IM PAT»1M
VAUDOYER
Ah ! avec des écus... qu'est-ce qu'on n'n fus?
RAOUL
Il suffit, monsieur... vous serez paye.
VAUDOYER
Tout de suite ?
Le temps de réaliser la somme iiccci^sairc.
VAUDOYER
Ça peut mener loin...
RAOUL
Eh bien !... dussé-je vtndre dès demain, et à vil prix, quelques arpens de vignes ou de bois, je n'hésilerai pas, pour retirer do vos mains celle signature.
VAUDOYER
C'est juste... vous pouvez vous acquitter Comme ça; mais, si vous vendez une partie de vos terres pour payer celte lettre de change, il vous faudra en vendre une seconde pour solder les quarante mille francs que voilà.
RAOUL
Qu'ai-je vul...
VAUDOYER
Ordre : Jean Barillon...
RAOUL
Mais... monsieur...
VAUDOYER
Et après Barillon... (Sortant un papier.) nous avons Dutournel... que voici... ( Sortant un autre papier.) et encore Morisseau que voilà... deux créances capables d'engloutir, à elles deux, toutes les fermes qui vous restent; si bien qu'il vous faudra vendre le chûleau lui-même, afin de rembourser les effets Delamarre que j'ai l'honneur de vous représenter. (Il lui montre d'autres papiers.) RAOUL, chancelant, vient s'asseoir à l'avaut-scènc.
Ah! c'est une horrible trahison!..
VAUDOYER
Une trahison ?... Comment, monsieur le comte, j'ai confiance en votre signature , et vous appelez cela une trahison 7 Je place ma fortune sous la sauvegarde de votre honneur, et vous appelez cela une trahison?... Vos lettresde change courent les rues de Paris, les bureaux d'escompte et les tripots d'agiotage ; moi, je les réunis toutes, j'empêche que le nom de notre illustre seigneur ne s<t déconsidère, ne s'avilisse; je vous apporte en masse chacune de vos erreurs, et vous appelez cela de la trahison!... Ah! monsieur le comte, vous n'éles pas juste, et le pauvre marchand de bestiaux attendait mieux que ça de votre seigneurie.
RAOUL
Trêve de raillerie, monsieurl... Je suis à votre merci, je le sais... mais je m'acquitterai.
VAUDOYER, s'étendant dans un fauteuil.
Ahl jeune homme, jeune homme, rar[;(iit tst bien rare par le temps qui court.
US PAYSANS
HAOIL, allant ù Vaudoyer comme pour 1^ fuiie IcNcr. Monsieur 1...
VAlDOTKn, tranquiltemcDl, s'alloiigeant tlanâ le
fauteuil.
Ils sont très doux les fauteuils du rhùleau. nAOï.'L, se couTrant et avec une b^u^quc impaticuco. Voyous, parlez, monsieur... .que voulei-vous? quVxiRez-vous?
VAtliOYEK, se levant et remettant aussi son clia|ieati
sur sa tête.
Moi!... Deux cent mille francs... Voilà tout.
RAOUL
Mais... si je ne puis payer?...
VAU DOTER
Ne vous inquiétez donc pas.. . le château paiera pour vous.
RAOCL.
Le cliaieaul... (A part.) O ma mère!... ma
mère!...
VAUDOYER
Je ne vous prends pas en traître, monsieur le
eomte, je suis en mesure... Et si, dans trois
jours... tons ne vous êies pas libéré...
Ri^OUL.
Assez, monsieur, assez... N'ajoutez pas la menace à tout ce que je viens d'entendre ; songez que vous n'éles pas encore maître ici... songez que je suis chez moi... et que la patience pourrait
m't^chi.pper!...
VAWDOTER.
(.e ne serait pas un bon moyen pour achcler la mienne, monsieur le comte.
LA CO.UTESSE , cn (leliors.
Raoul'. Raoul !...
Ma mère!... (A Vauiloyor ) Sorlez, monsieur, sorltz !... ou je vous fuit chasser!... VAUDOYER, aveccoUre.
A charge de revanche, monsieur le comte, quand le rhùleau m'appartiendra!...
(Il sort, mais se tient en vue du public, sur le seaildc 13 poile ouverte. — La porte de droite s'ouvre ausîitoiit Valeniinr entie cn courant.)
ocoeeotoooooooeooeoooeeevooeucojcooeoooooososoooMo
SCÈNK IX.
RAOUL, VALENTINE, LA COMTESSE, puis
JOSEPH, DO.MESTIQUES.
VALENTINE
Raoul !... ma mère à tout appris!...
RAOUL
Grand Dieu!... (Vaudoyer disparaît.)
LA COMTESSE , pâle et défaite ; elle tient un papi< r à la main.
C'est donc lui... c'est donc cet homme qui peut nous chasser de notre demeure!...
RAOUL
Que dites-vous ?
LA COMTESSE
Tiens 1... lis... C'est un acte de vente... Un acte d'expropriation!... Mais cela n'est pas possible... Expropriés, chassés... nous !... Obi c'est un rCte, n'est-ce pas?...
Oh! tout est perdu !...
LA COMTESSE
Ainsi, ils vendront celte demeure... iU l'arracheront d'ici, toi, mon fils bien-aimé !... Je veirai mes cnfuns plongés dans la ruine!... dans la misère!... Oh! non, non, je ne verriii pus cela ; Dieu me permettra de mourir avant ce comble d« malheurs. (Elle lomhc évanouie dans un fauteuil.) VALENTINE.
Ah! mon Dieu!... ma mère!... (Elle saisit une sonnette et l'agite.) Du secours, du secours!... (Entrent Joseph et plusieurs domestiques.) Venez, venez tous... (S'approchant de Raoul.) Raoul, ce qu'elle a dit est vrai... elle en mourra...
RAOtL.
Mais que pouvons-nous faire? mon DieuT
VALENTINE
Attends!... Toi, ne la quitte pas. (Aux doniisiiques. Veillez bien sur ma mère... (Elle prend un châle et un chapeau.) pendant mon absence. RAOUL.
Où vas-tu donc, Valentine?
VALENTINE
Chez cet homme, mon frère!...
ACTÏ-: DI'XXIEMK.
THOISiÙME TABLEAU. — Z.A FE&MX.
l iir salU; donnant sur la conr do l;i Irrmc, k.oni ou voit la porte d'entrée. — A gauche, une porte donnant
sur lo Jardin.
HOUDARD, Paysans, DOMINIQUE.
(Au Ipver du rideau, Houdard écrit sur un vieux rr- Kisire. — Dant la conr, les ouvriers iriivailleni, rruirent de» fourrages; d'autres battent le grain.)
Hni:nAnD Tout PS» en rèp;le... li M. Vaudoyer peut venir
quand ça lui plaira. Il trouvera tout en bon état. (Fermant son registre et regardant l'Iiemc au coucou.) Bientôt deux heures... Pourvu que 1' père Dominique ne manque pas...
DOMINIQUE, paraissant à la porte de droite, deuxième plan.
r;in\re nxeugle, s'il vous plaît?
AGTI*: 11, lir TABLEAU, SCÈNK lil.
nOUDARD.
Cesl lui !
DOMI^IIQUE.