMTE. Comment! M. de Monval n'a pas craint d'abandonner une jeune fille dont il était aimé?
MOWAL. Entre nous, c'était un mariage extravagant!... Une famille ridicule!... Il m'a falhi du courage!.. Mais il n'y a rien de tel que nous autres étourdis pour agir raisonnablement.
AcR : Je loge au quatrième einge.
Vrai, c est à lort nue l'on nous fionde ,
Car nou» en .sommes tous témoins ,
Sur dix sottises , dans le monde ,
Les sapje» rn font neuf au moins : (bis.)
Oui, .sans peine la raison quitte
Les f,en% qui sermonnent toujours;
On n'en a plus pour sa conduite ,
Quand on met tout dans ses discours !
LE COMTE. C'e.st souvent un devoir et non mie sottise que d'agir contre l'irsage.
MONVAL. Bah ! Il est déjà assez difficile d'avoir raison contre tout le monde ; j«igez donc s'il fallait avoir raison à soi tout seul !... J'ai s<nti cela, et je cherche à me distraire. Je vaLs retrouver à Paris d'anciens s<^)uvriiiis. (7 CJnirliitlr.) Vousdi.siez donc que la rousinc Dnlour...
CHAHLOTTK. Monsieur, elle s'est établie mercière , rue aux Oius.
MONVAL. Rue aux Ours ^..ïf^i)fÉlf Ifnrait
dit cela? y.
LE COMTE , s'approchant. Mais...
MOWAL. Laisse-moi donc : jeconnalssais M""" Chailotte Bertrand.
LE COMTE. Vous connaissiez?...
MONVAL. Mais honni soit qui mal y pense!... M"' Charlotte était une vertu sévère.
LE COMTE. Monsieur!...
MONVAL. Ne vas-tu pas prendre de grands airs parce que tu es marié ? D'ailleurs, mademoiselle appartient à madame, et j'ai trop de respect...
CHARLOTTE , ù part. Malheureuse !
LE COMTE. Qu'osez-vous dire?
LA BARONNE. Vous VOUS trompez, monsieur.
CHARLOTTE. Arthur! Arthur !
MONVAL, Que signifie cela?
LE COMTE. Que VOUS vous êtes mépris , et que voici la comte.sse d'Aiglemont.
MONVAL. Grand Dieu! qu'ai-je fait?
Mais qui se serait douté?., \eiiillez m'excuser , madame !... Et toi , mon ami, crois que si j'avais pu croire...
LE COMTE. Je ne vous en veux pas : j« ne dois pas vous en vouloir ; vous ignoriez...
LA COMTESSE. Sans doute. Allons, qu'il ne soit plus question de tout cela. Je voudrais prendre un instant de repos.