PENNEVILLE
Et moi, l'on m'oublie ?
PAUL
Adresse-toi au marquis.
Quoi qu'il arrive, je tiendrai ma parole... Voici ce que j'ai promis.
PAUL
Maintenant, Vaudrillan, va chercher le testament.
VAUDRILLAN, à part.
Ohl que j'ai élé bien inspiré, quand j'ai pris cette précaution!...
PAUL
Eh bien! m'as-tu entendu?
(Paul pread la table et la pose au milieu de la pièce.)
VAUDRILLAN.
Oui... oui... (Il ouvre une feuille du parquet et en relire le testament.) Le voilà !
PACL.
Pose-le sur cette table.
Le voilà.
Ca?
VAUDRILLAN.
DENNEVILLE.
PAUL , s'avançant de l'autre côté.
Voici la reconnaissance du marquis et la mieime. Prends, Vaudrillan.
VAUDRILLAN.
C'est en règle.
Où voulez-vous en venir enfin?
PAUL, i droite.
Je reste à la place où je suis; j'ai mes armes, prenez celles de Dennevilie... Placez-vous en face de moi à l'extrémité de celle chambre... Marchons ensemble sur celte table , et le testament appartiendra à celui de nous deux qui y arrivera vivant.
Une pareille lutte avec vous, jamais!
PAUL
Avez-vous peur, marquis?
Je vous ai dit que vous pouviez m'assassiner.
PAUL, courant à lui.
Jfalédiction sur vous qui m'y forcerez!
DENNEVILLE, se jetant entre eux.
C'est ce qui ne sera pas... J'ai amené ici le marquis, il s'est fié à ma parole, et ce sera à moi que tu auras affaire.
PAUL
A loi? Mais si je te tue, Dennevilie, le marquis restera pour me dénoncer... Non , non , ce n'est pas possible.
DENNEVILLE.
Ce sera pourtant comme ça. A nous deuxl
PAUL
Vaudrillan, souffriras-lu cela?
VAUDRILLAN.
Ça ne me regarde plus.
PAUL, les pistolets bas.
En ce cas, tire, Dennevilie !... Marquis, vous êtes un lâche.
C'est juste, monsieur, personne ne peut prendre ma place danscelie querelle. Vosarmes, monsieur, vos armes!
PAUL, reprenant sa place.
Enfin!... Dennevilie, tu vas frapper trois coups dans la main , et au troisième nous partirons... Dieu sait pour qui sera la chance.
LE MARQUIS, 5 l'autre extrémité.
Dieu sera-t-il juste?
EULALIE POMOIS.
DENNEVILLE.
Etes-vous prêts?
LE MARQUIS et PAUL.
Oui.
DENNEVILLE.
Les pistolets sont armés?
LE MARQ13IS et PAUL.
Oui.
DENNEVILLE.
Attention! Un... deux... trois.
(Tous deux lèvent ensemble leurs pistolets sans bouger, se visent et tirent. — Tous deux cliancèlent.)
Vous êtes adroit, marquis. (Il jette une montre à terre.) C'était une magnifique montre de Lépine. LE MARQUIS, à qui SCS pistolets ont échappé. Vous êtes heureux... Je ne porte pas de bijou au bras gauche.
PAUL
Ramassez votre pistolet, marquis. Doune-le lui, Denneviile.
Eh bien 1 soit.
PAUL
A loi, Denneviile.
DENNEVILLE.
Un... deux... trois.
(Ils marchent l'u.i sur l'autre ; le marquis s'arrête eu chancelant.) PAUL, s'arrétant aussi.
Voulez-vous me laisser ce testament, et vous contenter de ma parole?
Non, non, monsieur !
PAUL
Vous pâlissez, marquis... La douleur est plus forte que vous.
Eh l)icn 1 fuiissons-en. (Il va jusqu'à la Uble et tire son pistolet, qui ne part pas.) Malheur!... (Il se trouve en face de Paul, qui marche jusqu'à lui, le pistolet dirigé sur sa poitrine.) A vous, monsieur. PAUL, mettant la main sur le tesument.
A moi le testament!
LE MARQUIS, l'arrêtant.
Tirez d'abord, monsieur ; vous le prendrez après. PAUL, apn.s l'avoir encore ajusté à bout portant. Non, marquis... Seulement, souvenez-vous que je n'ai pas daigné vous tuer...
Tirez donc, monsieur 1
PAUL
Non... et je vous donne ma parole de ne rien dire contre la femme que vous protégez...
Et, si vous faites cela, monsieur, je vous pardonnerai tout.
PAUL
C'est trop de générosité... Quant à loi , Denneviile , je devrais te casser la tête... mais maintenant je me moque de vous tous... Adieu... ce n'es que d'à présent que je suis riche! (Il sort.)
LE MARQUIS, chancelant.
Ah ! c'est affreux !
VAUDRILLAN.
AL 1 ça... est-ce qu'il va mourir T LE MARQUIS, tombant sur une chaise que lui apporte Denneviile.
Vous direz... à iVI^^de Changiron...
VAUDRILLAN , posant ses pistolets.
Que lui donner?... Mais , s'il meurt , ma ruse est inutile.
DENNEVILLE, s'emparant des pistolets.
Et s'il vit, ce sera la même chose.
VAUDRILLAN.
Qu'est-ce donc? que veux-tu dire?
Que tu as livré à Paul un faux testament.
VAUDRILLAN.
Ce n'est pas vrai.
DENNEVILLE.
Imbécile! c'est toi qui me l'as fait écrire.
VAUDRILLAN.
Juste ciel ! on vient... C'est peut-êti-e Paul I
Ah ! c'en est fait 1 (Il s'évanouit.)
(En ce moment , on frappe à coups redoublés contre la porte d'entrée ; elle est enfoncée , et parait , sur le seuil , le juge suivi d'un greffier et de quelques soldats. Le |uge fait signe à ses gens de s'emparer de Vaudriilan.)
VAUDRILLAN, effrayé.
Non I c'est la justice.
(Denneviile soutient le marquis, et le rideau tombe au moment où le juge cl les soldats descendent la scène.)
FIN DU QUATniËME ACTli:.