‹ [Magasin théâtralChapitre 7 sur 1545 · SCENE VI. I · texte numérisé non relu

SCENE VI. I

CATARINA, seule, puis VISCOiNTI , RICCARDO , UN EsTAFiER. I

CATAniNA. Il est parti , et maintenant, j'ai peur... Si je le rappelais... si je lui disais tout... Oh ! non, n'appelons pas un malheur qu'avec l'aide du pasteur nous parviendi'ons peut-être à éviter , et prions la madone en attendant son retour.

(File s'agenouille devant une petite vieige. Un esta fier entre silencieusement et fait signe h Visconti, ijui entre de la même manière, suivi de Riccaido.)

VISCONTI, à Vestujier à demi-wd i. . Maintenant, veillez à cette porte. ( L'estajier so'f. yi part. ) Respectons sa prière. ( A Riccardo, à demi-oui'x : ) Tu es bien sûr , lliccardo, que Gaspardo n'est pas ici?

RlCCAfiDO, de même. Je viens de l'en voir sortir, et prendre le chemin de la taverne, où il va, comme d'habitude, trouver ses deux compagnons.

VlSCOMl. C'est bien. {S'approchant de Cnturi/ia, ri ele^^ant la voix.) Que vous êtes belle ainsi, Catarina!

OATAItlNA , effrayée. Quelqu'un !.. ce sont eux.

(Elle se lève.) VISCONTI. Pourquoi vous effrayer?..

Dites-moi, pour qui donc priez-vous avec tant de ferveur?

CATAUi.XA. Je priais pour mon époux et mon enlanl, et je demandais à Dieu la force et l'espoir.

VISCONTI. Et dans cette fervente prière, pas \n\ mot pOur !e prince ?

CATAïUNA. Chaque jour, les piètres prient pour vous, monseigneur.

VISCONTI. Oh! je doniieiais toutes lem s prières pour une Sv'ule de vous, qni remplissez ma pensée; car, tandis que la femme du ])euple oublie son souverain, le souverain se sonvieul de la femme du peuple. Je suis sans cesse occupé de vous, Catarina; je mauiiis votre passé; je vous plains dans le présent, et je lis dans votre avenir ; dans le j>assé, je vous vois cruellenœnt jetée aux mains du grossier Gaspardo.

CATÀniNA. C'est moi qui l'ai clioisi, iiio;!S(i<iiieur.

VISCONTI. Et cette piemiere faute, Catarina , entraînera plus tard le repentir, comme le ferait un péché mortel. Dans [jj présent, je vous vois tristement abandonnée par cet homme qui vous délaisse pour la taverne ; et dans l'avenir , je vous vois mère d'un enfant qui , suivant la route pernicieuse que lui aura tracée son f)ère, vous rendra malheureuse... et je dis alors: Mon Dieu! faites que Catarina comprenne mon a-mour et ma pensée; qu'elle suive un noble seigneur qi^i s'agenonilleradtvant sa beauté qui se fane inaperçue... et nous élèverons tous deux son enfant, qui gran» dira, riche de vertus et d'espérance.

CATARINA. La vertu n'est pas à votre cour.

VISCONTI. Vous la jugez bien hardiment, madame.

CATARINA. Je la juge d'après vous, seigneur, vous qui venez ici, souillant les lois de la religion et de l'humanité, pour arracher au pauvre homme sa femme et son enfant... tout ce qu'il aime après Dieu.

VISCONTI. EU bien! oui , la beauté de Catarina a mis au cœur du prince \n\ amour coupable, peut-être, mais un amour dévorant et profond... et je vendrais pour toi, femme, ma gloire, mes titres et mon ame. {Arrachant son collier, et le Jetant à ses pieils.) Je donnerais pour toi ce collier que le pape a béni... Viens, obéis une fois au maître qui désormais t'obéira toujours.

CATARINA, uoec fierté. Il vous serait plus facile, monseigneur, de vous faire suivre par la statue de marbre qui se tient debout sur la tombe de votre mère, que par l'épouse de Gaspardo.

VISCONTI. La statue me .suivrait, si je la taisais porter derrière moi par mes gens.

CATARINA, après a<<oir regardé le stj lel. Mais la femme résisterait.

VISCONTI Peut-être pas, si je lui disais: Catarina, dans quelques jours, il te faudra mendier.

CATARINA, vioement. Avec Gaspardo?

VISCONTI. Non, seule.

CATARINA, rfjrayée. Que voulez-vous dire?

VISCONTI. Je veux dire que Gaspardo, compromis aujourd'hui , sera juoscrit demain.

RICCARDO, à part. Il se fâche enfin !

CATARINA. C'est infâme, monseigneur ..

c'est injuste... mais je suis préparée à tout... il n'y a pas de loi qui puisse empêcher la femme d'un pro>JCiit de l'accompagner... je suivrai Gaspauio.

VISCONTI. Et c'est pour l'empèclier de

MAGAbl.N IIIEATKAL.

l'accompagner plus tard, que je veux qii-.- In me suives à cette heure.

CATARINA. Je no vous suivrai pas.' V1SC0^TI. Je t'y forcerai.

CATARINA. Jamais !

Ric.CAnno, s'afipivcluint. Seigneur, pour tiitraiiier la lionne dans le })icge, l'adroit (.ijasseur emporte d'abord ses lionceaux.

VISCOMI, se dirigeant vers la vuiile. Tu as raison, Kiccardo, j'emporterai l'enfant, et la mère me suivra.

CATARii^A, qui a décroché le stylet^ lui harranl le passage. N'entrez pas là, duc! malheur, rialheur ! si vous touchez à mon enfant.

VISCONTI. Armée!. Sachez, ma belle, qu'en nuit d'auïour , le gouverneur Visconti porte une cotte de mailles à l'épreuve du fer, et qu'il rit de la femme qui s'arme contre lui.

CATAUINA, effrayée. Au secours, au secours !

\isr.O!«Tl. N'appelez pas... les portes sont gardées... la mort à qui viendrait.

CATARINA, désespérée. Ohl mais, je suis perdue.

viscONTi. Comprends-tu maintenant qu'il faut me suivre?

CATARIMA. Grâce, monseigneur... je suis mère... grâce î

VI.SCONTI. Tu as repoussé mon amour , et tu denjandes ma pitié ?

CATARINA, à genoux. Je VOUS la demande à genoux pour mon pauvre enfant.

VISCONTI. Je vous oflVe un asile à tous deux .

CATARINA. IMais un asile de honte et de désolation... Laissez-moi par pitié.

viscON'Ti. Te laisser!.. Sais-tu, Catarina, que je me suis abaissé jusqu'à être jaloux du pécheur Gaspard©?

C\T \XK\W, se relevant. C'est mon époux, seigneur.

VISCONTI. Oui, ton époux mauv'it.

CATARINA. Mon ppoux, que Dieu garde !

viscoNTi. Qui pourtant te perdra.

CATARINA. Seulement, si je meurs.

VISCONTI. Et j'aimerais mieux te savoir 1 orle pour tous, que vivante pour lui. CATARINA, avec «aime. Si vous me tuez, iii onscigneur , la femuu; de Gaspardo sera tu orte pure.

VISCONTI, fitneux. INIaU'diction !

CATARINA. Dites plutôt miséricorde.

VISCONTI, nvrr rage. I.a vassale me de- 6e !.. A mo>, mes esiafiers!

CATARINA , dese-p'-iT.. St:i;;neur, mon Dieu 1 vous m'avez doue condamnée !

VISCONTI, o»/r C5^//îrr.f. Qu'on entraîne ciltr ft nuiic.

CATARINA, fuyant dans le fond. Lâches, lâches !

VISCONTI. M'avez-vous entendu?

CATARINA, aux estafiers qui se précipitent sur elle. Lâches! [Se frappant de son stylet.) Vous m'emporterez mourante.

(Elle tombe dans leurs brM.)

VISCONTI, effrayé. Elle s'est frappée... la malheureuse I

CATARINA, mourante. Mon Dieu! proté* gez mon enfant... Duc, sois maudit!

(Elle menrt.)

VISCONTI. Peut-être que des secours pourraient encore...

RICCARDO. Appeler du secours, monseigneur, serait tout révéler... Cette femme était folle.

VISCONTI. Mais, elle était si belle !

RICCARDO. Elle vous préférait un manant.

UBE VOIX lointaine sur le lac.

Gai voyagcarde nuit, Rame sans bruit.

VISCONTI. Une voix!..

(Ils écoutent.)

Quand la femme sommeille, Quand l'amour la re'vcille, Et quand il est minuit.

Rame sans bruit, Gai voyageur de nuil.

RICCARDO, partant, tandis qu'on entend chanter au-dehors. C'est la chanson de Gaspardo ! Fuyons, monseigneur... suivez le bord du lac, et moi, le chemin de la colline.

WSCO^Tl^'aux estafers. Vous, messieurs, le justicier à des ordres à vous donner, hâtez-vous. (Leur je/aiit une bourse.) Votre silence vous est payé, pariez. (Lfs estafers sortent.) Demain, Gaspardo ne sera plus à craindre.

RICCARDO. Il approche, monseigneur...

hâtons-nous.

VISCONTI. Parlons.

(Ils sortent de deux cAtcs opposes. On entend tout pris le refrain de la nhansoii. Gaspaidn parait dans sa barque, s'arrête, en descend, et entre dans sa rabane en appcliint. )

SCEMii VIL

GASPARDO, CATARINA, mortr.

GASPARDO. Calarina... me voilà de retour... ne te désole plus .. Oîi es-tu donc ? {La"0)antàterrv.) Elle dort... Croyez donc les femmes... « Qu.^nd je suis seule, Ga»- " jiiiido, mes nuits sont si tristes, mon in-

GASPARDO

» quiétude est si grande.» Et, tandis que je m'empresse de revenir, elle dort !.. Mais j*ai cru , je crois encore... Du sang!.. Catarina frappée!., du secours!, du secours ! Catarina... tu ne me réponds pas... ton cœur ne bat plus!., morte! oh! malheur! Mon Dieu, Seigneur.. (5'c redressant.) Qui me l'a tuée? qui, qui donc? {A la madone.) Sainte Vierge ! Sainte Vierge des Dou leurs, dites-moi qui m'a tué ma femme... montrez-moi son ombre, une trace de son

pas !.. une trace !... un signe quelque

chose enfin! — {Après afoir cherché, il trouoe le collier. ) Un collier ! celui dn gouverneur!.. Oh ! Visconti ! Visconli !.. {Se mettant à pleurer.) Tu l'as choisie pour sa beauté... et tu l'as tuée pour sa vertu!.. Oh ! mais, je te tuerai, moi... {Se traînant vers le mur.) Des armes !.. des armes !...

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