‹ [Magasin théâtralChapitre 505 sur 1545 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CHARLOTTE, endormie; LE COMTE, entrant suivi d'un domestique qui porte un riche nécessaire et le dépose sur la table à droite.

LE COMTE. Posez cela ici , et laissezmoi. Que vois-je ? Charlotte î . . Elle dort ! . La bougie briile encore.... Elle ne s'est pas couchée!., son sommeil paraît agité.

CHARLOTTE, dormant. Une... deux...

trois... Trois heures du matin!... Il ne reviendra plus !... Comme le bal est brillant!.... Que de fleurs, de diamans!....

Comme elles sont jolies ces femmes!....

Comme elles dansent bien !

LE COMTE. Pauvre Charlotte !

CHARLOTTE. Si je pouvait aussi. . non!.

Elles rient toutes... elles se moquent de moi... Dieu! sortons. (^El/e s'<'gite, fait un mouvement pour se lever et s'éveille.) Ah!... Arthur, mon Arthur!... te voilà I... tu rentres ?

LE COMTE. Chère amie, je suis rentré depuis long-teins : il est dix hem'es du matin.

CHARLOTTE. Ahî... je me suis endormie... là... je ne sais comment.

LE COMTE. Veiller ainsi! Charlotte, tu te rendras malade.

CHARLOTTE. Je lisais... je travaillais...

le sommeil m'a surprise.

LE COMTE. Tu me trompes !... ton inquiétude seule t'a fait attendre mon retour.

CHARLOTTE. Cher Arthur, pardonne!

Quand je te sais rentré dans ton appartement, je dors mieux je repose plus

tranquille.

LE COMTE. Les réunions se prolongent tard.

CHARLOTTE. Oui, bien tard.

LE COMTE. Depuis trois mois que nous sommes de retour à Paris , tu partageais

avec moi ces devoirs de la société , puis tu y as renoncé.

CHARLOTTE. Tu n'as que trop éprouvé d'humiliations à cause de moi. Arthur , ces plaisirs , tu n'en jouissais pas quand j'étais là ! Inquiet de tout ce que je disais, troublé par la crainte de me voir l'objet des railleries de tes belles dames , tu étais malheureux ! Et moi , comme je souffrais! Seule, auprès de toi, je suis parvenue peut-être à m'exprimer sans trop de ridicule ; mais , dans ces brillans salons , je me sens gauche et embarrassée ; je ne peux pas trouver une parole ; je te fais rougir!... Je l'ai vu, et je me suis dit : Laissons-lui les amusemens auxquels il est habitué ; n'ôtons rien à son bonheur, ajoutons-y seulement l'amour. Quand il sera las de ces plaisirs bruyans , il reviendra près de moi. Dans le monde , il s'amusera ; ici , il sera aimé.

LE COMTE. Bonne Charlotte ! Je ne t'oublie pas; vois ces bagatelles ; je les ai achetées pour toi... Cela te plaît-il?

CHARLOTTE. C'est charmant!.... Que tu es boa de penser à moi !

LE COMTE. Chère amie !

CHARLOTTE. Tu baises ma main comme si j'étais une grande dame.

LE COMTE , l'embrassant. L'aimes-tu mieux ainsi ?

CHARLOTTE. H y a des momens où je suis bien heureuse! Celui-ci, par exemple, je ne t'avais pas vu seul depuis bien des jours!.... Viens l'asseoir là, près de moi. T'es-tu bien amusé à ce bal ? Qui as-tu vu ?

LE COMTE. Toute ia France y était :

d'abord, la belle duchesse de La Trémouille.

CHARLOTTE, riant, la Trémouille !...

Oh ! quel drôle de nom !

LE COMTE. C'est un nom qu'il n'est pas permis d'ignorer en France.

CHARLOTTE. Ah !.. Ensuite?

LE COMTE. Quand je te nommerais

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d'autres personnes , leurs noms te seraient tout aussi iucouuus.

cn.vnLOTTE. C'est vrai !... Mais tu y as vu M»^d'Alby?

LE COMTE. Oui , sans doute.

CUAULOTTE. Et qu*a-t-on fait?

lE COMTE. Ce qu'on fait partout. M™" IMahbran a chaatc un air à'O/e/lo... Mais tu ne connais pas la musique italienne ; Ui n'as pas voulu d'une lo{je aux bouffes.

CHARLOTTE. Tu sais bien que ce n'est pas ma faute : le jour où tu m'y as coaduite , je me suis endormie au premier acte.

LE COMTE. Après la musique , ou a dansé ; on a joué à l'écarté , et l'on a soupe.

CHARLOTTE. Et les toilettes?

LE COMTE. Charmantes !.. mais dire de quoi elles se composaient me serait impossible.

CIIARLOTTE. As-tu dansé.'

LE COMTE. J'ai valsé avec M"* d'Alby.

CHARLOTTE. Elle était bien mise ?

LE COMTE. Comme un ange!... Une robe de tulle garnie de camélias...

CHARLOTTE. Ahl... Vous avez retenu sa toilette à elle!.... Avez-vous gagné à l'écarté ?

LE COMTE. Je n'ai pas joué : je suis resté à causer. On racontait des histoires si drôles et d'une façon si piquante !..

CHARLOTTE. Dites-les-moi.

LE COMTE. Il faudrait , pour que cela t'intéressât, connaître les personnages.

CHARLOTTE. C'est juste I. .. Et qui contait ces histoires .\.. M"'' d'Alby , sans doute?

LE COMTE. Elle... et d'autres.

CH\RLOTTE. Artliur!... il y a eu dans notre union un hasard nialhnuiiix ; nous ;Q'av()as eu m l'un m l'autre le tems de réfléchir.

LE COMTE. Que dis-tu?

CHARLOTTE. Pendant quclque tems, j'ai tni qu';\ force d'étudier je pourrais m'rlever jusqu'à vous... mais je vois bien qu'il

Îr a des choses qu'il faut appriiidre dès l'enànce. \ oiis-intMiiL' , vous avez renoncé à m'instruirc; vous ne me rij)reiiez plus.

LE COMTE. Tu as fait des progrès : ton langage s'est épuré.

CHAH LOTTE. Oh ! je sens bien que tu ne peux pas causer avec moi comme tu le fais. ■ avec M"* d'Alby, i)ar exemple.

THEATnAL.

LE COMTE, embarrassé!. M^'d'Aïbir^ CHARLOTTE. Près d'elle, près dc ta wiè^é,

je suis mal à l'aise : si tu savais combien j'ai besoin de trouver des gens qui ne n\e dédaignent jias ! .. . et puisque je ne pourrai jamais convenir à tes parens, permets-moi de recevoir quelquefois les miens.

LE COMTE. Je ne m'y oppose pas, si tu crois que cela peut te rendre heureuse.

CHARLOTTE. Depuis iiiou mariage , je n'ai vu aucune de mes amies d'enfance, et je t'avoue, Arthur, que je n'avais pas attendu ta permission -pour engager une cousine à venir passer la journée avec moi.

LE COMTE. A la bonne heure.

cn\RLOTTE. A propos, j'oubliais : voilà une invitation de M"'" de Vérigny. Elle m'est adressée.

LE COMTE. La sœur de îMonval. C'est à son frère que tu dois cette invitation : il a pour toi , lui , tous les égards que la comtesse d 'Aiglemont est en droit d'attendj-e.

CHARLOTTE. Tu le lui as appris ub pei> rudement il y a trois mois.

LE COMTE. Ah oui ' une jambe cassée !.., Pauvre ami! j'en ai été désolé ; c'est UD étourdi , mais il a un cœur excellent. Ohl mon Dieu, bientôt onze heures!... Pardon, ma chère amie, il faut que je te quitte ; je déjeune avec quelques amis , puis je dois monter achevai.

CHARLOTTE. Tu iras au bois de Boulogne? il y a des femmes qui savent monter à cheval? M"'^ d'Alby, sans doute ?

LE COMTE. Oui, je crois qu'oui!... Mais, à revoir , tu dois être fatiguée ; repose-toi jusqu'à mon retour.

SCEINE 11.

CHARLOTTE, seule.

Il s'en va !... Je ne sais pourquoi je me sens si agitée : il m'aime !.. j'en suis sûre ;. S'il avait préféré M'"* d'Alby, il l'aurait épou.sée... Pourquoi donc ce nom me faitil mal?.. C'est moi, moi seule qu'il aime !.. ah! si je cessais de lui plaire!... mais chassons ces tristes idées ; il faut que je m'occupe de ma toilette. Ma cousine Dutour viendra sùrenienl de bonne lieure; je me fais une joie de la revoir , de causer aver elle. ( Une femme de chambre entre. ) Sophie, je vais m'habiller; ma toilette. Air : Muse tirs Iwis.

\ mes ennuis , il ma longue IrisUstc, buii ,-imllié va d^robet' un jour }

CHARLOTTE

Des doux plaisirs qui charmaient ma jeunesse ,

Je crois «le'jà saluer le retour !

^(^anil le présent nous livre à la souffrance , ..Vers le passé qu'on aime à revenir!

Puisqu'à jamais j'ai perdu l'espérance , ■^Consolons-nous avec le souvenir.

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