‹ [Magasin théâtralChapitre 520 sur 1545 · LE COMTE, CHARLOTTE, MONVAL, PIERRE · texte numérisé non relu

LE COMTE, CHARLOTTE, MONVAL, PIERRE

LE COMTE , à la cantonnade. Eh bien I les chevaux de poste attendront : ils sont venus trop tôt.

CHARLOTTE. La voiture est là... Monsieur de Monval , je vous salue.

MONVAL, Recevez mes hommages respectueux.

CHARLOTTE , au comte. Je rentre chez moi, monsieur le comte. Pierre, veuillez, je vous prie , aller chercher mon père et ma cousine. Monsieur d'Aiglemont , je n'ignore plus maintenant que je vous dis un dernier adieu.

LE COMTE. Charlotte!..

cnvRLOTTE. Oui, je ne suis plus que Charlotte Rertrand.

LE COMTE. Sous ce nom vous in*avez aimé.

CHARLOTTE

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Ï.E COMTE. Non! mais votre résignation liiéiïiu m'apprenait que vous étiez malheureuse: Votre douleur muette m'était cruelle.

CHARLOTTE. Vous ne la verrez plus.

LE COMTE. Ahl quelle froideur! Quoi!

au moment de nous séparer pour toujours, vous n'avez rien à me dire?

CHARLOTTE. Rien!

LE COMTE. Me quitter ainsi !

CHARLOTTE. Et que puis-je vous dire?.

Un jour , monsieur le comte , l'idée vous prit de donner votre main, votre titre à une pauvre fille ! . . elle n'en fut pas plus fière ! . . Il vous convient de les lui ôter. .. elle n'en doit pas être plus humble.

LE COMTE. J'ai cru cette séparation nécessaire à votre bonheur comme au mien.

Depuis long-temsnous nous voyons à peine; vous paraissez m'éviter avec soin!... Et pourtant aujourd'hui j'ai senti une impres- ■(ion bien pénible, je l'avoue, quand votre père m'a présenté l'acte de séparation pour le signer.

CHARLOTTE. Il estsigné?..

LE COMTE. Oui !... mais votre nom n'y est pas encore!... vous pouvez refuser et rien ne sera fait.

CHARLOTTE. Ah!

LE COMTE. Savez- vous que, depuis plus d'une année , nous n'avions pas eu une conversation aussi longue que ce matin?

elle a bien changé mes idées!.. Mon Dieu ! comment avez-vous pu vous former ainsi?

CHARLOTTE. Vous me trouvez changée?

LE COMTE. Oui ! et d'autres que moi vous l'amont dit déjà ; car vous êtes faite pour être aimée : vous avez inspiré des sentimens vifs et sincères.

CHARLOTTE. Vous croycz ?

LE COMTE. Je le sais.

CHARLOTTE. Et c'est saus doute à cette découverte que je dois l'attention que vous daignez m'accorder aujourd'hui?

LE COMTE. Mais votre cœur aussi est bien changé ! Vous avez reçu avec indifférence la nouvelle de notre séparation ; vous m'en parlez avec calme!. . pas un regret, pas une larme!., quelle différence!., quand mes torts vous furent connus, quand vous apprîtes qu'une autre...

CHARLOTTE. Ah! oui, sans doute, alors

j'ai eu des jours de malheur, de larmes, de désespoir , car je perdais tout mon bien, votre amour! Aujourd'hui, vous nr'enlevez un nom , une fortune, que sais-je? je n'y fais pas attention... depuis long-tems il me semble que je n'ai plus rien à perdre.

LE COMTE. Vous ne me pardonnerez jamais, je le vois bien, et votre haine, votre colère...

CHARLOTTE. De la colère ? non, je vous quitte sans aucun ressentiment, et je vous jure que je ne vous hais pas le moins du monde.

LE COMTE. Ah ! c'est bien pis... vous ne m'aimez plus !

CHARLOTTE. Qu'importe ? Que ferait mon amour maintenant ?

LE COMTE. Il pourrait tout réparer.

CHARLOTTE. Non, car aucun pouvoir ne saurait faire que ces jours affreux qui ont brisé mon cœur n'aient pas existé ! Qui fera disparaître ces nuits où le sommeil se refusait à mes yeux brûlans de larmes ; ce désespoir que donne un avenir de malheiu* quand on n'a que vingt ans , et d'un malheur qu'on ne peut fuir , car chaque instant du jour vous le fait sentir ; il est là , chez vous , à votre côté ; on le trouve en s'éveillant ; il est dans toutes vos actions , dans toutes vos pensées... Ah! monsieur le comte , un mariage mal assorti est le plus grand mal du monde, le seul mal qui soit sans remède.

LE COMTE . Oh ! Charlotte, ne dis pas cela, les torts peuvent être reconnus, oubliés... On peut revenir à celle envers qui l'on fut injuste, et retrouver près d'elle le bonheur et l'amour.

CHARLOTTE. L'amour!... il s'use enfin dans cette lutte avec la douleur ; des années de larmes effacent quelques jours heureux, il ne reste plus , de ces passions qui ont agité l'ame , qu'une fatigue qui appelle le calme, la retraite et la liberté.

LE COMTE. Quoi ! si je vous disais : cet amour qui ni'entraînait vers une autre, il n'existe plus; ces préventions qui me fesaient rougir de vous dans le monde, je les ai vaincues !... je reviens à vous, et je vous redemande le bonheur, la confiance., enfin soyez à moi comme autrefois... rendez-moi votre amour.

CHARLOTTE. Hélas!...

LE COMTE. Eh bien! que répondriezvous ?

CHARLOTTE. Qu'il est trop tard.

LE COMTE. Qu'entends-je?

CHARLOTTE. Ma naissance est obscure , monsieur le comte ; mais mon ame n'est point étrangère à de nobles sentimens.

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