SCÈNE X
M^e DUPLESSIS, EULALIE.
(Mme Duplessis allume une lampe sur la table et éteint les bougies. — La rampe baisse.)
EULALIE, sur te devant.
Ohl puissé-je la servir toute ma vie!... (Elle est pensive.) Mme DUPLESSIS, revenant du fond.
Pourvu que ce pauvre Tliomas ne soit pas tombé dans le torrent en allant à Montbéliard... (Elle s'approche de la table.) Mais voyons, puis(iue nous n'avons pas eu cette opium qui devait faire dormir la malade, raison de plus pour que je prenne mon café, qui doit me tenir éveillée...
(Elle en verse dans une tasse.) EULALIE, à part.
Comment revenir, si elle ne s'endort pas?
Bime DUPLESSIS, buvant.
Mais comme il est fort, ce café... Ah! c'est pas de la chicorée celui-là... Diable! diable!... (A Eulalie.) Je ne vous en donne pas à vous, mademoiselle Eulalie, puisque vous ne veillez pas ce soir.
EULALIE
Au contraire, vous me paraissez encore plus fatiguée que moi, et si vous le voulez, je veillerai un moment.
Mme DUPLESSIS, déjà assise, se versant de l'eau de vie.
Eh bien, prenez-en toujours une petite goutte pendant que j'achève mon gloria. (Elle boit.) Diable! diable!
EULALIE
Je le veux bien. (Elle se verse du café.)
Mine DUPLESSIS, se versant et buvant encore de l'eau de vie.
Maintenant, je peux m'étendre dans ma chambre à coucher... un petit moment, n'est-ce pas? vous m'éveillerez... C'est drôle, ce café...
(Elle s'enfonce dans le fauteuil.) EULALIE, qui a goûté le cafd.
Vous avez raison, madame Duplessis, ce café est d'une force.. .
M™e DUPLESSIS, les yeux fermés.
Sucrez! sucrez, mademoiselle.
EULALIE, qui a mis du sucre etgoûlé de nouveau. C'est étrange... on dirait...
(Elle dépose la tasse.) M"* DUPLESSIS, les yeux fermés.
Sucrez! sucrez! ... Diable! diable!...
EULALIE, la regardant.
La voilà qui s'endori déjà...
Mme DUPLESSIS, bâillant très fort.
Non! non, mademoiselle Eulalie... (Elle veut ouvrir les yeux.) Miiis c'est drôle tout de même... ordinairement ça m'ouvre les yeux comme des écailles d'huître... et aujourd'hui... ça... me...
(Elle s'assoupit.) EULALIE.
Elle si babillarde d'ordinaire...
M"" DUPLESSIS, les yeux fermés.
Sucrez! sucrez !
EULALIE
Elle iie m'entend plus. (Allant à elle.) Madame
Duplessis!... Elle dort...
(Elle se baisse pour la regarder, et par ce mouvement se trouve masquée par le grand fauteuil ; la porte du jardin s'ouvre doucement et l'on aperçoit dans le fond Pontois qui arrive avec précaution.)
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