ACTE TROISIÈME
Le théâtre représente un salon avec trois portes au fond, dont deux sont à pans coupés. ~ Celle de gauche ouvre sur les appaitemens du général, celle de droite sur la cour dn château, celle du milieu sur les jardins. — Porte, au premier plan à gauche, de la chambre do Lucile. — Table, fauteuils, une chaise longue.
Le Général, sur la chaise longue, KÉROUAN, DOMINIQUE.
LE GÉNÉRAL, avec une amertume contenue.
Vous avez raison tous deux ; j'ai eu tort... je me suis laissé emporter comme un furieux... et le mal n'est pas si grand que je me le suis imaginé...
KÉROUAN
Le mal est grand, mais il n'est pas irréparable... si...
LE GÉNÉRAL
Comment donc !... mais c'est la chose la plus simple du monde... M. de Montéclain trouvait ma fille à son gré... Il eût pu me la demander en mariage ; ça se faisait du moins comme ça, de mon temps... et je crois que ça se fait encore comme çà chez ces idiots de bourgeois qui sont en arriére de leur siècle ; mais M. de Montéclain est un homme delà vraie noblesse d'autrefois, et un véritable lion de la jeunesse d'aujourd'hui : il a pris un autre chemin, il a séduit ma fille, il l'a déshonorée... et il faudra bien que je la lui donne, s'il veut bien l'accepter... c'est beaucoup mieux ; et tu vois, Kérouan, que nous ne sommes que des imbéciles, des ganaches, qui ne sommes plus à la hauteur de notre époque...
DOMINIQUE, bas, à Kérouan.
Il me fait peur, Kérouan... Il en deviendra fou... ,
KÉROUAN, bas.
C'est pour ça que je n'ose pas lui dire la vérité.
Aussi, je suis de votre avis, maintenant... Toi, Dominique, tu vas aller à la Closerie des Genêts; lu verras cette prétendue nourrice, tu l'interrogeras... et je suis sur que tu me rapporteras de bonnes nouvelles... Tous ces bruits ne .sont que des calomnies... cet enfant n'a jamais existé... Va, va, Dominique... je le vois revenir d'ici content et satisfait. Quant à toi, Kérouan , je te remercie d'avance de la démarche que lu vas faire prés de M. de Montéclain... Tu le sermonneras bien, n'est-ce pas?... c'est un bon maître qui t'écoutera respectueusement... Il se repentira... et nous serons tous heureux... Allez... et faites bien les choses... je vous attends...
DOMINIQUE, bas.
Profilons de la permission , Kérouan... d'abord pour le petiot... et puis, je la retrouverai peutptre à la ferme...
KÉROUAN, bas.
Pourvu qu'elle ne se soit pas réfugiée chei M. de Montéclain !
DOMINIQUE, bas.
Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! quel malheur I
KÉROUAN
Prends gardeI...(Au général.) Ecoute, Simon...
LE GÉNÉRAL
Que je ne vous gêne pas... Restez donc ensemble ; continuez à causer tout bas. C'est pour mon bien , n'est-ce pas?...
KÉROUAN
Oui, pour ton bien... et tu n'es pas franc avec nous.
Moi!...
KÉROUAN
Oui, toi!... car, enfin, tu fais semblant de ne plus être en colère, tandis qu'au fond de l'àme, je suis sûr que tu roules quelque sinistre projet.
LE GÉNÉRAL
Que faut-il donc pour vous contenter!... Il y a quelques heures, j'ai crié, j'ai menacé, je vou. lais tuer tout le monde... Vous m'avez dit qu'il fallait me calmer... je me suis calmé; j'ai pleuré alors, et j'ai voulu me tuer, moi... Vous m'avei 9'it qu'il fallait me consoler... je me suis consolé.. Que voulez- vous de plus ?...
DOMINIQUE, bas.
Je vous dis que la tète déménage... qu'il n'y a que la vue de sa fille qui le ramènera. Il faut qu'il la voie. Je vais la chercher...
KÉROUAN , bas.
Et moi, je vais chez le marquis.
DOMINIQUE
Quoique vous puissiez dire, général, il y a dans tout ceci quelque chose de plus ou de moins que je veux savoir et que je saurai... Je vas à la Closerie dos Genêts.
LE GÉNÉRAL
Va, mon garçon, va...
KÉROUAN
Et si M. de Montéclain ne répondait pa comme il le doit, souviens-toi, Simon , qu'avant qu'il fût mon mailre... j'étais ton ami.
LE GÉNÉRAL
Oui, vous êtes mes amis, je lésais... mes vrais amis... Allez... allez...
DOMINIQUE
Je serai bientôt de retour.
LA CLOSERIE DES GENÊTS
KÉnOLAN.
El moi aussi. Du courngc cl de la patieuce, et bicnlôl nous saurons la vérité tout entière.
(Ils sortent.)
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