SCÈNE VII
La COMTESSE, CAMILLE, GAGEKOT, PON- TOIS, derrière la persienne.
GAGEROT, en entrant.
Ah! vous voici, madame?
LA COMTESSE
Eh bien! monsieur Gagerot, qn'avez-vous à nous apprendre?
GAGEROT, avec mystère.
Eh bien ! tout est fait comme il a été convenu.
LA COMTESSE
Gomment! la marquise a consenti?...
GAGEROT.
Eh I ne vous l'avais-jc pas fait pressentirdans mes lettres?
LA COMTESSE
Sans doute... mais l'accueil de Mm» de Soubiran a été si froid...
CAMILLE
A peine si elle nous adressé quelques paroles.
GAGEROT.
Une mourante!... El puis, convenez-en, vous n'étiez pas avec elle d'une parfaite intimité. LA COMTESSTv.
En effet! d'ailleurs, l'éloigncmcnt!...
CAMILLE
Et puis les circonstances...
PrxOLOGUE, SCKNE VlII.
GAGCr.OT.
Je conçois.
L\ COMTESSE
Mais, en bonnes parentes, nous nous sommes empressées de faire cent lieues en poste, pour lui prodiguer nos soins, dès que nous avons été instruites de son danger.,.
GAGEROT.
Oui... oui... oui... mais ces parentes seraientelles si vite accourues, si je ne leur avais pas écrit que la mère ou la fille pouvait être instituée légataire?...
LA COMTESSE
Ah ! monsieur Gagerot, c'est nous faire payer trop cher un avis...
GAGEROT.
Pardon, madame la comtesse, mais nous n'avons pas besoin de jouer la comédie... Vous n'aimiez pas M^e de Soubiran... elle ne vous aimait guère, et cependant elle vous laisse la meilleure partie de sa fortune.
LA COMTESSE
Vous en êtes sûr?...
GAGEROT.
A cela il y a à la fois une raison et une condition...
LA COMTESSE
Je ne vous comprends pas...
GAGEROT.
Je vais donc m'expliquer plus clairement... De toutes les personnes de \olre famille, une seule, madame, ne se montra point l'ennemie de M-^e de Soubiran, ce fut M. le marquis de Cliangiron.
LA COMTESSE
Je le sais... M-^e de Soubiran était belle, M. de CUangiron, dont la galanterie a eu trop d'éclat, se
fit son défenseur et resta son ami tant qu'il
vécut...
GAGEROT.
Son ami, oui!..etM'"e de Soubiran s'enestsouvenue à son lit de mort...
LA COMTESSE
Comment cela ?
GAGEROT.
Je demande pardon à mademoiselle de Brévise de parler ainsi devant elle... mais il le faut.
LA COMTESSE
Parlez, monsieur...
GAGEROT.
Si Mm^ de Soubiran a été bien informée, il y a eu un projet de mariage arrêté entre mademoiselle votre fille et le jeune marquis...
CAMILLE
Monsieur. ..
LA COMTESSE
Pourquoi rougir, Camille, M. de Changiron possède une grande fortune; il est de l'une des plus nobles familles de France... Sa recherche
nous honore et j'en suis heureuse, d'autant plus qu'il sait que Camille n'est point riche...
Restjerez-voiis dans les mêmes dispositions visà-vis 31. de Changiron le jour où M"e de Brévise, au lieu de recevoir de lui sa fortune, lui en apporterait une immense ?...
CAMILLE
Ahl monsieur I...
LA COMTESSE
Ma fille, ce n'est peint à vous à répondre à une pareille question; si le mariage de Camille et de M. de Changiron n'a pas encore eu lieu, c'est parce que j'ai mis une condition à mon consentement... cette condition vient précisément du manque de fortune de Camille : si, dans six mois, ai-je dit à M. de Changiron, vous persistez dans vos projets, je vous accorderai sa main...
CAMILLE
Etil persiste, monsieur... Et voilà déjà cinq mois de passés, et il écrivait hier encore à maman qu'il lui importait peu que je fusse riche; et vous pensez que si le hasard voulait que je devinsse plus riche que lui... je le refuserais ?... Ah! monsieur Gagerot...
GAGEROT.
Bien... très bien, mademoiselle... c?Ia me suffit... je vais reporter vos paroles à M^« de Soubiran... car, je dois vous le dire... c'est surtout en vue de ce mariage qu'elle a fait ses dispositions...
CAJULLE.
Connaît-elle donc Arthur de Changiron ?
LA COMTESSE
Non... il n'est jamais venu dans ce pays... (Bas.) Mais son père l'a habité long-temps... comme je vous le disais...
11 suffit... je rentre donc chez la marquise... (Entrée d'Eulalie.) Le testament va être scillé... il sera déposé par moi dans un des tiroirs de sou secrétaire... dont on trouvera la clé... au chevet de son lit... (Camille aperçoit Eulalie qui la salue.) car elle parle de ses derniers momens avec la plus admirable tranquillité... (Gagerot rentre.)
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SGÈiNE VIII.
La COMTESSE, CAMILLE, EULALIE, puis GA- GEROT, PONTOIS, caché.
la COMTESSE, revenant 5 sa fille.
Ah! Camille, pourvu qu'aucun événement...
CAMILLE
Silence, maman, Eulalie était là...
LA COMTESSE
Ah! c'est vous, ma petite...
EULALIE PONTOIS
CULALIB, humblement.
Je présente mes respects à madame la comtesse...
LA COMTESSE
Est-ce VOUS qui veillez ce soir ici ?...
J'attends les ordres de M"°' de Soubiran... à ce sujet; mais mon père désirerait me voir reposer cette nuit...
CAMILLE
11 a raison, ma petite, vous êtes bien pâle, et vous ne serez pas long-temps jolie, au métier que vous faites...
EULALIE
Je n'ai pas pensé un moment, mademoiselle, que ma beauté, si j'en avais, valût un jour de la santé de M»* de Soubiran...
CAMILLE
Vous êtes une servante dévouée!...
El'LALlE.
Une servante!...
LA COMTESSE, vivement.
Ma fille... Eulalie a été élevée au château... M"* de Soubiran la protège, et je suis convaincue qu'elle n'est pas oubliée dans son testament.
EL'LALIE
Son testament, dites-vous... Mais elle est donc bien mal? .. (A Gagcrot qui paraît.) Ah! monsieur Gagerot!...
GAGEROT.
Un moment... tout à l'heure... (Bas à la comtesse.) C'est fait!
LA COMTESSE
Le testament?
Est scellé etdéposé, comme jevous l'ai dit, dans le second tiroir à gauche du secrétaire-
LA COMTESSE
El la clé?...
GAGEROT.
Sous l'oreiller... et c'est là qu'on la trouvera en cas d'événement... (La comtesse parle à sa fille.) PONTOIS, au fond.
C'est bon à savoir...
LA COMTESSE, se retournant vers Gagcrot. Alors, monsieur Gag( rot... (A Eulalle.) (^ue fai- Ics-vous donc là à écouter mademoiselle ?
EtLALIE.
Moi, madame... je voulais savoir si Mn>c Je Soubiran souhaite que je reste près d'elle...
GAGEROT.
Non, mon enfant... non...
EULALIE
Pourquoi donc ?
GAGEROT.
Elle sait que lu es fuliguée, elle désire que tu te reposes...
PONTOIS, au fond.
Tout est lauvé! Alloni prévenir Denneville...
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EULALIE
Mon Dieu... mon Dieu... il parait cependarl qu'elle est bien souffrante...
GAGEROT, Las.
Tais-toi...
EULALIE, de même.
Qu'y a-t-il?
GAGEROT, de même.
Cette nuit... quand tout le monde reposera
tu viendras secrètement...
EULALIE, de même.
Pourquoi ce mysiére ?
GAGEROT, de même.
Obéis, mon enfunt... cette entrevue est plus importante que tu ne penses...
EULALIE, de même.
Que voulez-vous dire.'...
GAGEROT, de même.
Assez... on nous observe... (Haut.) Ah! voici M"»* Duplessis...
OOOOOOOlCOOOOOOOOCOOOâOCOOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOOOOV