‹ [Magasin théâtralChapitre 616 sur 1545 · MARTI X · texte numérisé non relu

MARTI X

Salut, madame la coniiesse.

tES PAYSANS.

Salut, marne la comtesse.

CHAMPUIS.

Salut, mame la comtesse... (Saluant Valentine.) Vol' serviteur, mamselle... vol' santé est bonne?...

TA COMTESSE

Bonjour, mes enfaus, bonjour!

GRAIN d'épi, aux paysans.

Dites donc, vous qu'en disiez tant de mal tout à l'heure, vous les saluez bien bas à présent... (A Valentine.) Eh ben ! mamselle, vous v'ià donc tout à fait rétablie 7

VALENTINE

Merci, je vais mieux... beaucoup mieux maintenant.

LA COMTESSE

Chère enfant !... sans elle que serais-je devenue?... Ah 1 le ciel ne pouvait pas me réserver cette nouvelle épreuve!... Il devait conserver ma fille à ma tendresse... ù mes prières...

CHAMPUIS.

Et aux nôl's, mame la comtesse .. à celles de tout le village...

GRAIN d'Épi , lui donnant un coup de poing. Satané cafard, va I

LA COMTESSE

Ah ! c'est vous, Cbampuis... Eh bien! la moisson a-t-elle été bonne cette année?

* CHAMPUIS.

Pas trop, mame la comtesse, pas trop .. J'ons eu ben à souffrir d' la sécheresse... Pas tant seulement une pauv' goutte d' pluie... Les aveines ont séché sus pied... et les blés ont été grillés par la chaleur. Y n' tombe jamais d'eau, danse' maudit canton!

VALENTINE

Et vous, père Martin, la vendange?

MARTIN

Oh I la vendange, mamselle... ça n'ira pas fort non plus... Les raisins ontéié nayés... Une vraie avalanche,quoi !...¥ pleut toujours, dans ce damné pays!...

GRAIN D'ÉPI

Escusez 1 y n' tombe jamais d'eau: ynleut toujours!... En v'ià deux que le bon Dieu aurait du mal à contenter.

CHAMPUIS.

Ah ! faut être jusse... y a ben d' la misère c't* année dans 1' pays, sans compter les mauvais voisins qui cherclient à vous faire du tort 1... Tu connais ça, toi, Martin?

MARTIN

De quoi?...

LA COMTESSE

Des querelles entre vous!... On m'a parlé , je crois, de vos différends... et je veux vous mettre d'accord.

CHAMPUIS.

Vous, mame la comtesse ?...

LA COMTESSE

Oui... et pour finir vos querelles, je doone à chacun de vous un demi -arpent.

TOUS

Un demi-arpent !,..

CHAMPUIS.

Comment ! vrai, mame la comtesse?

MARTIN

Et où que se trouve le mien ?

CHAMPUIS.

Où qu'est celui que mame la comtesse ms donne?

LA COMTESSE

Juste au milieu de vos deux champs...

CHAMPUIS et MARTIN, étonnés.

Ah bah!...

BRIGOT

Bon , c'est ce qu'y z' y ont pris depuis longtemps.

LA COMTESSE

Voilà qui assure vos droits et qui fixe la Kmite de la propriété de chacun.

CHAMPUIS.

Ah ! c'est... c'est c't arpent-là que mame la comtesse nous donne.

LA COMTESSE

Oui, mes amis... et c'est assez juste : il y a si long- temps que vous soignez mon champ comme s'il vous appartenait, que je ne pouvais le placer en de meilleures mains.

(Quelques coups de cloche se font enteadrCt et plu*

sieurs paysans entrent dans l'église pendant l'a**

trée d« Lucien et de Marguerite.)

LES PAYSANS

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Les Mlmes, LUCIEN, MARGUERITE.

GRAIN d'Épi, remontant la scène.

Tiens, c'esl m'sieu Lucien, le médecin du tïIlafe.

LUClE^f, dojinant le bras à Marguerite.

Venez, ma mère... J'ai voulu vous accompagner jusqu'à l'église.

MARGUERITE, à part, avec un cri «l'effroi. Ciel!... la comtesse et sa fille!

VALEXTiiSE, à part.

M. Lucien 1...

LA COMTESSE

Ahl c'est vous, docteur... Pourquoi donc ne vous voit-on plus au cbàleau?

LUCIEN, s'inclinaiit.

Madame la comtesse...

LA COMTESSE

Peut-être aver-vous oublié les soins empressés que vous avez donnés à ma fille pendant sa maladie... mais nous, monsieur, nous nous en souvenons... et nous attendions votre visite... MARGt'ERITE, à part, et très émue.

Que dit-elle?

LA COMTESSE

Il faut venir, monsieur le docieur... aujourd'hui même, entendez-vous?... Nous serons charmées de vous voir... et de vous voir souvent. MARGUERITE, à part.

Grand Dieu!

Puisque madame la comtesse le permet.. . j'aurai rhoiineur de me présenter chez elle.

LA COMTESSE

Allons, Valenline , rendons-nous à l'église... (A Lucien.) A bientôt, docteur... N'oubliez pas qu'on vous attend au cliàteiju.

(Les clocties sonnent. Lucien salue respectueusement.

— Valenline et sa mère s'éloignent en faisant un

signe amical au docteur, et entrent dans l'église.) MARGUERITE, à Lucien, avec émotion.

Au château !... Non... non... lu n'iras pas!... tu n'y es déjà que trop allé dans celle maison.,. Oh I tu n'y retournera plus , n'est-ce pas?... Tu me le promets?

LUCIEN

Pourquoi donc, ma mère?... N'ai-jr pas donné des soins à la jeune comtesse?

MARGUERITE

Oui, nais je l'ai su trop lard.

LCaEN.

J« r»i uuvée, ma m^re !

MARGUERITE

Et si la science t'avait trompé... si Valenline était morte, malheureux... Sais-lu bien ce qu'ils auraient pu dire?

LUCIEN

Ma mère, vous m'effrayiez... Parlez 1

IMAnCUERITE.

Eh bien ! celte mort cruelle qu'ils pourraient attribuer à l'ignorance d'un autre... ils auraient dit que toi...

LUCIEN

Achevez...

DOMINIQUE, au fonrl.

Pauvre aveugle, s'il vous plaît?

MARGUERITE

Oh ! non, non, je ne dois pas, je ne veux pas te révéler... Ne m'inierroge plus, Lucien, el laisse-moi aller prier Dieu...

(Elle se dirige vers l'église.) DOMINIQUE, au moment où Marguerite passe devant lui.

Pauvre aveugle, s'il vous plail?

MARGUERITE, lui donnant.

Priez pour mui, Dominique... car je suis bien malheureuse aussi !...

(Elle entre vivement dans l'église. — Pendant cette scène, les cloches ont sonné. — Plusieurs paysans et paysannes entrent dans l'église. — Dominique se tient à la porte, tendant son chapeau aux passans; il y entre après les autres.)

LUCIEN, à part, sur le devant.

Que se passe-l-il donc dans l'âime de ma mère?.-. Aurait-elle deviné ce que je voudr;iis me cacher à moi-même?... Moi, pauvre médecin de village... fils d'une humble paysanne... aimer une jeune fille noble el riche... En vain Je médis sans cesse qu'il y a de la démence ù y penser... en vain je voudrais la fuir.... en cet instant encore, je me sens attiré vers elle... dans ce temple où je devrais prier... el où je n'entre que pour la voir I... (Il entre dans l'église.) CRAMPUIS.

Biih I elle s'est moquée de nous ; mais c'est égal, c'esl tout d' même une bonne femme que c'ie comtesse de Luxeuil !...

BRIGOT

Ah ! ça, la crème des femmes!...

MARTIN

Et sa fille donc !... c'esl elle qui vous a du miel sur les lèvres...

BRIGOT

El pis, pas fière du tout avec 1' paysan.

CHAMPUIS.

Oh ! ça, beii aim;ible .nver 1' paysan.

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