ROY EU
Oh ! il ne pleurait pas comme ça, lui... il parlait tranquillement... Il tomba frappé de dix halles au cœur.
VICTOR
Et tu es resté?
ROYER
Jusqu'à la fin... J'ai vu le sang de mon père jaillir sur les murs de cette maison, et la marquer d'une tache de sang et d'infamie.
TOUS
Oh ! c'est affreux !
Et la flétrissure est restée ineffaçable sur le nom encore plus que sur la pierre.
ROYER
Tu as raison, Félix, car le souverain lui-même dont il avait servi la vengeance, le rejeta de ses états... Qn'cst-il devenu?... que sont devenus sa femme et ses enfans?... Tout le monde l'ignore... Mais un jour viendra où je retrouverai le traître, OU son fils, ou quelqu'un de sa race, et alors... alors, je le vengerai... à moins que la lâcheté ne soit héréditaire comme la trahison, dans cette famille! OLIVIER, se redressant avec Gerté.
Monsieur...
ROYER
Ah! c'est une abominable histoire, n'est-ce pas?... Ne la saviez-vous pas?...
OLIVIER, avec désespoir.
Moi... moi...
FÉLIX
Est-ce que le monde entier ne la sait pas?... Est-ce que le nom de Mortagne n'est pas devenu le synonyme de traître et de lâche?...
OLIVIER , a part.
Oh! c'est trop... c'est trop...
(Il tombe sur une cliaise.)
ROYER
Eh bien ! monsieur , c'est alors qu'avec ma mère qui portait son enfant dans ses bras. . nous avons traversé toute l'Allemagne.... mendiant notre pain., jusqu'au jouroù ma mère estmortede fatigue et de douleur... morte en me confiant ma pauvre petite Louise, ma bonne sœur... et c'est elle, elle que j'ai failli perdre encore, il y a quelques jours.
TOUS
Comment !... ta sœur?
ROVER
Oui, ma sœur , ma jolie petite sœur... une belle et bonne iille, allez... Je vous dirai ça tout à l'heure... En attendant. (Il appelle.)La mère Passai^erl la mère Passager, voilà pour les pauvres femmes... et que ça leur soit fidèlement remis... de la probité... Car c'est honnête, n'est-ce pas? (Il lui donne l'argent de la quête.) M'"e PASSAGER.
Orlainement, (A part, et nutiant l'argent dans sa poche.) Et comme la première probité est de payer ses dettes... je remplis leurs intentions en gardant l'argent.. C'est un à-compte.
BUCUOT.
Et inainlenaiit , je pense qu'on va frilurer.
KKS ÉTUDIANS,
KOVEB.
Maintenant, apportez le fricot.
TOUS
Le Tricot 1
«"G PAS.sAGF.u. de la cuisine.
Voi!à ! voilà !
MÊLA NIE, de même. Voil.i !
IlOYER.
Ouvrez la fenêtre.
TOUS, nllant à la fenOlre.
Voilà !
ROYEU, à la finOtre.
Hé 1 l'aveugle ! regardez un peu par ici... tendez votre chapeau... bien... Hé I vous, là-bas, la bonne femme... tondez votre tablier... Viens ici, petit... Hé! pelil moucheron... par ici!... (Seretournant.) M^e Passager!...
Mme PASSAGEU, portant des plats.
Voilà !
ROYER
Enlevez les pl.its.
TOCS , prenant hs plats des mains de Mn>e Passager.
Voilà!
Min^ PASSAGER.
Qu est-ce que ça veut dite.
uoYER , jetant par la fenêtre au fur et à mesure qu'il nomme les objets.
Voila le gii;ot! voilà les côtelcltes!
BUCllOT, en passant 1rs plats à Royer, sur l'air de Guillaume Tdl.
Partez ! les chemins sont ouverts.
uOYEK, toujours de même.
Voilà la dinde.
Minp PASSAGEU.
Arrêtez ! arrêtez !
BCCIIOT.
Suivez-les I
Sime PASSAGER , à Mélanie.
Sauve les haricots! sauve les haricots!... (Mélaiiie s'échappe.) Ah ça! mais ce n'est pas de la casse, ça... et vous me paierez...
ROYER
Est-ce que le diner n'est pas compris dans le mois de pension ?... Le diner est payé, le diner est mangé... nous sommes (|uiltes...
BDCIIOT . ;i M""" Passager.
Et il n'en restera pas pour demain. C'est tout b.néfice.
FÉLIX
Mais oti dine-t-on aujourd'hui?
BOYER, solcnnclleniunl.
Chez le père Fromage.
TOUS
A Bercy ?
BOVr.R.
Et je régale... il y n fêle et tempête...
TOUS
Bravo 1
BUCUOT.
Et l'histoire dr la fête?
HOYER.
Voilà... Il y a deux jours... ma sœur... Ahl dame, elle a le sang des Royer dans les veines... et un peu de tête à l'envers, comme moi... Ne voilà-t-il pas qu'elle s'imagine de quitter le Porl- ;i- l'Anglais et de traverser la Seine dans mon canot... Vous savez le joujou, découplé comme un U'vrier... mais volage en diable... Elle largue son amarre, hisse sa voile , amarre son écoute, prend la barre et file sous le vent... Une fois au large , elle met le cap sur Bercy... Il ventait frais sud-sud-ouest, le courant forcé, le canot donnait à la bande : ça ne l'arrête pas... Pauvre petiote, c'est brave comme son pauvre père... Tout à coup la brise fraîchit , la rafale arrive... le canot fde debout, la lame embarque... Alors la tête n'y est plus... au lieu de lofer, elle serre la barre sous le vent... l'écoute était amarrée... lèvent s'engouffre el le joujou capote.
TOUS
Ah! mon Dieu!
OLIVIER , à part.
Que dit-il?
ROYER
Ah ! tonnerre !.... ma sœur.... ma pauvre sœur.... ma Louise , se débattant , perdue , noyée...
OLIVIER, à part.
Louise... sa sœur... elle!
ROYER
Ah ! j'en serais mort! c'est siîr... Heureusement, il y avait là un brave garçon... un étudiant.
TOUS
Un étudiant?
Je le sais.
Il lesaitl
OLIVIER, à part.
ROYER
Une calcule ni une ni deux... il se jette à l'eau, tire sa brassée... arrivejusqu'àmasœur, l'attrape et la ramène au bord I
TOUS
Bravo!... il l'a sauvée!
ROYER
Oui; mais le triste de la chose, c'est qu'il ne l'a pas plus tôt sauvée, qu'il s'est sauvé aussi. OLIVIER, à part.
Que veul-il dire?
BUCIIOT.
Il a PU peur des vinî;l-cinq francs de récompense de monsieur le pri-fet de police.
ROYER
Veux-tu te taire... vingt-cinq francs de récompense... Mais à celui qui a sauvé ma sœur... je lui donnerais... ma fortune, ma vie., que je lui donnerais ma Louise...
OLIVIER, ù part.
Oh 1 s'il connaissait celui dont il parle..
Je crois