‹ [Magasin théâtralChapitre 555 sur 1545 · TORCY, EULALIE · texte numérisé non relu

TORCY, EULALIE

EULALIE

Manuel... lu es seul?

TORCY

Oui... vous pouvez entrer... (A part.) Allons! du courage.

EULALIE

Eh bien! nous pouvons commencer. Ta toile est-elle prête?...

TORCY

Dans un instant... mais qu'as-tu Antonie? (Il la regarde.) Tu es pâle, tu es triste, tu as pleuré depuis que je l'ai quittée... Peut-être que mes reproches de tout à l'heure...

EULALIE

Tes reproches 1... Oh! non, non, mon ami!

TORCY

Mais alors! qu'as-tu donc? El serait-ce toujours ce chagrin , que je ne sais pas , quiae rend ainsi malheureuse?

EULALIE

Oh 1 je n'en ai qu'un, c'est quand je crains de ne pas faire ton bonheur.

TORCY

Ah! lu pourrais le rendre complet, en me confiant celle pensée qui te dévore et peut-êlie t'abuse...

EULALIE

Jamais! Manuel...

TORCY

Quoi! toujours ce silence!... Eh bien!... tu m'y forces, je rassemblerai mes souvenirs! je chercherai , je parlerai... j'interrogerai s'il le faut...

EULALIE

Et si lu fais ccl<i... si tu fais cela, ce sera bien mal !...

TORCY

Antonie !

EULALIE

Oh! oui, bien mal! (A part.) Il le faut, et puisse-l-il nie comprendre... ( Avec douceur. ) Écoule-moi, !\Ianuel... souviens-loi du jour où je te trouvai, eu Suisse, blessé, .meurtri, expirant dans un ravin de la montagne! Tu allais mourir là, car tu étais seul... car il fallait le désespoir qui chcrciie la mort, pour pousser une créature vivante dans cet abîme où une imprudence t'avait précipité... Je te vis sanglant, immobile, mourant.. . et celle mort que j'appelais, moi, comme un bienfait, me fit peur pour toi que je ne connaissais pas. Une idée me prit alors de te sauver la vie! il me sembla que ta vie serait devant Dieu une expiation de ma mort... Je te soulevai, j'étanchai tes blessures, je le ranimai... et, moi, faible remnie,je te traînai hors de cet abîme et je te reconduisis à la cabane où lu retombas bientôt brûlé de tièwc et épuisé de douleur, TORCY.

Oh! c'est \rai, Antonie, c'est vrai!

EULALIE

Eh bien ! le souvicns-lu que j'allais partir, moi, lorsqu'une des per.sonnes qui t'entouraient murmura tout bas : « Cet homme n'a plus une heure à vivre »? Je ne sais si, dans l'anéantissement où lu étais plongé, ce mol fatal arriva jusqu'à toi... mais je l'entendis, moi , et je m'arrêtai. C'était Dieu qui, d'abord, m'avait inspiré de te sauver, et je crus lui obéir «n restant pour le sauver tout à fait... Ainsi, le lendemain, et durant quinze jours que la mort te menaça, Manuel, tu tue trouvas toujours ù ton chevet...

TORCT.

Oh! merci, maintenant, comme alors! Merci, comme le jour où je pus comprendre que je te devais la vie.

EULALIE

Tu étais sauvé, alors...

TORCT.

Et toi, lu voulais toujours mourir !

EULALIE

Oui, Manuel, je le voulais encore; mais je n'en avais plus le courage!... C'est que tu m'avais raconté la jeunesse, tes travaux, tes belles espérances!... c'est que lu m'avais dit ton avenir de gloire et de bonheur!... c'est que, lorsque faible encore tu sortais appuyé sur mon bras, j'étais fiére, moi, jeune fille, d'avoir sauvé tout

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