‹ [Magasin théâtralChapitre 519 sur 1545 · CHARLOTTE, PIERRE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, PIERRE

PIERRE . Ah ! quel mois nous allons passer....

CHARLOTTE. Nous reprendrons nos études et nos lectures que depuis quelques jours les préparatifs de ce voyage ont interrompues.

PIERRE. Ai-je un autre bonheur sur la terre ? Que ne vous dois-je pas ? C'est au désir de devenir digne de votre amitié et aux hemes passées près de vous que je dois le peu que je sais. Avec vous j'étais si heureux d'apprendre I

CHARLOTTE. Et moi , je n'avais point de honte de ne point savoir.

PIERRE. Depuis que vous m'avez té-

CHARLOTTE. 3

moigné de l'amitié, le malheur, qui m'ac compagnait jadis, a disparu ; mes chefi m'ont distingué , me voilà sous-lieutenant. . . Votre père en est tout surpris ; moi même j'ai peine à me reconnaître... Et cependant tout cela est si naturel auprès àù vous !.. JMes idées, mon langage se sont formées sur les vôtres ; il me semble que les mots que vous prononcez sont les seuls que j'aiuie à dire , je cherche dans les livres qui vous plaisent ce qui peut vous interresser ; et , près de vous , je me sens à mon aise , je me sens heureux. . .

CHARLOTTE. Et moi , Pierre, je n'ai pas avec vous cette timidité, cette ci'ainte que m'inspirent mon mari etles gens du monde

PIERRE. Nés tous deux dans la même classe , formés ensuite par la réflexion , le chagrin et l'étude , nos idées sont les mêmes ; nous ne pouvons rougir ni l'un ni l'autre; bien que j'admire votre supériorité , elle ne m'humilie pas , et je sens , à chaque minute, que , si les choses eussent été autrement, il y aurait eu bien du bonheur.

CHARLOTTE. Pierre...

PIERRE. Pardonnez-moi... Je ne cesse de faire des efforts pour vous obéir : je n'oublie pas que c'est à la condition qu'une froide amitié s'exprimera seule que vous m'avez permis de vous voir souvent. Jugez du prix que j'attache à ce bonheur puisque , depuis une année , je n'ai pas dit un mot de nion unique pensée dans ce monde. Ah ! qu'il faut aimer pour en agii' ainsi!

CHARLOTTE. Je suis M"*" d'Aiglemont.. .

Quel que soit mon sort, je ne peux ni ne veux l'oublier . . Mais ne parlons plus de cela , et dites-moi , mon ami , savez-vous si mon père a quelque chagrin ? Il me paraît plus soucieux depuis quelque tems, et ce matin j'ai cru voir xme larme dans ses yeux.

PIERRE. Le père Bertrand pleurer

Mon Dieu ; seriez- vous menacée de quelque malheur?

CHARLOTTE. Moi?... oh ! je ne ci-ois pas... que peut-il m'aniver maintenant?

UN DOMESTIQUE. M. de Mon val , informé du départ de M""' la comtesse, demande instamment à être reçu.

CHARLOTTE. Qu'il vienne.

PIERRE. Vous le recevez ?

CHARLOTTE. Il estle seul parmi les amis de mon mari qui ait eu des égards pour moi.

PIERRE. Oh ! oui.. 3e le sais. . J'ai deviné plus encore. .. Il vous aime !...

CHARLOTTE. Pierre..*

SCEINE XL MONVAL, CHARLOTTE, PIEllRE.

MOWAL. Elle n'est pas seule. {Ihmt.) Coniinent, madame, partir ainsi sans qu'on puisse vous voir et vous parler... Vous me pardonnerez de ne l'avoir i)as souffert et d'avoir forcé votre consijjiie.

PIERRE , // pari. Ces gens-là ne doutent de rien.

CHARLOTTE. Mais c'est un court voyage. . . et à mou retour...

MONVAL. Un mois... un court voyage. .

quand il s'agit de Jie plus vous voir ; quand pendant ce mois...

CHARLOTTE. Eh bien?

MONVAL. Des événemens peuvent changer une situation.

CHARLOTTE. Que voulez-vous dire?

MONVAL. Il peut se passer tant de choses dans un mois.

CHARLOTTE, souriant. Mais, en vérité , monsieur de Monval , si vous n'aviez pas pris l'habitude , depuis quelque tems , de parler par énigmes , vous m'inquiéteriez.

MONVAL. Vous inquiéter... Ne comprenez-vous pas , madame , que je sais tout.

CHARLOTTE. Quoi donc.''

MONVAL. Ce que vous voulez en vain me cacher; je suis instruit, vous dis-je.

CHARLOTTE. Instruit...

^ MONVAL. Et vous me pardonnerez si j'ai osé , en apprenant que vous quittiez cette maison pour jamais...

CHARLOTTE. Pour jamais ?

PIERRE. Que dit-il?

MONVAL. Si j'ai osé vous demander la permission de vous revoir. Quand nos nœuds .sont rompus

CHARLOTTE. RompuS

MONAAL. Tout ne s'est-il pas fait de votre consciittuniit .' l^onrquoi c(! mvstère?

CHARLOTTE. Attendez donc, comment..

Parlez-vous .S(''iituseuienl , monsieur de Monval?... .le ne sais ce qui se passe là...

Mais voilà une étonnante nouvelle

Quoi... je ne serais plus la fennue de

M. d'Aiglemont Pierre , cela est-il

vrai ? esl-ce po.ssihle?

PIERRE. .Te ne sais rien.. .. Mais ne m 'avez-voiis pas dit que votre père a pleuré ?

CHARLOTTE, indignée. Ah! oui... c'est cela... me repousser ainsi... Et que tout le monde le sache, quand je l'ignore encore... Mon Dieu !..

MONVAL. Comment, il s«; pourrait que vous ne fussiez pas instruite?

CHARLOTTE. Paidon , paidou... Je vous

entends à peine ; 'iifié' fti^I^'^ife)4»M»Hè-s sont là... Je suis libre... Je ne suis piuwlrip femme du conîted'ÀiglftW^iiyf'O:) :m

SIOWAL. Mais vous êtes par vos veyjifav) cl vos grâces mille fHft' iti-dë'*Q«./d(tflCiLS vains avantages que vous perdez. ! zii-i i

CHiULGTTE, Je suis Ubi^e'^' '' two.i :i.!

MONVAL. Vous pourrez enSSiÈlfè'dAiOrmais ces mots si doux à prononcet'pi'èsidij; vous : je vous aime! ' f^fo > i.i

PiERiu: , à part. Comme elle est éniuedi

CHARLOTTE, à part ^ regardant Prefvoj Combien il serait heureux de les dire î'

PIERRE , à part. C'est moi qu'elle regarde.

MONVAL. Un jour, le plus fortuné des honuues pourra les entendre de votre bouche.

CHARLOTTE , regardant Pierre. Peutêtre.

PIERRE, à part. Mon Dieu ne me

trompai-je pas?

MONVAL. Madame, si j'osais... s'il m'étais permis...

CHARLOTTE. Monsieur de Monval, ce que je viens d'entendre apporte à mon esprit bien des idées nouvelles ; c'est une autre destinée qui commence ; j'ai eu trop peu à me louer du passé , pour ne pa.*craindre l'avenir!... mais je peux vous assurer que la reconnaissance et l'amitié vous y tiendront une place... Ce serait vous tromper que voirs laisser espérer davantage.

PIERRE. Il est congédié.

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