‹ [Magasin théâtralChapitre 513 sur 1545 · CHARLOTTE, LE COMTE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, LE COMTE

CHARLOTTE. Je croyais avoir entendu la voix de mon père... mais vous voici, Arthur... je suis bien aise de vous rencontrer ; j'allais demandera vous voir; car je pars |»our un mois , et je vonlais savoir si vous n'aviez rien à me dire ^ si vous êtes

CHJ^RLOTTE.

^'"W^. .tTi<îf»Bi» «JwelqM^ tsms vous paraissez soufïrir... si mes soins pouvaient vous être utiles , je ne partirais pas , quelque plaisir

-^t^^>mé fasse ee voyage.

LE COMiE. Vous êtes Contente de partir?

• CHARLOTTE. J'avoue que je me réjouis - ^^ ravoir la campagne. Depuis un an, nous

• n'avons pas. quitté la ville.. . ce n'est pas un '^irèproche... je sais bien que vous ne pou- "'^iez pas revoir votre terre avec moi ;

vous vous y étiez trop ennuyé la première année de notre mariage.

LE COMTE. La solitude ne vous efFraie pas?

CHA-KLOTTE. J'y suis licibituée ici ; et j'ai su me créer enfin des occupations qui me la rendent douce. D'ailleurs , je ne serai pas seule ; mon père , mon cousin Pierre et M™" Dutour viennent avec moi.

LE COMTE. M"* Dutour, cette femme si commune !

CHARLOTTE. Elle m'a donné des soins , elle m'a consolée dans des jours bien malheureux ; sa bonté me cache ses manières et puis , je n'ai pas le droit d'être

difficile.

LE COMTE. Ah ! ne vous comparez pas à elle!... quelle différence !... (// la regarde avec altention. ) Vous vous êtes formée :

votre figure aussi a gagné! je vous

trouve aujourd'hui une fraîcheur une

gai té...

CHARLOTTE. J'avais tant souffert!

mais enfin j'ai beaucoup réfléchi.

LE COMTE. Vous avez réfléchi?

CHVRLOTTE. Oui : l'amour et le chagrin sont deux sources inépuisables de pensées. Mou esprit s'est éclairé et mon cœur s'est fortifié dans le malheur : maintenant j'apprécie la vie ce qu'elle vaut.

Air de Léocadie.

Une chimère , un doux mensonge,

Séduit le pauvre genre humain ;

On marche , et poursuivant un songe

On croit voir, au bout du chemin , ' Le bonheur, qui nous tend la main ,

Il recule sans qu'on s'en doute ;

Eh bien ! s'il se tient e'ioigne',

Prenons les plaisirs sur la route ,

C'est toujoiMS {bis) autant de gagné. {bis.

LE COMTE. Mais vraiment, voilà de la philosophie.

CHARLOTTE. Que voulez-vous? il l'a jbien fallu I Pendant long-tems une seule idée m'occupa; je ne voyais rien au-delà !.. à présent, la lecture, l'aspect de la campagne , l'amitié , les fleurs , tout a du charme pour moi ! Grâce à vous , j'ai pu faire un peu de bien ; des pauvres me bénissent, il y a des gens qui m'aiment. ... vous ne le croyez peut^tre pas ?

LE COMTE. Ah!...

CHARLOTTE. C'est qu'ils sont indulgens..

Eh bien ! tout cela compose une existence douce ; je me dis : je n'ai fait de mal à personne !... oui , vraiment, je sens que je ne suis plus malheureuse, et je me trouve aussi moins timide.

LE COMTE. Vous Serez heureuse !

CHARLOTTE. Vous riez de pitié en songeant à un bonheur qui diffère tant de votre bonheur à vous si brillant et si animé.

LE COMTE, tristement. Le bonheur !

CHARLOTTE. Vousl'avouerai-je, Arthur?

je n'ai pas toujours eu d'aussi sages idées ; je peux le dire maintenant. Vous souvenezvous de m'avoir conduite cinq ou six fois dans de riches salons? Si vous saviez combien l'éclat des lumières , des toilettes , le charme de la musique, jusqu'à ma parure à moi m'éblouissaient , moi, pauvre fille , cpii n'avais jamais rien vu? Ah ! si, au milieu de tout ce prestige , j'avais rencontré vos yeux se portant sur moi avec plaisir, avec amour , j'aurais été heureuse , enivrée et ce monde m'eût paru un délicieux séjour!... mais vous y rougissiez de moi, vos regards y cherchaient une autre.. ( Le comte fuitim moiioement, ) Non , non, ne parlons plus de cela : ce tems s'est effacé; pardon, Arthur, ne vous affligez pas!...

je ne souffre plus : ma vie est calme

que la vôtre soit brillante ! Je n'ai pas

un désir.. . je n'ai pas même un regret.

LE COMTE. Je m'étonne de tout ce que j'entends : est-ce possible ? De telles idées, de tels progrès ! . . . Mais vous étiez si jeune .'...Et les femmes... elles devinent avec leur cœur ! Cliarlotte, il n'en est aucune à qui vos idées et vos sentimens ne fissent honneur , et je reviens à peine de ma surprise.

CHARLOTTE, riant. Depuis près de deux ans, c'est la première fois que vous faites attention à moi, et que vous écoutez quand je parle.

LE COMTE, Il part. La première... et la dernière fois ?

u\ DOMESTIQUE. M. de Monval.

CHARLOTTE. Je me retire : j'ai quelques préparatifs de départ. .

LE COMTE. Mais ce n'est que pour ce soir, et je compte bien vous revoir.

CHARLOTTE. Je ne partirai pas sans vous dire adieu. Monsieur de Monval, je vous salue.

MONVAL. Quoi donc?., on parle de départ !

CHARLOTTE. Nous nous revenons dans un mois.

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