‹ [Magasin théâtralChapitre 650 sur 1545 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

VAUDOYER, puis CHARMOULU.

VAUDOYER

Oh!... j'ai cru que tout mon courage allait m'abandonner!... En écoutant celle voix si pure el si douce... en voyant se lever sur moi ces yeux si beaux et remplis de larmes... j'ai senti mon cœur s'allendrir !.. Uii feu dévorant, inconnu, étrange, me brûlait à la fois la poiiriiie et la lêlel... Valenline !... oh ! qu'elle élail belle ainsi!... Non, non !... je veux qu'elle parle!... je veux qu'elle quitte ce pays!... je veux que le château soit vendu !...

cnARMOuru.

Vendu!... le château vendu !... Ce que j'ai entendu dire élait donc vrai?... El c'est loi, toi qui veux que cette vente ait lieu?...

VAUDOYER

Sans doute... et pourquoi ne le voudrais-je

pas?...

CHARMOULU.

Pourquoi I... Je l'ai dit qu'il y avait conlre

toi une preuve terrible!...

VAUDOYER

Eh bien ?...

CHARMOULU.

Eb ! j' suis bcn forcé de le la faire connaître

maintenant... car, sans ça, lu vas loi-méme l'apprendre à tout le monde...

VAUDOYER

Moi !... mais parle donc ! mais parle donc, malheureux!...

CHARMOULU.

Écoute... C'était le lendemain de c'te nuit fatale,quand on pénétra dans la chambre du mort... On m'appela, avec d'autres, pour aider à enlever le corps!... Je monte... j'entre en tremblant... Tout à coup cette preuve terrible frappe mes yeux!...

VAUDOYER

Mais quelle preuve?

CHARMOULU.

La voilà!... Au moment où nous nous sommes enfuis, le comte respirait encore...

VAUDOYER

Grand Dieu!...

CHARMOULU.

Sentant qu'il n'avait plus assez de voix pour appeler, plus assez de force pour se lever sur ses genoux et pour sonner, il a vou'u, du moins, laisser un avertissement i\ la justice, un indice certain pour la guider d;ins ses recherches; el, se traînant jusqu'à la muraille, il avait tracé lou nom...

VAUDOYER

Mon nom !...

CHARMOULU.

Ton nom... queje voyais là, écrilavecdusang!. .

VAUDOYER

Hoireur !... Non, ce n'est pas vrai I... Tu veux m'épouvanter!... Oh! n'est-ce pas, n'est-ce pas, Charmoulu, que tu me dis ça pour me f.iiie peur ?...

CHARMOIIIU.

Peur?... C'est pour l'empêcher de le livrer toimême !...

VAUDOYEH.

Et comment ne l'as-tu pas effacé?...

CHARMOULU.

Demande-moi plutôt comment je l'ai vuseul?... comment j'ai pu dérober à Ions les yeux ce nom tracé par lui?... Un meuble élait là, un priedieu, je crois... je i^uis parvenu à le pousser au» près... Et lorsque les magistrats eurent fini de verbaliser, lorsqu'on eut emporté le défunt... la chambre a élé fermée... firmée pendant quioz.; ans!... Mais depuis quinze années, cette menace satiglaiitc est là, toute prête à éclater, à te perdre dèsqu'ob pénétrera dans cetlechambre funèbre!... El tu veux que le château passe à de nouvcanx maîtres?...

VAUDOYER

Oh ! non, non !... je ne le veux plus... je ne le veux plus maintenant I...

Ll S PAYSANS,

CHAnMOULU.

EL! que Tas-tu donc f;iire alors?...

VAi DOYEU, allant à une table et se incitant A écrire. Attends !... Oui, c'est mon unique diance de salut... Je me sauverai deux tous... (Bas, en désignant Charmoiilu.) et de lui...

CnARMOUUI.

A qui écris-tu là?...

VAUDOYEK.

Au comte... à la comtesse de Luxcuill... Tiens,

va, porte cette lettre, et dis-leur à quel prix ilî peuvent échapper à la ruine !...

CHARMOULU.

J'y cours... (Revenant sur ses pas.) Mais ù nous deux la fortune!...

VAUDOYER

A nous deux le cbùteau!...

CHAHMOtLli.

Bien, bien!...

Page 1