‹ [Magasin théâtralChapitre 796 sur 1545 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

BDCHOT.

Qu'esl-ce qu'il y a donc?

BOYEB.

Il y a qu'en montant, j'ai trouvé cette pauvre femme assise sur une marche de l'escalier.

MABIE.

C'est que ma mère est si faible... Nous revenons de la consultation... Et quoiqu'il n'y ait pas bien loin d'ici à l'Hôtel-Dieu... elle était si fatiguée, qu'elle n'a pas pu mouler jusqu'à notre sixième.

ROYER

Et vous la laissez là, sur l'escalier... une femme malade, entre quatre airs... Vous ne pouviez pas entrer ici?...

M'ue PASSAGER.

Oh! on n'entre pas chez les gens, quand on doit trois mois de nourriture et de loyer. LA JUÈRE l'aigcille, avec trisieste.

Ah ! madame!...

AIAR1E.

Par pitié!...

ROYER, à Mme Passager.

Silence, la vieille... silence!...

jline PASSAGER, une pile d'assiettes sous le bras. Ah ! par exemple ! je ne pourrai pas parler chez moi!

ROYER, lançant les assiettes par la fenêtre, à chaque mot qu'il dit.

D'abord, quand nous sommes ici, vous n'êtes plus chez vous, vous êtes chez nous...

jime PASSAGER, avec indignation.

Ce sont mes neuves !

ROYER

Silence! et allez chercher un bouillon à cette pauvre femme!...

M^e PASSAGER.

On y va ! (Elle sort.)

ROYER

Allons, la mère, ne vous faites pas de chagrin... la santé reviendra... Le malheur n'est pas toujours à la porte des honnêtes gens... El avec une bonne fille comme ça...

LA MERE l'aiguille.

Oh! elle est mon seul appui, ma seule consolation...

ROYER, à part.

Quel beau brin de fille!... (Haut.) Et ça travaille?...

LA MÈRE l'aigcille.

Ab! le travail... manque quelquefois.

Et la faim ne manque jamais. (Mme Passager rentre.) Allons... prenez-moi ce bouillon... ça ne vous chargera pas l'estomac. (Elle boit.) Et maintenant, remontez chez vous, ma brave femme... et consolez-vous. . que diable! il y a encore de bons cœurs dans ce bas monde.

( Us la reconduisent. )

AIARIE, à !VI"« Passager.

Rassurez-vous, madame... je vais aujourd'hui

même prés Bercy... toucher le prix d'un travail

que j'ai livré il y a peu de jours... vous serez

payée! (Elle va rejoindre sa mère.

Mme PASSAGER.

J'y compte. (A Olivier.) A propos, voilà une lettre qu'on a apportée pour vous.

OLIVIER

Une lettre!... (Regardant l'adresse.) De lui! toujours de lui ! (Il ouvre la lettre.) Grand Dieu ! de l'argent!... Ohl non, jamais... jamais ! BUCHOT, rentrant.

Faut avoir de la vertu... je l'en vante... pour rester pauvre avec une figure comme ça!... OLIVIER, à Buchot.

Qui a apporté celle lettre?

BUCHOT.

C'est le pérc Croche-à-Mort.

OLIVIER

Tu le connais?

Nous sommes inlimetnent liés... passé minuit.

OLIVIER

Écoute... Tu pourrais le retrouver?

BUCHOT.

Je connais sa borne domiciliaire.

OLIVIER

Eh bien! je t'en prie... lu lui remettras cela.

BUCHOT.

Un billet de cinq cents francs! en voilà une fantaisie!

OLIVIER

Je t'en supplie...

BUCHOT.

Ça ne t'aurait pas fait mal, car...

OLIVIER

Oh! si!... Cet argent me porterait malheur !

BUCHOT, à part.

Ce garçon-là a quelque chose de dérangé.

VICTOR, à Royer qui rentre.

Ah ça 1... maintenant, nous diras^tu pourquoi tu es venu ?

ROYER

Un moment... les affaires avant les plaisirs... Un chapeau?

BUCHOT, prenant le chapeau de Piconneau. Voilà le chapeau sollicité.

ROYER, faisant la quête.

Et vivement pour la vieille?

TOUS

Très bien !

ROYER

A toi, Victor... à toi... à toi... (Chacun jette de l'argent dans le chapeau. — A Félix.) Ah! bonjour, petit.

FÉLIX; piqué.

Tu dis?

LES ÉTUDIAINS,

SOTEB.

A loi.

Tiens !

FÉLIX, avec colère.

(Il jelte de l'argent.)

ROYER

Obi oh! doucement... Tu as beau faire, tes pièces de cent sous ne seront pas plus grandes que celles des autres.

FÉLIX

Qu'est-ce que c'est?...

ROYEB, ù Picoiineau, eu passant le chapeau par

(l;;ssus la télé do l'élix.

A vous, munsieur.

PICO>NEAlI.

J'ai prêté mon chapeau.

TOCS.

Hein?

BUCHOT.

Qu'est-ce qu'il dit?...

PICONNEAU.

J'ai prêté mon chapeau.

BCCllOT.

Veux-tu lâcher tes cinq francs I

ROYEK.

Qu'est-ce que c'est que ce gaillard-là ?

BUCUOT.

Première année confiée à mes soins... chargé de lui apprendre le nom des rues... la polka et la bienfaisance.

UOYEU.

Le nom de monsieur'?

BucnoT.

Amadis...

ROYEK.

Amadis des Gaules... ça se voit à ses jambes.

J'allais le dire... Il me prend mes mots 1

BOCUOT, 5 Piconneau.

Allons, les cinq francs !

PiC0N>EAU, jetant sa pièce.

Voilà.

ROYEB.

A la bonne heure... (A Buchot.) Et toi?...

BUCIIOT.

Moi... Le Guadnlqiiivir est bien bas... (Appelant.) Hé! madame I';issaf;cr I... (Il tire sa montre.) Vous la connaissez... c'est encore une de vos pensionnaires. . Combien là-dessus?

ftimo PASSACi:».

Vingt francs, comme à l'ordinaire.

BUCIIOT.

Baillez la somme... (Il prend l'arftcni.j I,C bon Dieu a dit : « Traite ton prochain comme toimême... » Dix francs pour la vieille... dix francs pour la poule... Justice est faite.

ROYER

Toujours le même.

■ucnoT.

Ni plus mauvais, ni meilleur qu'un autre.

ROYER, à Olivier

A vous, monsieur... à vous.

OLIVIER, avec embarras. Moi... moi... monsieur... mais je... ne sais...

ROYER

Quoi donc?

OLIVIER

Mais je ne connais pas ces femmes-là.

ROYEB.

Ça n'est ni bon ni honnête, ce que vous dites là.

OLIVIER

Monsieur...

FÉLIX, bas, à Royer.

Aussi... pourquoi vas-tu l'adressera plus pauvre que ces pauvres femmes!

BCCHOT, de même.

On ne sait pas... Il vient de nie remettre là un billet de cinq cents... pour le rendre à un vieux promeneur d'après minuit.

[«■"e PASSAGER, qui a écouté.

Un billet de cinq cents... quand vous me devez trois mois...

OLIVIER

Madame... ah ! madame...

ROYER, à Mn>« Passïgcr.

Assez... et un verre d'absinthe pour les autres... (A Olivier, pendant que l'on sert ks étudians.) P.irdon de ce que je vous ai dit, monsieur... pardon... La pauvreté n'est pas un crime... J'ai été pauvre aussi... plus pauvre que vous... J'ai mendié mon pain, moi, et plus que mon pain... j'ai mendié le pain de ma mère, celui de ma sœur.

OLIVIER, avec étonnement.

Vous, monsieur ?

FÉLIX

Et pourtant c'est le fils d'un comte de l'empire... le fils d'un général... et il y a de quoi en être fier...

BOVER, il s'asseoit en faisant un rouleau de l'argent qu'il a recueilli.

Oui, mais non pas parce qu'il était général, non pas parce qu'il était comte, mais parce que c'était l'honneur, le courage, la loyauté, toutes les nobles vertus en un seul cœur... Et c'est pourtant parce qu'il était tout ça que j'ai été forcé de mendier mon pain...

OLIVIER, avec inquiétude.

Ah ! mon Dieul...

ROYER

Vous ne comprenez pas... vous croyez que je vous dis ça pour faire du sentiment... c'est pourtant une histoire assez connue... et qu'on n'a pas oubliée, j'espère, quoiqu'il y ait déjà long-temps qu'elle s'est passée...

FÉLIX

Dame! voilà bien prés de quinze ans... Après i la révolution de juillet.. .J'étais haut comme ça... i mais je me rappelle quand mon père lut ça dans ' le journal, il était comme un lion... Tu as du eu

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