GASPARDO , CATARINA
GASPARDO , réfléchis -mnt. On a vulegouverneur rôder auprès d'ici.\. qui l'y amène ?.. Dis-moi, femme !..
CATÂRiiNA. Que veux-tu , mon ami -*
GASPARDO. Depuis le jour où cet accident a conduit ici le gouverneur... il n'y est jamais revenu , n'est-ce pas ?
CATARINA, précif)ilammenl. Jamais!..
GASPARDO. Ainsi , lu ne l'as jamais revu ?
CATARINA , à part. Est-ce qu'il soupyonnerait?,.
GASPARDO. Dis...
CATARINA. Je ne l'ai jamais revu.
GASPARDO. C'est peut-être le seul homme qui t'ait vue, sans se dire : Qu'elle est belle !.. El j'en remercie Dieu , car... s'il t'avait dit cela... mais , n'y songeons pas.
CATARINA. Son empressement n'aurait (ait qu'exciter mon mépris.
GASPARDO. Oh ! je n'ai jamais douté de loi, Cnlarina... toi ! ma foi! ma vie ! Mais l'amour de cet homme est une passion brutale qui a pour complices l'anathènie et la violence , et contre laquelle
la vertu ne peut rien N'a-l-il pas
cruellement enlevé la sœur de Piélro , qui gardait à Kaphael son ame et s;i beauté?., n'a-t-il pas dé.solé vingt fanules?.. Etre auiiée de lui, (îatanna , c'«',si être condamnée... Depuis quelques joins, on l'a vu près d'ici... malheur à la fcuime qui l'y amène !.. ou plutôt, mallirur à lui!
CATAUI\A , hjinrt. Mon Dieu ! que me préparpz-vou.s ?
(iAAPARDU, J'nhservntil . Que penses-lu, femme ?
CATARINA. Je pense , Ga.spardo. aue si
j'étais en butte à la passion du gouverneur, moi , qui dois conserver à la lois la pureté de l'épouse et de la mère , je pense que je me souviendrais que ton stylet est suspendu à ce mur , et que je défendrais ton honneur , comme tu défendrais ma vie.
GASPARDO, souriant. Bonne Catarina!..
mais il te tuerait !
CATARINA. Mieux vaudrait te laisser veuf que déshonoré.
GASPARDO. Et Ion petit enfant?
CATARINA. Le ciel ne l'abandonnerait pas... et d'ailleurs les chagrins d'une mère flétrie, désespérée, n'enipoisonneraient-ils pas sesjours d'enfance , ses plaisirs de jeune homme ?.. Mieux vaudrait pour lui n'avoir jamais connu la sienne... 11 y a,Gaspardo, des liens entre les époux, que la mort seule doit briser.
GASPARDO. Que lu mérites bien tout l'amour que peut contenir le cœur d'un homme!.. Que tu es belle !.. Si le gouverneur t'approchait!..
CATARINA. Dieu nous gardera d'un si grand malheur, tant que lu seras près de moi, Gaspardo... éloignons ces tristes idées... ( approchant un escabeau. ) Asseyons-nous près l'un del'autre... et par Ions de notre enfant .. de son avenir...
GASPARDO. Raphaël et Piétro m'attendent à la taverne ; il est l'heure , je vais partir.
CATARINA. Je l'en prie , Gaspardo , ne me quille pas ce soir..
GASPARDO. El pourquoi ?..
CATARINA. Celle révolte des condottières a mis sur pied tous les gens du guet... sois prudent , ne sors pas.
GASPARDO. S'ils viennent à moi, je leur dirai : L'on m'avait enfermé dans le marché pendant l'action... que me voulezvous?.. Va , ne sois pas inquiète... je reviendrai bientôt.
CATARINA. Ne me quitte pas, Gaspardo... je suis souffrante.
GASPARDO. Tu l'es toujours quand je veux sortir.
CXTARINA. C'est que mes nuits sont si loiijjiies. .. et puis... {pleurant) je souffre d'être toujours seule , abaiNionnée...
GASPARDO. C'est ça... pleure, maintenant... pleure; c'est toujours la même chose chaque fois que je vais à la taverne... tu pleures... moi que ça attriste... je souffre là-bas , tandis que lu le chagrines ici... c'est aujourd'hui comme hier... ce sera demain comme aujourd'hui... cane peut pas changer... rh bien ! que la volonté de Dieu soit faite... il faut bien que
(JASPA i'.[»0.
je m'y résigne... D'ailleurs, j'ai donné ma i parole... Adieu... ( Revenant près d'ei/e. )
Allons, ne le désole pas. . . voyons.. . lais.se- i
moi partir heureux... et viens lu'enibras- j
ser. {Il l'ifiibrasse.) Je reviendrai bientôt. !
(Il sort.) I
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