‹ [Magasin théâtralChapitre 708 sur 1545 · PROLOGUE, SCÈNE X · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE X

MONTECLAIN.

Et le soldat qui la gagne 5 sou service doit être fier de la porter.

Monsieur le marquis de Montéclain, je n'ai pas besoin de vos leçons... Venez, Lucile...

MONTECLAIN.

Pardonnez-moi celle-ci, général ; elle est bien humble, près de celle que vous m'avez donnée il y a quelque mois...

LR GÉNÉnAL.

J'ai fait mon devoir de bon citoyen, Monsieur.

MONTECLAIN.

Vous devez donc aimer ceux qui le font aussi., et le mien était de vous dire qu'AIy a fuit le sien aussi bien que le plus brave soldat que vous ayez connu.

LE GÉNÉRAL

Je n'en doule pas, monsieur. Je puis être séparé de vous sur beaucoup de questions... mais je suis convaincu que Christophe est brave, et je sais qu'en servant sous vos ordres il avait devant lui l'exemple du courage et de... Voilà tout... Venez, ma fille...

(Ils saluent Monléclain, qui s'incline profondément devant Lucile, et ils entrent dans l'auberge accompagnés des jeunes gens, amis de Montéclain. i KÉROUAN, à Aly.

Et toi, va prendre ma place avec ta cousine... Je resterai dans la tante... je vais donner le dernier coup de main à mes petits poneys.

(Aly sort du côté de la lice; Kérouan entre dans la

tente.)

SCÉiNE X.

MONTECLAIN, BRIAS, puis LÉONA.

MONTECLAIN, à part, suivant de l'œil Lucile. Ah ! qu'elle est belle !

BRIAS.

En vérité, Monléclain, j'admire la courloisie pour cet aigre vieillard...

MONTECLAIN.

Regarde sa fille.

BRIAS.

Le fait est que ce serait une belle vengeance I...

MONTECLAIN.

Une vengeance!... Fi donc.Brias!.. Contre une enfant innocente, chaste, pure?... ce serait la dernière des lâchetés.

BRIAS.

Tu l'aimes, cependant !'...

MONTECLAIN.

Je ne sais pas...

BRIAS.

Comment I tu ne sais pas ?...

MONTECLAIN.

.Non... je l'ai rencontrée 5 Paris, où son père

était venu la retirer du douvenl, en même temps que la fille de ce vieux Kérouan que tu viens de voir.. Il y a un an à peu près.

BRIAS.

Il y a un an ?... Mais c'était le moment où le ministre de la guerre te renvoya en Algérie, pomfaire cesser le scandale de tes amours avec l'illustre Mercedes, la danseuse espagnole.

MONTECLAIN.

Erreur, Brias... c'est moi qui demandai à partir.

MONTECLAIN.

Uu soir, à l'Opéra, je vis entrer une jeune fille, dans une loge eu face de la mienne... A son aspect, ce fut pour toute la salle un frémissement d'admiration. Tu sais si j'ai l'esprit contrariant... J'avais deviné Lucile à sou père et à son frère qui l'accompagnaient.,, et je me misa soutenir, avec la plus imperturbable obstination, qu'elle était laide et commune. J'étais avec Cavaillan et Delortal... lu sais, ces lions à la suite, qui n'ont ni l'esprit d'inventer un habit, ni le courage d'avoir une opinion. Ils se rangèrent de mon avis... jamais je ne les trouvai plus niais et plus plais. Cependant on continuait à admirer, à chucholler.. je fus assezsot pour essayer de lorgner Lucile, en riant, avec une persistance peu polie... Le général de\int paie et Liici!c*rousit... Je me détournai... non devant le regard foudroyant du général, mais devant un rayon de lumière, calme, limpide, céleste, et venu des ytux de Lucile. Je me jetai avec humeur au fond de ma loge, car Mercedes venait d'entrer en scène, et la salle avait éclaté en applaudisscmens... Tous les regards, toutes les admirations, tous les transports s'étaient détachés de celle Ij'anclie et naïve eufunl pour s'adresser à ma belle Espagnole, qui courait, qui bondissait, qui volait sur la scène, et que, pour la première fois, j'étais seul à ne pas applaudir... (Léona paraît.) Car, enchaîné par je ne sais quelle force aimantée, j'épiais Lucile du fond de ma loge... j'admirais ses joies nnïves, ses élonncmens enfantins, ses virginales émotions... et, malgré moi, je me disais : « Oui, U\, sur celte scène est la beauté, la fougue, la passion, l'éclat de la conquête, l'envie de mille rivaux... mais là-bas est l'innocence, le calme, la dignité... l'eslime dans l'amour, la sécurité dans le bonheur...» Et peu à peu je Os si bien, je rêvai tant à ce contraste, et à cet ange posé là devant moi, que le soir même...

BRIAS.

Tu aimais Lucile?

MONTECLAIN.

Non; maisj; n'aimais plus Mercedes... et le lendemain je partais pour l'Algérie.

BRI.iS.

El tu as bien fuit .. Que diable veux-tu qu'il arrive de bon de ton amour pour Mlle d'Eslcve ?

iO

LA CLOSKRIK DliS GKiNÊTS

LéoNA.

Je \a\a tous le dire, Drias.

BUIAS.

Jescrnis curieux de riippiTiidrc.

MONTÉCLAIJf.

El ujoi aussi... voyons, Léoua, qu'ariivera-l-ilî

LÉONA

Il a;iiveia que vous ferez si bipii, que la jeiUK» fille s'apercevra de voire amour, si ce n'est déjà fait...

MOÏÏTÉCLAIN.

Très bien... très bien !..,

II arrivera que la pelile personne en sera Irès flaltée... car enfin, l'hommage du marquis de Monlécluiu mérile qu'on le remarque...

MOSTÉcr.AlX, s'inclinant et à mi-voix.

Vous avez de la mémoire, Léoua.

lÉONA.

Mais, il arrivera, d'un ui.tre côlé, que le père b'aperce\ro, à son lonr, des œillades passionnées du nnirquiset des tiiginales éniolions de la fille... il melira le premier à la j)orle...

MONTÉCI.AIN.

J'y suis depuis long-temps.

LÉOXA.

Alors, il bouchera les fenêlres, il cli>î(reia la demoiselle... M. de Monléclain, qui est un don Juan, comme tout le monde sai', ue voudia pas faire moins queGti.'m.in, qui ne connaît pas d'oh- •lacle : il séduira les \r\\v[$ du ciel où ]os;< ra cet ange, il Icnlera des escalades salaniqiics. .. De son côlé, la jeune personne accueillira ces tentatives amoureuses avec d'auiaul plus d'empiTssement que son père le lui défmdra avec plus «rob-slinalion... On pleurera, on criera, ou se désolera... et. comme le père resiera implacable, on organisera un enlèvenieni, une fuile... et l'ange aux blanches ailes tombera du ciel dans les bras de M. de Montéclain.

BIIIAS.

(iela me parait assez probable.

MONTÉCLAIN.

<jeci me semble du d-rnicr vnlv'aire ; et, comme je n'ai aucune envie d'être ridicule... je pars pouf Nantes dans deux heures...

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