‹ [Magasin théâtralChapitre 642 sur 1545 · CHAR MOU LU · texte numérisé non relu

CHAR MOU LU

Laisse donc, ça fait toujours plaisir de se rappeler ses jeunes années... Un jour donc... tu \iens me trouver à la brune: « Charmoulu, que lu me dis, il y a un bon coup à faire, en eslu? D Je voyais bien dans tes yeux quelque chose qui me faisait peur; mais, ce jour-là... j'avais soif.

VAUD01ER

Tu as accepté... et depuis...

CHAUMOULU.

Vas si vite... J'ai accepté, et le soir même, à onze heures, nous escaladions ensemble le mur du parc des Luxeuil ; lu me conduisis par un escalier dérobé... et un quart d'heure après...

VAUDOYER

Tais-toi.

CHARMOULU.

Un quart d'heure après , y avait un homme de moins et un assassin de plu<...

VAUDOIEIU

^olre crime fut égal...

CHARMOULU, Pas du tout... Moi j'étais vcisu pour prendre... et non pas pour tuer!... D'ailleurs, tu sais bien que c'est loi, loi seul qui l'^s frappé , toi qui as emporté la cassette... une cassette qui renfermait quatre cent mille francs...

VAUDOYER, rcdfsceudant.

Tu mens...

CHARMOULU.

Qu' t'es bête, va... Pour qui que tu cries ça , pi.sque nous n' sommes que nous deux? Je disais donc quatre cent mille francs que je t'ai laissés sans dire un mot, sans rien réclamer, et sur lesquels (u m'as donné de temps eu temps une méchante petite pistoie; et t'as cru que je m'en contenterais toujours?.. . Oh '. que neiini, mon homme, oh !que nenni.

VAUDOYER

Et pourquoi avoir attendu jusqu'à présent?

CHARMOULU.

Je vas te le dire : le comte mort... j'ai eu peur...

VAUDOYER

Peurl...

CHARMOULU.

J'ai eu peur... et j'ai fait ce petit calcul... Si jai de l'argent... une grosse somme... je suis si maladroit... je me connais; avec ma soif perpétuelle, je me trahirai, ctma fortune me perdra... Vaudoyer, au contraire, esl un finot, lui ; y trou-

vera le moyen de mettre tout ce bien là au grand jour, sans qu'on se demande ni ce que c'est, ni d'où que ça vient... Et je ne m'étais pas trompé, va !... T'as d'abord acheté quèque pauv' tôles de bestiaux, que t'as yendues au marché , puis un peu plus, un peu plus, et toujours comme ça en augmentant; si bien qu'à force de racheter et de revendre, à force de spéculer dans le pays et à la ville, y s'est trouvé qu'un jour on disait que Vaudoyer devait avoir pour le moins cent mille livres à lui...

VAUDOYER

Cent mille francs ^.. Tu es fou!..

CHARMOULU.

Alors t'as agi largement, t'as acheté de grandes terres et des grands troupeaux, et aujourd'hui t'a» quatre cent mille francs à toi !...

VAUDOYER

Quatre cent mille francs !... C'est faux!...

CHARMOULU.

Quatre cent mille francs ben avérés, ben connus de tout le monde ; et tu peux me dire, à moi qui vais m'arranger pour l'avoir sauvé la vie : « Charmoulu , v'Ià la moitié de ce que je possède. » Je refuserai... d'abord; mais j'acceplt-rai ensuite, et je recueillerai enfin tout 1' fruit de ma patience et de mon attente, et je me trouverai à mon tour gros richard comme toi, sans inquiétude, sans peine et sans danger... V'ià mon calcul, mon homme, et je ne le crois pas mauvais.

VAUDOYER

Mais si je refuse...

CHARMOULU.

D' partager?... Je l'y forcerai... j* suis en mesure...

VAUDOYER

Tu me menaces... moi... Tu me connais pourtant bien... tu sais qu« je serais capable...

CHARMOULU.

De me tuer?... Mais tu me tuerais, mon pauv' ami, que j' serais encore en mesure!...

VAUDOYER

En mesure I

CHAnMOULU.

J'ai amassé cent écus... C n'est guère; m<»is c'est assez pour deux choses... la première, faire uu testament...

VAUDOYER

Un testament...

CHARMOULU.

Que j'ai placé avec mes cent écus c!:cz le notaire de l'endroit, à seule fin que si je me périssais d' mort subite, on ouvrirait ce testament, où je raconte...

VAUDOYER

Quoi?...

CHARMOULIT.

La mort du comte do I.uxMiil

Si

i.ns PAYSANS,

TAUDOYEn.

Tu as écrit cela, mallieiircux!...

ClUr.MUULU.

Toulaii long. Tu vois que, si tu me tuais... ça ne te mèiuTail à rien de ben l)on ; car il te faudrait encore occire M. le notaire... et un homme de loi, ça a la vie dure.

VAUDOTEn.

Mais si je refuse sinipli-nient de pîrTlagrr, tn n'oseras pas te dénoncer pour me perdre...

CH.XRMOLLII.

Non; mais je filerais à l'élranger, et une fois là, je nous dénoncerais bil et bien tous les deux, et je donnerai la preuve de ton crime. VA U DOTER.

La preuve ! il n'y en a pas !

CHARMOULU.

Yen a, mon pauv' Vaudoyer, y on a inio surtout, |his terrible que toutes les dénoncialions, pus arriib'anlp... qu'un aveu que tu ferais toimètne...

•V'AUDOYEn,

C ntest pas- vrai... Tu me l'aurais dite ! cnAimnui.u.

Pour que tu me la détruises'?... Allons donc, bêta I... Je le l'ai caèliée pour l'avoir à mon service... le jour du grand partage, et ce jour-là est venu. Tiens, v'Ià du monde qu'arrive, je vas te fournir une occasion pour être grand et généreux.

V4UnOYFJ{.

Prends garde! Churinoulu , prends garde I Je ne te dis qu' ça !...

CIIAnMOULU.

Allons, v'Ià quelqu'un, sois gentil.

CH..bOOOOOOOOOOOO00O0OOO0O3O00JO0OJOOg0OJ0d030J00OJ0

SCÈNli VIII.

LES MÊMES, PHŒBTJS, GHALN D'ÉPL

URAIN D'ÉPI , préoédaiii l'Iiœbus et lui montrant le chemin.

Par ici, mon bourgeois, par ici; neusy v'Ià à la ferme.

CBARMOULU, h paît.

Grain d'Épi !... un étranger!... V'Ià ee qui m' faut.

PHOEBUS, saluant Vaudoyer.

Monsieur... c'est au propriétaire de la firme du Boi»-Ménil que j'ai l'honneur de pariir?

VACDOYER.

Oui, monsieur.

IMKJLBI s.

Alors, monsieur, c'est bien vous que l'on m'a indiqué comme l'Iioiiime le plus lioniiôte et le plus vrrtueui de tout le pays?

CitAiM D'tfl, à paît.

U> plus verlueui !,.. Eh bru I cl moi ?

YACDOYER.

Moi ?... Mais, monsieur...

CBAUMOULU, à part.

A mon affaire! (Haut.) Et on n' vous a pas

trompé sur son compte, monsieur; même que

pour on pauvre petit service que j'y ai rendu , ce

bon M. Vaudoyer veut me combler de bienfaits.

GRAIN D'ÉPI

Ah bah!

PHCœBUS.

Ali ! la reconnaissance est une jolie vertu...

VAUDOYER

Allons, te tairas tu?...

CHAUUOULII.

Non!... j' me tairai pas!... Je vous fais juge, mou bourgeois... si ça vaut la peine... Ce bon m'sieu Vaudoyer traversait 1' bois hier au soir... en même temps que j'm'en venais d'Ia ville... mon fuiîil sur le bras, l'histoire d'abattre, par ci, par là, un marte pour m'amuser...

GRAIN d'Épi, à part.

Vieux gueusard d' braconnier, va!...

CIlAI\MOULtT.

V'Ki qu' tout d'un coup... un gros animal débouche d'une allée, en courant drel à c'i honnêlc homme que v'Ià...

PHœscs.

Ah ! mon Dieu I

CH.^RMOULU.

C'était un loup... un horrible loup, un loup énorme... un loup...

PHOEBl'S.

Un loup fabuleux, enlin...

CHARMOULU.

Juste, tout ce qu'il y a de plus fabuleux.

VAUDOYER, à part.

Où veut-il en venir?

ClURMOULU.

Moi, je ne perds pas la léte, je l'ajuste, cl je l'abats raide mort à ses pieds... Mais...

PHOEBCS.

Ahl... quel sang-froid, quel courage!... C'est un beau trait!

CHARMOULt'.

C'est une misère, quoi... ça vaut vingt francs à la mairerie... mais lui!... il m'appelle son sauveur... son frère !... Et v'Ià que, quand vous êtes arrivé, il exigeait que je vienne habiter sa maison. piioF.nus.

Oh! bien !... ohl très bien!...

VAUDOYER, à part, en se levant.

Hum! l'effronté coquin...

CHARMOULU.

Oui, il veut que je demeure avec lui Cl pour toujours, mon bon monsieur.

VAUDOYER, avec COliTT.

Oh! ( harmoiilu!... Charmonliil...

Page 1