‹ [Magasin théâtralChapitre 576 sur 1545 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LE MARQUIS , DENNEVILLE.

DENNEVILLE , à part.

Le marquis!.... J'en étais sûr!

LE MARQUIS, l'examinant de loin.

Mais il me semble que je connais cette figure. (A Denneville.) Veuillez approcher, monsieur... Vous paraissez surpris...

DENNEVILLE, l'interrompant.

De vous trouver à la place de M. Gagerot? Non, monsieur le marquis; je m'y attendais , et c'était plutôt à vous que je voulais m'adresser I... Au milieu de voire fête , je n'avais aucun droit pour obtenir un prompt entretien, je pouvais d'ailleurs éveiller des soupçons ; mais en écrivant comme je l'ai fait , à M. Gugerot , j'étais presque certain qu'il vous montrerait ma lettre.

Et si cependant il vous avait reçu lui-même.

DENNEVILLE.

Je l'aurais prié de me présenter à vous.

Au fait donc, monsieur, car je vous reconnais maintenant : ce matin, je vous ai vu chez M. Lavignan.

DENNEVILLE.

Oui, monsieur le marquis.

Je vous écoute.

DENSEVILLE.

Je serai bref. Mais avant... je sais que l'on peut se fier à votre parole... Jurez-moi que, si le marché que je vais vous proposer ne vous convient pas, vous ne direz à personne un seul mot de ce que je vais vous apprendre.

LE MARQUIS, surpris.

Un marché, diles-vous?

DENNEVILLE.

Votre parole , et je m'explique!

Je vous la donne, monsieur.

DENNEVILLE.

Songez surtout que, par cette confidence, je joue ma liberté et peut-être ma vie!

Mais je ne comprends rien à toutes ces phrases mystérieuses, monsieur. Vous avez écrit à M. Gagerot que le nom de la femme qui habite avec M. Torcy intéressait M>»e de Changiron; il doit

EULALIE PONÏOIS.

donc m'intéresscr, et c'est ce nom que je vous demande.

DEXNEVILLE, avec mystire.

Et si la réviMalion de ce nom devait faire monter une jeune fille à l'écliafaud !

LE MARQUIS , reculant.

L'échafaud!... Que voulez-vous dire?

DENNEVILÎ.E.

Et cependant, monsieur le marquis, tel poarrait Ctre le résultat de la moindre indiscréllon.

LE MARQDIS.

Et TOUS prétendez , monsieur, que le nom de cette femme intéresse ^]'"^ de Cliangiron ? DEN\EVILLE.

Qu'il intéFCSsc surtout M"» de Brévise ! LE MARQUIS, avec teneur.

M"* de Bré\isc'!... Oli ! mon Dieu!... serait-ce l'infortunée?... Mais non! non... car elle est morte.

DENNEVILLE.

Monsieur le marquis, voulez-vous m'écouter un moment sans m'inlerrompre?

Parlez, monsieur. (A part, avec douleur.) Oh! non, non, ce n'est pas possible! Elle est morte !

DENXEVILt.E.

D'abord, pour vous livrer mon secret, je vous demande cent mille francs.

LE MARQUIS, s'eniportant.

Monsieur! osez- vous bien?...

DEXNEVILLE, avec caline.

SoitI je ne veux rien!... mais alors je ne dirai rien.

LE MARQUIS , à part.

Oh! cela doit se rattacher à ce crime! (Haut.) El qu'avez-vous donc à m'olfrir pour cette somme?

Cent mille livres de rentes pour cent mille francs, monsieur le marquis, ça n'est pas trop cher... ça vaut mieux que ça; mais enfin, j'ai fait mon prix.

Vous cxpliqucrez-vous?

DENN'EVILLE , avec mystf-rc.

Le testament de M"'" de Soubiran existe.

LE MARQUIS, surpris.

Le testament I

DENNEVILLE.

Je sais où le trouver.

La malheureuse qui a tué M"»' de Soubiran ne l'a donc pas détruit?

DENNEVILLE,

La malheureuse Eulalie Pontois est aussi innocente que vous de celte mort.

Innocente , as-tu dit ?

DENNEVILLE.

Innoccnlc , j'in suis certain.

LE MABQDis, avec feu.

Eulaliel.,. Ahl prouve-moi cela; prouve-le moi! et je fais ta fortune.

J'accepte; car peut-être endirai-je assez à cette jeune fille pour qu'elle puisse prouver elle-même son innocence,

La prouver elle-même.'... Qu'as-tu dit là?.,. Mais elle vit donc !... mais Eulalie vil donc ?

DENNEVILLE.

Comment, monsieur le marquis.,, vous n'avez pas encore deviné?...

Que la femme qui est chez M. Torcy...

DENNEVILLE.

N'est autre qu'Eulalie Ponlois.

Eulaliel

DENNEVILLE.

Eulalie, elle-même!

LE MARQUIS , avec feu, à part.

Oh ! j'aurais dû la reconnaître à tant de beauté; oui, ce portrait qui m'avait frappé ce matin , c'était bien là la dignité, l'œil , le calme et le front élevé de mon père... Ah ! je pourrai donc enfin remplir son dernier vœu... (A Denneville.) Et tu es sûr... non pas qu'elle est innocente, car maintenant je n'en doute pus, moi!... mais tu es sur que lu pourras le prouver,..

DENNEVILLE.

Oh ! je n'ai pas dit cela, monsieur le marquis. Je ne l'assure pas, mais je l'espère. Et d'abord il nous faut le leslamenl.

LE MAKQUIS.

Tu ne l'us pas?

DENNEVILLE.

Nous l'aurons avec de l'argent... Mais il est un danger plus grand ù prévenir, il faut nous hâter, car je frémis des projets de Paul Vermond... LE MARQUIS.

Des projets de Paul Vermond?

DENNEVILLE.

Il a juré de pénétrer chez M"""" Torcy,,. cl s'il décou\re qu'Antonie n'est autre qu'Eulalie.,, LE MARQUIS.

Mais il ne la connaît pas...

DENNEVILLE.

Pas plus qu'elle ne le connaît, je le sais; mais cet honiine a un instinct du mal qui le pousse lu où il doit trouver sa dernière victime. LE MARQUIS.

Quelles ont donc été les autres?

DENNEVILLE.

M"« de Soubiran 1... Ponlois, qu'il a poussé au crime; moi, (pi'il en a fait le complice...

El vous ne craignez pas?...

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