‹ [Magasin théâtralChapitre 556 sur 1545 · ACTE 1, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE X

cela ! J'étais heureuse de te voir revivre pour ces espérances... Et il y avait des heures où j'oubliais dans ta vie que je m'étais promise à la mort !

TORCY

Et puis tu sentais bien que je t'aimais... EUL4LIE, tombaut assise sur le canapé.

Je vous ai aimé la première, Manuel...

TORCY , à genoux devant elle.

Mon Ântonie !

ECLALIE.

C'était un soir que vous étiez assis à mes pieds ! Manuel, vous m'avez long-temps suppliée de vous dire qui j'étais, d'où je venais, ce qui m'avait jetée dans celte affreuse montagne!... Vous avez été bien cruel pour moi, qui vous priais vainement de me laisser mon secret... Je te donnerai ma fortune, m'avez-vous dit, je te donnerai mon nom ! Ton nom, qui est bonorable et pur! ton nom, qui est célèbre et respecté... ce nom pour lequel je l*aime, moi, et que je préférerais à un nom de prince... et cependant ce non) je l'avais refusé pour me taire.

TORCY

Oui, chère Antonie!

EULALIE

Alors tu te penchas vers moi; tes yeux rayonnaient d'amour; ta voix était inspirée et tu me dis : Eh bien I je ne te demanderai plus rien, rien, jamais rien ! Tu seras pour moi l'ange qui a sa patrie au ciel et qui n'a pas de nom sur cette terre... je t'aimerai ainsi sans jamais l'interroger... je ne te prierai pas pour que tu m'aimes... tu me seras sainte... et je te remercierai de vivre pour moi, comme si tu me redonnais encore une fois la vie. Le veux-tu ainsi , mon enfant , le veux-lu?,.. Je te tendis la main... tu la serras dans la tienne, et tu m'appelas Antonie, du nom de ta mère, pour abriter au moins devant Dieu l'union que je ne pouvais pas sanctifier devant les hommes.

TORCY, se levant.

Oli! pardonne... Non, non, jamais je ne voudrai plus rien apprendre... Mais si tu savais comme je t'aime! si tu savais comme je serais fier de t'imposer au monde et de proclamer mon amour!... Et quand je vois que tu ne veux pas même qu'on sache que je t'aime! Oh! alors, voistu, ma vie est sans but! sans avenir ! je me désespère, je m'égare, je deviens fou ! Mais, maintenant, ce que tu voudras, je le voudrai; mais tu m'as pardonné, n'est-ce pas?

EULALIE, debout.

Te pardonner. Manuel! Puis-je t'en vouloir de ce qui est un malheur qui us vient que de moi? Non, je n'ai rien à te pardonner, mais j'ai encore quelque chose à te dire.

TORCY, venant sur le devant de la seine.

Oh! parle! parle!

EULALIi;.

Car il s'agit de ce passé que je ne puis l'apprendre.

TORCY

Ah ! je l'écoute.

Le jour où tu m'as rencontrée. Manuel, je te le jure, j'étais pure devant Dieu de toute faute et de tout crime...

TORCY

Ah ! c'est vrai, n'est-ce pas?

EULALIE

Tu en doutais?

TORCY

Non, non, je n'en doute pas! Je suis heureux, je suis calme et je n'en veux pas savoir davantage.

EULALIE

Pas davantage, lu l'as dit. Manuel, ne l'oublie pas ! je t'avais gardé ce témoignage de moi-même pour le jour où je sentirais faiblir ton amour; c'est le dernier mot de mon ùme que je viens de te dire... Au delà , tout doit rester mort dans mon sein. Aujourd'hui je t'ai livré la seule arme que j'avais pour me défendre... Si tu doutes jamais de ce serment, je ne le recommencerai pas! tu en douterais plus aisément encore! Maintenant, je t'ai donné tout ce que je pouvais te donner; s'il te faut des preuves, je n'en ai pas! s'il te faut mon secret, j'aime mieux mourir.

TORCY

Oh ! tu vivras ! lu vivras pour mon bonheur, et j'espère encore pour le tien... Mais on vient... c'est Lavignan... Ohl mon amie, cache-lui tes larmes. (Lavignan paraît.)

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