SCÈNE I
CAVOIE, puis LOUISE.
CAVOlE, à la cuisine.
Le petit bordeaux cachet vert; l'aloyau saignant, c'est entendu... et de l'activité... Examinons les couverts... Peste! si tout n'était pas en régie... nous aurions un beau tapage... Voyons... (Il va vers le berceau.)
LOUISE, entrant avec crainte.
C'est ici... (Klle regarde.) Personne encore... Je suis toute tremblante... Cherchons quelqu'un à qui m'adresser.
(Elle sort du côté du bosquet, à gauche.) CAVOIE, sous le berceau à droite, arrangeant. Pardieu ! voilà un accident qui a failli être bien triste et qui m'a amené une fameuse aubaine... C'est juste là, devant ma porte, que celui qui l'avait sauvée a abordé avec M'"^ Royer d'Orillv,
LES ÉTUDIANS
notre belle voisine, qui demeure de l'autre côté de l'eau. Et son frère a voulu que ce fût ici qu'on célébrât cet heureux événement... Ah ! c'est qu'il .1 l'air de l'aimer fièrement sa sœur... ce bon M. Royer.
LOCISE, rentrant.
Personne... Comment faire?... Attendons.
CAVOIE, se croy.int seul.
Ma foi, c'eût été dommage... une jolie personne... et il était temps... (Il voit Louise.) Ah! nion Dieu !... vous ici, mademoiselle Royer?...
LOUISE
Ahl c'est vous, monsieur, monsieur...
CAVOIE, eu le saluant.
Cavoie... que messieurs les étudians appellent en riant le père Fromage... à cause que, dans le commencement... c'était à peu prés tout le fond de ma cuisine...
LOUISE
Eh bien !... monsieur Cavoie, je viens vous demander un service.
CAVOIE
Dn service à la sœur de RI. Royer!. ..dix, vingt, trente!... Que voulez-vous?
LOUISE
Je voudrais que vous puissiez me cacher un moment...
CAVOIE
Vous cacher... et pourquoi faire?
LOUISE
Je voudrais voir, sans être vue, le dîner que mon frère donne à ses camarades.
CAVOIE, embarrassé.
Vous, mademoiselle, vous...
LOUISE
Peut-être celui qui m'a sauvée sera-l-il avec eux ! Car vous savez avec quelle rapidité il s'est enfui...
CAVOIE, de même.
Je sais tout ça... Mais... j'en suis bien fâché, mademoiselle, ce n'est pas possible.
LOUISE
Pourquoi cela?
CAVOIE, (le plus en plus embarrassé.
C'est que... monsieur votre frère... ne vient pas seul...
LOUISE
Je le sais... C'est un diner d'amis...
CAVOIE, tic même.
C'est qu'il y a des amis de... de l'autre sexe...
Comment, il vient avec des dames I et il ne m'a pas invitée?...
CAVOIE
Hein?.,.
LOUISE
Ah! c'e.sl i^di^^e!... Je reste et je le gronderai... vous allez >oir.
CAVOIE
C'est que je ne veux pas voir du tout... et surtout je ne veux pas que vous voyiez...
LOUISE
Pourquoi cela î
CAVOIE
Pourquoi?... C'est que... écoutez, mademoiselle d'Orilly, la jeunesse est jeune... Alors, il y a des momens oiî elle ne marche pas dans la droite raison... on se lance... Mon petit bordeaux tape serré.
LOUISE
Je vous comprends... IMais aujonrd'hui qu'il y a des dames, ces messieurs seront sages.
CAVOIE, vivement.
Sages?...
LOUISE
Que voulez-vous dire?
CAVOIE
Je veux dire qu'il faut que vous parliez... Non, voyez- vous, mademoiselle, ça n'est pas possible... Ils vont boire... ils vont chanter, ils vont danser... est-ce que je sais, moi!... Vous ne pouvez pas rester. (Il semble Viuviier à sortir.)
LOUISE, piquée
C'est bon, monsieur Cavoie... c'est bon... (A part) Je reviendrai... (Haut.) Adieu, monsieur Cavoie... je m'en vais...
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SCEiNli II.